lundi 2 mars 2026

Qu’elles ne dansent enfin plus seules !…

An Iranian, in mourning, wears black and weeps. (Traduction française ci-dessous)
(De Darya Safai)

But O world, our tradition for those who have sacrificed their lives on the path of freedom has changed. Hear this:

We no longer cry — we dance.
We dance with pain and sighs.
We dance with anger.
We dance to epic songs.
This is how we manifest our power.

Iranians no longer place the deadly sound of the Quran over the graves of our slain.
This ugly sound belongs to the murderer of our children.
Instead, they play beautiful music — music that is forbidden in Islam.

By burying nearly one hundred thousand Iranians, Islam itself was buried forever.

O mullah, fear the mother who dances at the grave of her lifeless child, holding the cold frame of her son.

Fear a nation that is determined to take its destiny into its own hands.

And we are countless.
The last hours of the mullahs have arrived.


*

Une Iranienne, en deuil, porte du noir et pleure.
Mais ô monde, notre tradition envers ceux qui ont sacrifié leur vie sur le chemin de la liberté a changé. Écoutez ceci :

Nous ne pleurons plus — nous dansons.
Nous dansons avec douleur et soupirs.
Nous dansons avec colère.
Nous dansons sur des chansons épiques.
C’est ainsi que nous manifestons notre pouvoir.

Les Iraniens ne font plus résonner le Coran sur les tombes de leurs morts.
Ce son horrible appartient au meurtrier de nos enfants.
Au lieu de cela, ils jouent de la belle musique — une musique interdite en Islam.

En enterrant près de cent mille Iraniens, c’est l’islam lui-même qui fut enterré à jamais.

Ô mollah, crains la mère qui danse sur la tombe de son enfant sans vie, serrant contre elle le corps froid de son fils.

Craignez une nation déterminée à prendre son destin en main.

Et nous sommes innombrables.
Les dernières heures des mollahs sont arrivées.


Un seul mot à changer : "hey Mr Pinochet", par "Hey Mr Khamenei"

samedi 14 février 2026

“Non content de courir à sa perte, il voulait encore y rouler.”

« Tout bien considéré, le siècle de la fin ne sera pas le siècle le plus raffiné, ni même le plus compliqué, mais le plus pressé, celui où, l’être dissous en mouvement, la civilisation, dans un élan suprême vers le pire, s’effritera dans le tourbillon qu’elle aura suscité. Dès lors que rien ne peut l’empêcher de s’y engouffrer, renonçons à exercer nos vertus contre elle, sachons même démêler dans les excès où elle se complaît quelque chose d’exaltant, qui nous invite à modérer nos indignations et à réviser nos mépris. C’est ainsi que ces spectres, ces automates, ces hallucinés sont moins haïssables si l’on réfléchit aux mobiles inconscients, aux raisons profondes de leur frénésie : ne sentent-ils pas que le délai qui leur est accordé s’amenuise de jour en jour et que le dénouement prend figure ? Et n’est-ce pas pour en écarter l’idée qu’ils s’engloutissent dans la vitesse ? S’ils étaient sûrs d’un autre avenir, ils n’auraient aucun motif de fuir ni de se fuir, ils ralentiraient leur cadence et s’installeraient sans crainte dans une expectative indéfinie. Mais il ne s'agit même pas pour eux de tel ou tel avenir, car d’avenir, ils en manquent tout simplement ; c’est là, surgie de l’affolement du sang, une certitude obscure, informulée, qu’ils redoutent d’envisager, qu’ils veulent oublier en se dépêchant, en allant de plus en plus vite, en refusant d’avoir le moindre instant à eux. Cependant l’inéluctable qu’elle recèle, ils le rejoignent par l’allure même qui, dans leur esprit, devrait les en éloigner. De tant de hâte, de tant d’impatience, les machines sont la conséquence et non la cause. Ce ne sont pas elles qui poussent le civilisé à sa perte ; il les a inventées plutôt parce qu’il y marchait déjà ; des moyens, des auxiliaires pour y atteindre plus rapidement et plus efficacement. Non content d’y courir, il voulait encore y rouler. »
(Emil Cioran, La chute dans le temps, 1964, Œuvres p. 1095)

(En écho à ce texte de Jean-Paul Sanfourche)



