
Des baigneurs se reposent sur la plage de Moutchic, au bord de l'étang de Lacanau, dans le sud-ouest de la France, le 24 juillet 2026, tandis que des nuages de fumée s'élèvent dans le ciel en raison de l'incendie qui ravage la Gironde. AFP - photo Maximilien Lamy
… Gironde, Var, Fontainebleau, Espagne, Canada, etc., etc.
« Un jour, un incendie se déclara dans les coulisses d’un grand théâtre. Un clown, qui venait juste de jouer son rôle dans le spectacle, revint sur la piste pour en avertir le public : Sortez, sortez vite, le théâtre est en feu ! Les spectateurs, pensant tout de suite que ce n’était qu’une bonne blague faisant partie du spectacle, se mirent à rire et à applaudir. Le clown répéta alors l’avertissement : Sortez ! Mais sortez donc ! Malheureusement, plus il insistait, plus les applaudissements augmentaient.
Je pense que c'est ainsi que le monde périra, dans l'exultation générale des têtes spirituelles croyant qu'il s'agit d'une plaisanterie. » (Søren Kierkegaard, Ou bien… ou bien, coll. Bouquins p. 38)
… À suivre…
--- > Cf. Commentaires de Jean-Paul Sanfourche, ci-dessous et ICI, sur Forum protestant
La civilisation du déni.
RépondreSupprimerComme c’est juste ! Cette photographie – qui m’avait déjà frappé - rejoint de manière saisissante la parabole que rapporte Søren Kierkegaard : « Un jour, un incendie se déclara dans les coulisses d'un grand théâtre... » Troublante analogie. Les incendies géants se succèdent (Gironde, Var, Espagne, Grèce, Canada, Californie...) sans produire de véritable conversion de nos modes de vie. Les alertes scientifiques se multiplient depuis des décennies, mais elles finissent par former une rumeur de fond à laquelle on accorde, au mieux, qu’une attention superficielle. L'accumulation des catastrophes engendre moins une prise de conscience qu'une fatigue de l'attention. Günther Anders parlait déjà, au XXᵉ siècle, du « décalage prométhéen » : notre capacité technique à produire des catastrophes dépasse notre faculté morale à les imaginer ! Nous savons, mais sans croire vraiment ce que nous savons. L'intelligence constate et l’existence demeure inchangée. La fumée monte et le feu fait rage, mais ils n'interrompent pas le bain de soleil ou la baignade de ceux qui, à tout prix, à n’importe quel prix, veulent « profiter » (Vulgarité de l’intransitif.) Anesthésie du regard qui constitue peut-être l'une des formes contemporaines de l'égoïsme. Non un égoïsme agressif, mais un enfermement dans la sphère du moi, où l'urgence collective ne parvient plus à franchir le seuil des préoccupations individuelles. La création gémit mais les habitudes (loisirs, divertissements, écrans, préoccupations immédiates…) sont reconduites avec une remarquable constance et une inconsciente fidélité !
En découvrant dans la presse cette photographie, j’ai d’abord pensé à un tableau de Hopper. J’ai aussi pensé qu’elle semble illustrer une intuition centrale de La Société du spectacle (Guy Debord, 1967) : nous ne vivons plus directement les événements mais nous entretenons avec eux un rapport médiatisé, distancié, où le réel perd totalement son pouvoir d'interpellation. Ce qui brûle devant les baigneurs, sur la rive opposée, n’est plus une catastrophe qui exige une réponse collective ; c'est un élément du paysage, une image parmi d'autres. Lorsque le catastrophe cesse d’être un appel mais devient habitude. Les baigneurs de Lacanau ou la société du spectacle.