jeudi 4 juin 2026

Marjane Satrapi



Marjane Satrapi, l'autrice franco-iranienne de (entre autres) Persepolis, est décédée à l’âge de 56 ans. Elle est « morte de tristesse un peu plus d’un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie », indique un communiqué de ses proches transmis ce jeudi.

Proposée pour la Légion d'honneur le 3 juillet 2024, elle avait refusé la décoration début 2025 pour s'opposer à ce qu’elle percevait comme une « attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran », notamment en ce qui concerne l'attribution de visas à des enfants d’ « oligarques iraniens » plutôt qu'aux « jeunes Iraniens épris de liberté, dissidents, et artistes ».

mardi 7 avril 2026

George Stinney Jr


"Je suis fatigué, patron. Je suis fatigué de voir les hommes être affreux les uns avec les autres. Je suis fatigué de toute la peine et la souffrance que je sens dans le monde chaque jour. Il y en a trop." (Stephen King, La Ligne verte)


Il n’avait que 14 ans lorsqu’on l’a assis sur la chaise électrique.
Il s’appelait George Stinney Jr.
Un garçon afro-américain, maigre, une Bible entre les mains…
et une innocence que le système n’a jamais voulu entendre.
George a été accusé d’avoir tué deux fillettes blanches en 1944.
Le procès n’a duré que 2 heures.
Le verdict : peine de mort.
Le jury : entièrement blanc.
La délibération : 10 minutes.
Ses parents n’ont pas pu être présents dans la salle.
Après le procès, ils ont été chassés de la ville.
George a passé 81 jours isolé, sans voir personne.
Sans avocat. Sans étreinte. Sans justice.
Le jour de son exécution, il ne pesait que 40 kilos.
Le casque de la chaise électrique était trop grand pour lui.
On lui a envoyé 5 380 volts dans la tête.
Il est mort seul,
avec la Bible dans les mains,
et en proclamant son innocence… jusqu’à la fin.
70 ans plus tard, un juge a reconnu la vérité :
George était innocent.
L’arme du crime pesait plus de 19 kilos.
Il n’était même pas capable de la soulever.
Mais c’était trop tard.
Bien trop tard.
Stephen King s’est inspiré de cette horreur bien réelle pour écrire La Ligne verte.
Parce que ce n’était pas de la fiction.
C’était du racisme. De l’abandon.
L’une des injustices les plus cruelles de l’histoire.
Aujourd’hui, nous n’oublions pas George.
Parce que son histoire crie encore, là où la justice n’est pas la même pour tous.
Que son âme innocente repose en paix.




Suite au commentaire (cf. infra) de J.-P. Sanfourche



dimanche 15 mars 2026

Les guetteuses du 7 octobre


À voir ICI

lundi 2 mars 2026

Qu’elles ne dansent enfin plus seules !…

Une Iranienne, en deuil, porte du noir et pleure. (Original en anglais ci-dessous)
(De Darya Safai)

Mais ô monde, notre tradition envers ceux qui ont sacrifié leur vie sur le chemin de la liberté a changé. Écoutez ceci :

Nous ne pleurons plus — nous dansons.
Nous dansons avec douleur et soupirs.
Nous dansons avec colère.
Nous dansons sur des chansons épiques.
C’est ainsi que nous manifestons notre pouvoir.

Les Iraniens ne font plus résonner le Coran sur les tombes de leurs morts.
Ce son horrible appartient au meurtrier de nos enfants.
Au lieu de cela, ils jouent de la belle musique — une musique interdite en Islam.

En enterrant près de cent mille Iraniens, c’est l’islam lui-même qui fut enterré à jamais.

Ô mollah, crains la mère qui danse sur la tombe de son enfant sans vie, serrant contre elle le corps froid de son fils.

Craignez une nation déterminée à prendre son destin en main.

Et nous sommes innombrables.
Les dernières heures des mollahs sont arrivées.

*

Original en anglais :

An Iranian, in mourning, wears black and weeps. (De Darya Safai)

But O world, our tradition for those who have sacrificed their lives on the path of freedom has changed. Hear this:

We no longer cry — we dance.
We dance with pain and sighs.
We dance with anger.
We dance to epic songs.
This is how we manifest our power.

Iranians no longer place the deadly sound of the Quran over the graves of our slain.
This ugly sound belongs to the murderer of our children.
Instead, they play beautiful music — music that is forbidden in Islam.

By burying nearly one hundred thousand Iranians, Islam itself was buried forever.

O mullah, fear the mother who dances at the grave of her lifeless child, holding the cold frame of her son.

Fear a nation that is determined to take its destiny into its own hands.

And we are countless.
The last hours of the mullahs have arrived.



Un seul mot à changer : "hey Mr Pinochet", par "Hey Mr Khamenei"

samedi 14 février 2026

“Non content de courir à sa perte, il voulait encore y rouler.”

