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mardi 12 août 2025

Visionnaire Jankélévitch (1965)

“L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d'être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort.” (Vladimir Jankélévitch, L'Imprescriptible, 1965)

samedi 14 décembre 2024

Un mot déshonoré


“Ce mot, Hitler l'a déshonoré à jamais” écrit Georges Bernanos en 1944. On ne l’utilisera donc plus. Mais quid de la chose que désignait ce mot ?


“Il n'y eut jamais de la part de Bernanos, même […] quand il se situait à la pointe du combat contre le régime de Pétain, de global ni fondamental rejet de l'antisémitisme, mais, plutôt, en 1948, l'année de sa mort, une sorte de répudiation, esquissée, inachevée, avec une motivation superficielle : ‘Ce mot (“antisémite”) Hitler l'a déshonoré à jamais’.” (Arnold Mandel, “Un texte trop oublié”, Le Monde, 6.10.1978.)

Bernanos, cité en entier : “Il y a une question juive. Ce n'est pas moi qui le dis, les faits le prouvent. Qu'après deux millénaires le sentiment raciste et nationaliste juif soit si évident pour tout le monde que personne n'ait paru trouver extraordinaire qu'en 1918 les alliés victorieux aient songé à leur restituer une patrie, cela ne démontre-t-il pas que la prise de Jérusalem par Titus n'a pas résolu le problème ? Ceux qui parlent ainsi se font traiter d'antisémites. Ce mot me fait de plus en plus horreur, Hitler l'a déshonoré à jamais.” (Bernanos, 24 mai 1944 dans O Jornal, presse brésilienne, reproduit dans Le Chemin de la Croix-des-Âmes (1948), Gallimard, p. 421-422.)

Le mot est déshonoré, il faut le remplacer pour désigner la chose — qui n'a pas disparu ! Qui aujourd’hui confesserait être antisémite, quand bien même il manifesterait tout ce qui caractérise la chose ? Le mot étant déshonoré, il faudra en trouver un autre…

En 1965, Vladimir Jankélévitch en a noté un, qui désigne la même chose — un autre nom toujours pas déshonoré à ce jour, “antisioniste” : “L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d'être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort.” (Jankélévitch, L'Imprescriptible.)

(Même problème avec le mot "raciste", désohonoré — et déshonorant le mot "race" remplacé par le mot "cultures" au pluriel. — Derrière le mot "raciste" déshonoré, la chose — qu'elle vise les juifs, les "noirs", les "jaunes" ou autres — n'a pas disparu pour autant !)

RP, 8 nov. 2024

mercredi 1 novembre 2023

"Sous sa vigne et sous son figuier"


« Ils habiteront chacun sous sa vigne et sous son figuier, Et il n'y aura personne pour les troubler ; Car la bouche de l'Eternel des armées a parlé. » (Michée 4, 4)



« L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d'être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. » (Vladimir Jankélévitch, L'Imprescriptible)

jeudi 15 octobre 2020

Éternité du futur antérieur

« Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme l’eau celle des moulins. Cinq ans plus tard, je marchais derrière une voiture noire, dont les roues étaient si hautes que je voyais les sabots des chevaux. J’étais vêtu de noir, et la main du petit Paul serrait la mienne de toutes ses forces, on emportait notre mère pour toujours. De cette terrible journée, je n’ai aucun autre souvenir, comme si mes quinze ans avaient refusé d’admettre la force d’un chagrin qui pouvait me tuer. Pendant des années, jusqu’à l’âge d’homme, nous n’avons jamais eu le courage de parler d’elle. Puis, le petit Paul est devenu très grand. Il me dépassait de toute la tête, et il portait une barbe en collier, une barbe de soie dorée. Dans les collines de l’Etoile, qu’il n’a jamais voulu quitter, il menait son troupeau de chèvres ; le soir, il faisait des fromages dans des tamis de joncs tressés, puis sur le gravier des garrigues, il dormait, roulé dans son grand manteau : il fut le dernier chevrier de Virgile. Mais à trente ans, dans une clinique, il mourut. Sur la table de nuit, il y avait son harmonica. Mon cher Lili ne l’accompagna pas avec moi au petit cimetière de La Treille, car il l’y attendait depuis des années, sous un carré d’immortelles : en 1917, dans une noire forêt du Nord, une balle en plein front avait tranché sa jeune vie, et il était tombé sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas les noms… Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. » (Marcel Pagnol, Le Château de ma mère)

*

« La bibliothèque se perpétuera : éclairée, solitaire, infinie, parfaitement immobile, armée de volumes précieux, inutile, incorruptible, secrète. » (Borges, La bibliothèque de Babel)




« On se demande pourquoi cette absurde succession d’événements sans finalité transcendante qu’on appelle une vie humaine et dont le seul aboutissement parait être le néant ? Paradoxalement, c’est la mort elle-même, décidant pour l’éternité, qui à jamais nous sauve de l’inexistence. Entre le non-être et n’être plus, il y a toute la distance infinie de l’avoir été. Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été. Désormais, ce fait mystérieux et profondément obscur d’avoir vécu est son viatique pour l’éternité. Qui sait, l’unicité d’une vie irréversible et irrévocablement révolue est justement ce qui à l’instant de la mort nous sauve du non-être. Elle nous repêche elle-même dans les eaux noires du néant. Elle nous retient au bord de la nuit. Elle nous donne enfin de n’être pas englouti à jamais dans le lac des ténèbres. » (Vladimir Jankélévitch, L'Irréversible et la nostalgie)

mercredi 25 mars 2020

Succession des jours

"Quand l'homme réconcilié avec le devenir, reçoit la succession des jours comme un cadeau gratuit qui lui est fait, dit merci à la nouvelle lumière du nouveau matin et au nouveau printemps, accepte la nouvelle saison de l'année comme un don auquel il n'avait pas droit, lorsque sa gratitude pour cette grâce imprévue lui rend perceptible le joyeux avènement de quelque chose d'autre, alors l'homme converti au caractère insolite de l'instant s'émerveille de trouver l'aventure dans la vie la plus quotidienne ; il la trouve en ouvrant ses persiennes le matin, et il rend grâce à Dieu d'avoir permis qu'il vive jusqu'à cette nouvelle aurore." (Vladimir Jankélévitch, L'aventure, l'ennui, le sérieux)