Source de l’image ICI

Le matin du 4 janvier 1960, Michel Gallimard prend le volant de sa Facel Vega FV3B en direction de Paris. Albert Camus, qui vient de passer, avec les siens, quelques jours dans sa maison du Luberon à l'occasion des fêtes de fin d'année, monte à ses côtés. Vers 13 h 55, peu après avoir franchi Pont-sur-Yonne, la voiture dérape et heurte violemment un platane. Dans la voiture disloquée, Albert Camus, passager du siège avant, meurt sur le coup. Michel Gallimard, grièvement blessé, meurt cinq jours plus tard. (Cit. Wiki)


« Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Évoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. À ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui.
Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. »
(Milan Kundera, La lenteur, 1995, folio p. 51-52)

« Un zoologiste qui, en Afrique, a observé de près les gorilles, s’étonne de l’uniformité de leur vie et de leur grand désœuvrement. Des heures et des heures sans rien faire… Ils ne connaissent donc pas l’ennui ?
Cette question est bien d’un homme, d’un singe occupé. Loin de fuir la monotonie, les animaux la recherchent, et ce qu’ils redoutent le plus c’est de la voir cesser. Car elle ne cesse que pour être remplacée par la peur, cause de tout affairement.
L’inaction est divine. C’est pourtant contre elle que l’homme s’est insurgé. Lui seul, dans la nature, est incapable de supporter la monotonie, lui seul veut à tout prix que quelque chose arrive, n’importe quoi. Par là, il se montre indigne de son ancêtre : le besoin de nouveauté est le fait d’un gorille fourvoyé. »
(Emil Cioran, De l'inconvénient d'être né, Œuvres p. 1388)

mercredi 4 février 2026

Iran, l’abandon d’un peuple


Manifestation à Téhéran le 8 janvier 2026. La répression menée par le régime iranien a été sanglante, faisant des milliers de morts en quelques jours seulement. | GETTY IMAGES VIA AFP


Lu sur Ouest-France — article de Dominique Moïsi, 04/02/2026 :

Après le mensonge, la trahison est-elle devenue la marque de fabrique de Donald Trump ? Après le peuple ukrainien, le peuple iranien ? L’Histoire retiendra l’encouragement donné par le président américain aux Iraniens : « L’aide est en chemin. » Elle retiendra plus encore le fait que cette aide n’est jamais venue.

[…] Dans la longue histoire du régime des Mollahs (quarante-sept ans) jamais répression n’a été plus sanglante. Le pouvoir en place, très affaibli, a craint pour sa survie. Il lui fallait terroriser le peuple avant qu’un facteur externe (l’intervention américaine ?) ne fasse pencher la balance en sa défaveur.

Le peuple iranien ne s’est pas seulement senti trahi par l’Amérique, il s’est aussi senti abandonné par l’opinion publique internationale. Au point qu’une plaisanterie provocatrice a circulé sur les réseaux sociaux : « Plus de 90 millions d’Iraniens ont demandé la citoyenneté palestinienne, pour que l’on s’intéresse enfin à leur sort. » Où étaient les foules qui défilaient hier en soutien de la population de Gaza ? Et pourquoi ces émotions sélectives ? […]

Le coût de l’indifférence
[…] La crainte du chaos qui succéderait à la chute éventuelle du régime des Mollahs est certes réelle. Mais on peut aussi considérer qu’elle cache la peur, que l’éventuelle réussite « d’un Printemps Perse » ne donne des idées à tous ceux – et ils sont nombreux – qui rêvent d’un Printemps arabe ou d’un Printemps turc.

Des négociations devraient s’ouvrir en Turquie [ou Oman] à la fin de la semaine, entre l’envoyé spécial du président Trump, Steve Witkoff, et le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi. Mais le sujet des discussions ne sera pas l’ouverture du régime, c’est hors sujet, après les massacres dont le régime s’est rendu coupable. On parlera […] de la capacité de nuisance à l’international de l’Iran. Et pas de son droit à « massacrer impunément son peuple ».

D’Ankara à Ryad, en passant par Le Caire, on se soucie avant tout d’ordre. Quant à Donald Trump, il est à la recherche de succès médiatiques faciles. Et pas d’interventions risquées. […]

… Texte entier et source ICI

lundi 2 février 2026

Une spiritualité sécularisée

Je retrouve le texte ci-après à l’heure où, équivalent malheureux des totalitarismes athées du XXe s., éclate dans le silence des auto-proclamés humanistes progressistes la cruauté des sociétés politico-religieuses totalitaires — l’Iran de ce début 2006 ! Ce texte de 2005 concerne l’Évangile de Thomas comme essai de lecture intériorisée, dans un contexte alors nouveau, du message de Jésus — en regard des questionnements du pasteur Bonhoeffer dans son contexte à lui, contexte de société athée totalitaire. Boualem Sansal, dans 2084, écho à 1984 d’Orwell, fait percevoir combien le séculier totalitarisme politico-religieux vaut bien le séculier totalitarisme voulu politico-tout court ! Demeure la question de la foi comme relation intime, intériorité… malgré tout !