« Tout bien considéré, le siècle de la fin ne sera pas le siècle le plus raffiné, ni même le plus compliqué, mais le plus pressé, celui où, l’être dissous en mouvement, la civilisation, dans un élan suprême vers le pire, s’effritera dans le tourbillon qu’elle aura suscité. Dès lors que rien ne peut l’empêcher de s’y engouffrer, renonçons à exercer nos vertus contre elle, sachons même démêler dans les excès où elle se complaît quelque chose d’exaltant, qui nous invite à modérer nos indignations et à réviser nos mépris. C’est ainsi que ces spectres, ces automates, ces hallucinés sont moins haïssables si l’on réfléchit aux mobiles inconscients, aux raisons profondes de leur frénésie : ne sentent-ils pas que le délai qui leur est accordé s’amenuise de jour en jour et que le dénouement prend figure ? Et n’est-ce pas pour en écarter l’idée qu’ils s’engloutissent dans la vitesse ? S’ils étaient sûrs d’un autre avenir, ils n’auraient aucun motif de fuir ni de se fuir, ils ralentiraient leur cadence et s’installeraient sans crainte dans une expectative indéfinie. Mais il ne s'agit même pas pour eux de tel ou tel avenir, car d’avenir, ils en manquent tout simplement ; c’est là, surgie de l’affolement du sang, une certitude obscure, informulée, qu’ils redoutent d’envisager, qu’ils veulent oublier en se dépêchant, en allant de plus en plus vite, en refusant d’avoir le moindre instant à eux. Cependant l’inéluctable qu’elle recèle, ils le rejoignent par l’allure même qui, dans leur esprit, devrait les en éloigner. De tant de hâte, de tant d’impatience, les machines sont la conséquence et non la cause. Ce ne sont pas elles qui poussent le civilisé à sa perte ; il les a inventées plutôt parce qu’il y marchait déjà ; des moyens, des auxiliaires pour y atteindre plus rapidement et plus efficacement. Non content d’y courir, il voulait encore y rouler. »
(Emil Cioran, La chute dans le temps, 1964, Œuvres p. 1095)

(En écho à ce texte de Jean-Paul Sanfourche)



Source de l’image ICI

Le matin du 4 janvier 1960, Michel Gallimard prend le volant de sa Facel Vega FV3B en direction de Paris. Albert Camus, qui vient de passer, avec les siens, quelques jours dans sa maison du Luberon à l'occasion des fêtes de fin d'année, monte à ses côtés. Vers 13 h 55, peu après avoir franchi Pont-sur-Yonne, la voiture dérape et heurte violemment un platane. Dans la voiture disloquée, Albert Camus, passager du siège avant, meurt sur le coup. Michel Gallimard, grièvement blessé, meurt cinq jours plus tard. (Cit. Wiki)


« Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Évoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. À ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui.
Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. »
(Milan Kundera, La lenteur, 1995, folio p. 51-52)

« Un zoologiste qui, en Afrique, a observé de près les gorilles, s’étonne de l’uniformité de leur vie et de leur grand désœuvrement. Des heures et des heures sans rien faire… Ils ne connaissent donc pas l’ennui ?
Cette question est bien d’un homme, d’un singe occupé. Loin de fuir la monotonie, les animaux la recherchent, et ce qu’ils redoutent le plus c’est de la voir cesser. Car elle ne cesse que pour être remplacée par la peur, cause de tout affairement.
L’inaction est divine. C’est pourtant contre elle que l’homme s’est insurgé. Lui seul, dans la nature, est incapable de supporter la monotonie, lui seul veut à tout prix que quelque chose arrive, n’importe quoi. Par là, il se montre indigne de son ancêtre : le besoin de nouveauté est le fait d’un gorille fourvoyé. »
(Emil Cioran, De l'inconvénient d'être né, Œuvres p. 1388)

mercredi 4 février 2026

Iran, l’abandon d’un peuple


Manifestation à Téhéran le 8 janvier 2026. La répression menée par le régime iranien a été sanglante, faisant des milliers de morts en quelques jours seulement. | GETTY IMAGES VIA AFP


Lu sur Ouest-France — article de Dominique Moïsi, 04/02/2026 :

Après le mensonge, la trahison est-elle devenue la marque de fabrique de Donald Trump ? Après le peuple ukrainien, le peuple iranien ? L’Histoire retiendra l’encouragement donné par le président américain aux Iraniens : « L’aide est en chemin. » Elle retiendra plus encore le fait que cette aide n’est jamais venue.

[…] Dans la longue histoire du régime des Mollahs (quarante-sept ans) jamais répression n’a été plus sanglante. Le pouvoir en place, très affaibli, a craint pour sa survie. Il lui fallait terroriser le peuple avant qu’un facteur externe (l’intervention américaine ?) ne fasse pencher la balance en sa défaveur.

Le peuple iranien ne s’est pas seulement senti trahi par l’Amérique, il s’est aussi senti abandonné par l’opinion publique internationale. Au point qu’une plaisanterie provocatrice a circulé sur les réseaux sociaux : « Plus de 90 millions d’Iraniens ont demandé la citoyenneté palestinienne, pour que l’on s’intéresse enfin à leur sort. » Où étaient les foules qui défilaient hier en soutien de la population de Gaza ? Et pourquoi ces émotions sélectives ? […]

Le coût de l’indifférence
[…] La crainte du chaos qui succéderait à la chute éventuelle du régime des Mollahs est certes réelle. Mais on peut aussi considérer qu’elle cache la peur, que l’éventuelle réussite « d’un Printemps Perse » ne donne des idées à tous ceux – et ils sont nombreux – qui rêvent d’un Printemps arabe ou d’un Printemps turc.

Des négociations devraient s’ouvrir en Turquie [ou Oman] à la fin de la semaine, entre l’envoyé spécial du président Trump, Steve Witkoff, et le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi. Mais le sujet des discussions ne sera pas l’ouverture du régime, c’est hors sujet, après les massacres dont le régime s’est rendu coupable. On parlera […] de la capacité de nuisance à l’international de l’Iran. Et pas de son droit à « massacrer impunément son peuple ».

D’Ankara à Ryad, en passant par Le Caire, on se soucie avant tout d’ordre. Quant à Donald Trump, il est à la recherche de succès médiatiques faciles. Et pas d’interventions risquées. […]

… Texte entier et source ICI