vendredi 5 juin 2020

La prochaine fois, le feu

De Minneapolis à Washington et à Paris, des deux côtés de l’Atlantique et ailleurs, des années 1960 à aujourd'hui, même constat… Même déni d'un héritage esclavagiste et colonial à exorciser enfin de l'inconscient collectif…

C'est dans le contexte de la lutte pour les Droits civiques de M.-L. King et des obstacles qu'il rencontre que James Baldwin écrit La prochaine fois, le feu, en 1963. Extrait :

« Les Blancs furent et sont encore stupéfaits par l’holocauste dont l’Allemagne fut le théâtre. Ils ne savaient pas qu’ils étaient capables de choses pareilles. Mais je doute fort que les Noirs en aient été surpris ; au moins au même degré. Quant à moi, le sort des juifs et l’indifférence du monde à leur égard m’avaient rempli de frayeur. Je ne pouvais m’empêcher, pendant ces pénibles années, de penser que cette indifférence des hommes, au sujet de laquelle j’avais déjà tant appris, était ce à quoi je pouvais m’attendre le jour où les États-Unis décideraient d’assassiner leurs nègres systématiquement au lieu de petit à petit et à l’aveuglette. » (James Baldwin, La prochaine fois, le feu, éd. folio, p. 77)

lundi 1 juin 2020

In memoriam

George Floyd était un homme de 46 ans. Il a trouvé la mort alors qu’un officier de police américain l’avait cloué au sol, un genou sur le cou pendant presque 7 minutes, jusqu’à ce qu’il suffoque. Voici ses derniers mots :

"Mon visage
Je n’ai rien fait de grave
S’il vous plaît
S’il vous plaît
S’il vous plaît je ne peux plus respirer
S’il vous plaît
S’il vous plaît quelqu’un
S’il vous plaît
Je ne peux pas respirer
Je ne peux pas respirer
S’il vous plaît
(inaudible)
Peux plus respirer, mon visage
Lève-toi
Je ne peux pas respirer
S’il vous plaît (inaudible)
M*rde, je ne peux pas respirer
Je...
Je ne peux pas bouger
Maman
Maman
Je ne peux pas
Mes genoux
Mes bourses



Ça y est
Ça y est
Je suis claustrophobe
J’ai mal au ventre
J’ai mal au cou
J’ai mal partout
De l’eau, quelque chose
S’il vous plaît
S’il vous plaît
Officier je ne peux plus respirer
Ne me tuez pas
Vous allez me tuer
Allez
Je ne peux plus respirer
Je ne peux plus respirer
Ils vont me tuer
Ils vont me tuer
Je ne peux plus respirer
Je ne peux plus respirer
S’il vous plaît monsieur
S’il vous plaît
S’il vous plaît
S’il vous plaît je ne peux plus respirer"
Ses yeux se sont alors fermés. Ses supplications ont cessé. Quelques instants plus tard, George Floyd était déclaré mort.

jeudi 21 mai 2020

"Tu étais en moi, je te cherchais dehors"

« C'est bien tard lorsque je t'ai aimée, beauté si ancienne et si neuve, c'était bien tard ! Tu étais en moi, mais moi j'étais dehors et c'est là que je te cherchais ! Tu étais avec moi, mais moi j'étais sans toi ! Tu m'as appelé et de ton cri tu as percé ma surdité. Tu as flamboyé et la splendeur de ton éclat a vaincu ma cécité. Tu m'as touché et je me suis enflammé pour la paix que tu donnes. Quand je me serai attaché à toi de tout mon être, il n'y aura plus pour moi ni douleur, ni peine et ma vie sera une vie toute pleine de toi. Ce n'est pas encore le cas et je me pèse à moi-même ! Seigneur, aie pitié de moi ! Je ne cache pas mes blessures. Tu es le médecin et c'est moi le malade. Qui désire les chagrins et les peines ? Tu commandes de les supporter, non de les aimer. Personne n'aime ce qu'il doit supporter. Et quand on se réjouirait de supporter, on préférerait n'avoir pas à supporter. Dans l'adversité je désire le bonheur, dans le bonheur j'ai peur de l'adversité. Y a-t-il un juste milieu où la vie de l'homme ne serait pas une tentation ?
Malheur aux succès d'ici bas : Ils redoutent l'adversité et leur joie s'évapore. Et surtout malheur aux adversités d'ici bas : Elles sont nostalgie du bonheur. Elles sont bien dures et lassent la patience. La vie de l'homme sur la terre n'est-elle qu'une tentation sans fin ? »
Augustin d'Hippone, Les Confessions, 10, 27

samedi 2 mai 2020

Oubli, mémoire & éternité


"Pour liquider les peuples, on commence par leur enlever la mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Et quelqu'un d'autre leur écrit d'autres livres, leur donne une autre culture et leur invente une autre Histoire. Ensuite, le peuple commence lentement à oublier ce qu'il est et ce qu'il était. Le monde autour de lui l'oublie encore plus vite."
(Milan Hübl, cité par Milan Kundera in Le livre du rire et de l'oubli, folio, p. 244)

"Chacun souffre à l'idée de disparaître, non entendu et non aperçu, dans un univers indifférent, et de ce fait il veut, pendant qu'il est encore temps, se changer lui-même en son propre univers de mots.
(Milan Kundera, Le Livre du rire et de l'oubli, folio, p. 167)

"Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m’oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l’équilibre du monde."
(Emil Cioran, De l’inconvénient d’être né, in Œuvres, Quarto Gallimard, p. 1273)

"Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu." (Épître aux Colossiens, ch. 3, v. 3)

dimanche 12 avril 2020

C’est la porte du SEIGNEUR…

Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour raconter les œuvres du Seigneur

Psaume 118, 17



Pâques confinées

Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour raconter les œuvres du Seigneur
:
Certes le Seigneur m’a corrigé,
mais il ne m’a pas livré à la mort.
Ouvrez-moi les portes de la justice,
j’entrerai pour célébrer le Seigneur.
– C’est la porte du Seigneur ;
que les justes entrent !

Psaume 118, 17-20

jeudi 2 avril 2020

"Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme"



« Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent […]. Nos concitoyens […] oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? » (Albert Camus, La peste)


Cène virtuelle