Le texte ci-dessous, donc, est la reprise mise à jour d’un court texte paru il y a vingt ans, en 2006, comme postface (p. 245-247) que m’avait demandée Jean Larose à son édition présentée et commentée de : L’Évangile selon Thomas, Heureux message selon Thomas, éd. L’Harmattan, coll. Chrétiens autrement.
Jean Larose et moi avons appris à nous connaître et nous apprécier à Antibes, par différentes rencontres : rencontres personnelles, rencontres dans le cadre et en marge de l’amitié judéo-chrétienne ou de l’atelier interreligieux. Le prêtre qu’il fut, à présent décédé, a, avant que je ne le connaisse, appris à vivre et à dire l’Évangile dans des milieux religieux autres que son milieu d’origine, notamment en Afrique. Raisons qui ont pu le rendre sensible à cet aspect qu’il trouve chez Thomas : la volonté d’un juif syrien de transmettre le message de l’Évangile dans une autre tradition religieuse — Grecs, Romains et au-delà. (Cela fait sans doute des
logia — paroles — de Thomas autre chose qu’un cinquième évangile au sens des quatre évangiles, mais plutôt, selon l’expression qu’emploie plusieurs fois Jean Larose, des « dits » de Jésus, un recueil de propos de Jésus alors traditionnellement transmis — dont on retrouve un grand nombre dans les évangiles néo-testamentaires.)
À l’occasion de nos échanges, Jean Larose m’a engagé à remarquer l’étonnante « modernité » de la préoccupation de ce recueil (retrouvé à Nag Hammadi en Égypte en 1945, dans une collection « gnostique » de textes divers en copte), sa coïncidence — dans son appel à l’intimité de la foi — avec nos préoccupations contemporaines. Effectivement cette approche de Thomas rejoint finalement un certain héritage du XXe siècle, celui qui constitue pour nous, peut-être, une sorte de transition vers un autre temps… Ainsi, avant sa mort en 1945, le pasteur Dietrich Bonhoeffer expliquait qu’il s’agissait désormais de vivre l’Évangile dans une société sortie des cadres religieux chrétiens traditionnels.


*

L’Évangile selon Thomas est largement inconnu… malgré sa « célébrité », — « célébrité » qui en fait un texte « gnostique », plus ou moins sulfureux, empreint d’une religiosité obscure. Rien à voir avec la réalité, nous dit Jean Larose ! Au contraire, voilà un texte qui vise à traduire la prédication évangélique de telle sorte qu’elle puisse être reçue au-delà du cadre religieux de son énonciation première.

Jean Larose remarque l’étonnante « modernité » de la préoccupation « trans-religieuse » de l’Évangile de Thomas, sa coïncidence avec tout un pan de la théologie contemporaine.

Où l’on pense au contexte diagnostiqué par le pasteur Dietrich Bonhoeffer. Un autre référentiel social est advenu, pour le meilleur ou pour le pire (sans doute pour le pire — concernant, en tout cas, le contexte de Bonhoeffer, celui de l’Allemagne nazie qu’il a combattue jusqu’à la mort) ; reste que c’est dans ce cadre-là, « sécularisé », qu’il nous appartient à présent de vivre.

Le cadre dans lequel nous vivons — et dans lequel comme chrétiens nous sommes appelés à vivre l’Évangile — n’est plus celui d’une société « de chrétienté ». Ce cadre-là est même périmé depuis pas mal de temps — Bonhoeffer, en son temps, l’avait remarqué, qui posait la question :

« Que signifie une vie chrétienne dans un monde sans religion ? La tâche de notre génération ne sera pas de désirer encore une fois “de grandes choses”, mais de sauver notre âme du chaos, de la garder et de voir en elle le seul bien que nous sauverons de la maison en feu, comme notre “butin”. Dieu nous fait savoir qu’il nous faut vivre en tant qu’hommes qui parviennent à vivre sans Dieu. Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne. » (Dietrich Bonhoeffer, Résistance et Soumission - Lettres et notes de captivité, Labor et Fides)

D’où le diagnostic de Bonhoeffer :
« Notre relation à Dieu n’est pas une relation “religieuse” avec l’Être le plus haut, le plus puissant, le meilleur que nous puissions imaginer — là n’est pas la vraie transcendance — mais elle consiste en une nouvelle “vie pour les autres”. Ce ne sont pas les tâches infinies et inaccessibles qui sont la transcendance, mais le prochain qui est placé sur notre chemin. » (Ibid.)

Jean Larose perçoit l’Évangile de Thomas comme une lecture de l’Évangile dégagée, si l’on peut dire, du contexte religieux de son émission. Jésus est de religion juive, l’Évangile est juif, le Nouveau Testament l’est de même. Ce faisant, le Nouveau Testament témoigne d’une expansion de cet Évangile au-delà de la communauté juive. Concernant l’Évangile selon Thomas, son auteur aussi est juif, mais, selon la lecture de Jean Larose, il s’efforce de dire ce qu’il perçoit comme l’essentiel du message de Jésus de telle façon que ce message soit recevable par des Grecs, ou d’autres, indépendamment de la religion dans laquelle il est apparu.

Bref, Jean Larose perçoit Thomas comme une lecture non-religieuse de l’Évangile. Certes, par « non religieux », concernant l’époque de l’Évangile de Thomas, il faut entendre autre chose que ce que l’on entendrait aujourd’hui. Cela dit, mutatis mutandis, on est dans une approche qui n’est pas si éloignée que l’on pourrait penser de celle de Bonhoeffer !

Si l’on ajoute à cela que Jean Larose nous permet, on l’a dit, de sortir du préjugé habituel qui verrait en Thomas un texte « gnostique », ou encore « ésotérique », au sens communément reçu de ces termes, c’est-à-dire nettement péjoratif, nébuleux et empreint d’une religiosité confuse accessible à un certain nombre d’initiés…, nous voilà devant un horizon ouvert.

Thomas est au contraire, nous explique Jean Larose, inscrit dans le quotidien, témoin d’une spiritualité de la vie la plus commune aux humains, quelle que soit leur religion.

Roland Poupin, pasteur,
Antibes, février 2005


Jean Larose — Évangile selon Thomas, 4e de couverture


PS (février 2026) : « La figure de ce monde passe » (1 Co 7, 31). Témoin de la foi comme relation intime, malgré le monde d’alors et ses religiosités, le manuscrit du recueil de logia de Thomas a disparu — jusqu’en 1945 (connu jusque là qu’en citations de très partielles bribes) ; le monde de son temps et ses religiosités ont disparu. Bonhoeffer a été assassiné en 1945 ; le monde qui fut le sien a disparu avec ses religiosités et post-religiosités. Le monde qui est le nôtre passe dans son chaos, ses religiosités de pouvoir avec leurs violences, massacres et trahisons — dans le silence de ceux qui abandonnent les victimes et soutiennent, au moins par leur silence, les bourreaux. Les victimes rayonnent déjà de vérité contre les bourreaux et leurs complices — étouffés par leur honte. Aujourd’hui comme hier, demeure, en attente de la justification des Innocents massacrés, leur espérance mystérieuse, « contre toute espérance » (Ro 4, 18), espérance comme relation intime, intériorité… malgré tout !… qui dévoilera (sens du mot apocalypsis) la honte de ceux qui les ont abandonnés.

RP

jeudi 29 janvier 2026

“La première victime de la République islamique d’Iran, c’est l’islam” (Mahnaz Shirali)


La mosquée Al-Rasoul de Téhéran incendiée


« Quand, pendant près d’un demi siècle, un régime tue au nom de l’islam — quand il exécute des jeunes, organise des pendaisons à l’aube, au moment de la prière du matin, en scandant “Allah Akbar” —, cela produit inévitablement une aversion profonde envers la religion elle-même. Je le dis souvent : la première victime de la République islamique d’Iran, c’est l’islam. Aujourd’hui, une grande partie de la jeunesse iranienne avec laquelle je suis en contact rejette violemment la religion. Elle ne fait plus de distinction entre la religion d’État et ce que pourrait être un islam dissocié du pouvoir. Lorsque l’on tente d’évoquer l’existence d’un “autre islam”, la réaction est souvent immédiate, empreinte de colère : ils ne veulent plus entendre parler de religion. Leur aspiration est claire : ils veulent une société libre, laïque et démocratique, totalement affranchie de toute emprise religieuse. Ces derniers jours, lors des manifestations, des mosquées ont été incendiées. On ignore qui sont les auteurs de ces actes. Je ne peux pas dire qui les a commis. Mais je peux témoigner d’une chose : pour beaucoup de jeunes, ces images ont suscité une réaction presque jubilatoire. »
(Mahnaz Shirali, sociologue et politologue iranienne, propos recueillis par Alice Papin, Réforme n° 4121, 22 janvier 2026, p. 5)

La formule de Mahnaz Shirali signifie un constat, celui qu’elle fait : les mollahs et leurs sbires sont parvenus à porter un coup fatal à l’islam en commettant un nombre incalculable d’horreurs. En premier lieu contre les femmes, premières victimes, dès 1979 et leur révolution islamique, puis contre toute opposition, et à présent, à huis clos, perpétrant le massacre inimaginable de dizaines de milliers de victimes !

Trois dates symboliques de l’effondrement de l’islam politique (dévoilant son visage à la face du monde) : 11-septembre 2001, 7-octobre 2023, 8‑janvier 2026.

lundi 19 janvier 2026

Étrange amnésie historienne…


Quéribus, photo J.-L. Gasc


M. Fossier dont le livre sur les cathares connaît un large succès, donne une énième interview, à FR3 Occitanie cette fois. Comme pour ses précédentes nombreuses interviews, on retrouve une série d'erreurs déjà présentes dans son livre, à commencer par son auto-approbation : « une majorité d’historiens s’accordent aujourd’hui pour dire qu’il n’a jamais existé de “catharisme” au sens d’une Église constituée ou d’une religion homogène », assène-t-il. (Pour la question de l’ “homogénéité”, qui n’exclut pas variabilité, cf. ici.)

Erreur de calcul ? Ladite “majorité” représente trois ou quatre universitaires, dont trois français, incluant lui-même. Erreur de calcul qui recèle un autre problème : il semble ne pas lire, ou ne pas connaître les très nombreux historiens qui ne font pas leur la thèse qu’il déploie, ou plutôt (troisième problème dans cette même phrase), qu’il reprend, apparemment sans le savoir : la thèse des protestants du XVIe siècle !… à savoir que la nature cathare de la foi albigeoise serait une invention des inquisiteurs : au XVIe siècle, le défaut de sources permettait de l’envisager.

On n’en est plus là au XXIe s. ! Mais il semble l’ignorer, affirmant que (oublié le XVIe s.) « les historiens protestants du XIXᵉ siècle se sont intéressés aux Cathares ». Contresens, évident pour quiconque est un peu au courant, dû à nouveau, semble-t-il, à l’ignorance de ses prédécesseurs et des autres historiens actuels (plus nombreux que les “majoritaires” dont lui-même). C’est au contraire au XIXe s. que les protestants ont cessé de s’intéresser aux cathares, quand les travaux historiques les ont contraints à reconnaître que leurs chers “albigeois” pré-réformateurs étaient bien des cathares, à savoir des “manichéens”, i.e. “dualistes” comme l’avait remis en avant Bossuet à la fin du XVIIe s. Impossible désormais, comme le concède Charles Schmidt en 1849 dans le titre de son livre (“cathares ou albigeois”), de se réclamer de tels ancêtres… (Baroud d’honneur : Napoléon Peyrat écrivant une romantique Histoire des Albigeois, désormais exempte d’orthodoxie protestante… marquant la fin de l’albigéisme pré-réformé auquel se substituent bientôt divers néo-manichéismes ésotériques.)

Depuis, les sources proprement cathares découvertes, ou redécouvertes, nombreuses depuis le XXe s., ont rendu le fait indubitable : les albigeois étaient bien cathares — i.e. “manichéens”, “dualistes”. Pour caricaturales qu’aient été les dénonciations inquisitoriales, leur correspondance avec ce que l’on sait des cathares par leurs textes à eux explique le fait que leurs ennemis, visant bien leurs Églises constitutées, les aient nommés ainsi, cathares. Semblant plus modéré que les deux autres “majoritaires” (M. Théry et Mme Trivellone), M. Fossier concèderait le terme, mais n’explique pas pourquoi un tel terme. Pourtant, il affirme : « Le travail de l’historien consiste donc à revenir aux sources ». Il lui suffirait de ne pas les ignorer pour comprendre pourquoi lesdits hérétiques ont été appelés cathares…

Développement ICI

RP

Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.