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dimanche 26 juillet 2026

Incendies géants


Des baigneurs se reposent sur la plage de Moutchic, au bord de l'étang de Lacanau, dans le sud-ouest de la France, le 24 juillet 2026, tandis que des nuages de fumée s'élèvent dans le ciel en raison de l'incendie qui ravage la Gironde. AFP - photo Maximilien Lamy


… Gironde, Var, Fontainebleau, Espagne, Canada, etc., etc.


« Un jour, un incendie se déclara dans les coulisses d’un grand théâtre. Un clown, qui venait juste de jouer son rôle dans le spectacle, revint sur la piste pour en avertir le public : Sortez, sortez vite, le théâtre est en feu ! Les spectateurs, pensant tout de suite que ce n’était qu’une bonne blague faisant partie du spectacle, se mirent à rire et à applaudir. Le clown répéta alors l’avertissement : Sortez ! Mais sortez donc ! Malheureusement, plus il insistait, plus les applaudissements augmentaient.
Je pense que c'est ainsi que le monde périra, dans l'exultation générale des têtes spirituelles croyant qu'il s'agit d'une plaisanterie. »
(Søren Kierkegaard, Ou bien… ou bien, coll. Bouquins p. 38)

… À suivre…


--- > Cf. Commentaires de Jean-Paul Sanfourche, ci-dessous et ICI, sur Forum protestant

vendredi 29 août 2025

Trois fléaux, trois menaces


Illustration : Maggie Hall


« Notre anxiété fait écho à celle du Voyant dont nous sommes plus près que ne le furent nos devanciers, y compris ceux qui écrivirent sur lui, singulièrement l'auteur des Origines du christianisme, lequel eut l'imprudence d'affirmer : “Nous savons que la fin du monde n'est pas aussi proche que le croyaient les illuminés du premier siècle, et que cette fin ne sera pas une catastrophe subite. Elle aura lieu par le froid dans des milliers de siècles…” L'Évangéliste demi-lettré a vu plus loin que son savant commentateur, inféodé aux superstitions modernes. Point faut s'en étonner : à mesure que nous remontons vers la haute antiquité, nous rencontrons des inquiétudes semblables aux nôtres. La philosophie, à ses débuts, eut, mieux que le pressentiment, l'intuition exacte de l'achèvement, de l'expiration du devenir. » (Emil Cioran, Écartèlement, Gallimard, 1979, p. 60-61)

« Le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. » (2 Pierre 3.10)

1er fléau, la menace écologique que l’on ne corrigera pas. Trop inféodés au capitalisme consumériste (y compris les tenants de la gauche “radicale” comme l'avait été le communisme soviétique — cf., entre autres, Tchernobyl). Entre autres vérifications du fait qu’on ne corrigera rien : le refus récent, à Genève, de l'accord sur la limitation des plastiques (cf. l'analyse de J.-P. Sanfourche sur Forum protestant) : géré par autant de pays et lobbys qui ne veulent pas d’accord, tous inféodés à Mammon, y compris le commun des mortels qui tenons à notre consumérisme / « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » (Matthieu 6.24 ; cf. // Luc 16.13)

2e fléau, lié au premier, les replis identitaires sur les intérêts à court terme de chacun, chaque nation : « Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume » (Matthieu 14.7). Les identitarismes — russe, tentant de conquérir l’Ukraine, fût-ce au prix de bombardements des civils (ou : "Les Américains vont s'entendre avec les Russes et leur laisser l'Europe", aurait estimé Cioran en 1986 selon Anca Visdei, Cioran ou le gai désespoir, L'Archipel p. 383) ; repli américain, taxant le monde entier et méprisant la menace écologique ; ou les nostalgiques des communismes meurtriers du XXe siècle (nostalgie russe aussi, et nord-coréenne ou chinoise), ne dédaignant pas de s’allier avec l’identitarisme de l’islam politique (pourtant auto-suicidé — pléonasme volontaire — contre les tours de New York, cela confirmé le 7 octobre 2023), apparemment très opposé à toute gauche “radicale” ou “wokiste”, mais de facto similaire quant aux nostalgies meurtrières.

3e fléau, tous ces identitarismes ont “bénéficié” de la prolifération nucléaire et se sont dotés, ou essaient de se doter de la Bombe (de beaucoup de bombes, de nos jours toutes 100 fois plus puissantes que celle d'Hiroshima)… jusqu’au jour où, si les guerres en multiplication et la menace écologique n’ont pas accompli la catastrophe, tel ou tel “dérapage” nucléaire s’en chargera… hâtant le jour où « les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se fondront » (2 Pierre 3.12).


Søren Kierkegaard, « nous demande d'imaginer un très grand navire confortablement aménagé. C'est vers le soir. Les passagers s'amusent, tout resplendit. Ce n'est que liesse et réjouissance. Mais sur le pont, le capitaine voit un point blanc grossir à l'horizon et dit : "La nuit sera terrible". Il distribue les ordres nécessaires aux membres de l'équipage. Puis, ouvrant sa Bible, il lit juste ce passage : "Cette nuit-même, ton âme te sera redemandée". Pendant ce temps. Dans les salons on continue de festoyer. Les bouchons de champagne sautent. L’orchestre joue de plus en plus fort. On boit à la santé du capitaine. Et "La nuit sera terrible".

« Kierkegaard imagine alors une situation plus effrayante encore. Les conditions sont exactement les mêmes avec cette différence que, cette fois-ci, le capitaine est au salon, rit et danse, il est même le plus gai de tous. C'est un passager qui voit le point menaçant à l'horizon. Il fait demander au capitaine de monter un instant sur le pont. Il tarde ; enfin il arrive. Mais il ne veut rien entendre et plaisantant, il se hâte de rejoindre en bas la société bruyante et désordonnée des passagers qui boivent à sa santé dans l'allégresse générale. Et il adresse ses remerciements chaleureux".

« Le monde occidental en général et ses Églises en particulier
— commente le professeur Jean Brun qui cite Kierkegaard en 1976, deux ans après le premier “choc pétrolier” — ressemblent de plus en plus à ce navire que le point menaçant à l'horizon engloutira lorsqu'il deviendra typhon. Tout le monde danse dans les salons. Les capitaines sablent le champagne et maudissent les pessimistes qui scrutent l'horizon et qui n'ont confiance ni dans le dieu Progrès ni dans les capacités des Grands Timoniers qui prétendent tenir solidement la barre et diriger fermement le navire social alors qu'ils ne font que l'infléchir selon les courants définis par les sondages d'opinions, cette boussole sans Nord prise aujourd'hui comme compas suprême. » (Jean Brun, citant Søren Kierkegaard, Note du Journal de 1855, dans L'Instant, trad. P.-H. Tisseau, 1948, p. 247 — in « Sablons le champagne », Foi et vie, Janvier-Février 1976.)



Des baigneurs se reposent sur la plage de Moutchic, au bord de l'étang de Lacanau, dans le sud-ouest de la France, le 24 juillet 2026, tandis que des nuages de fumée s'élèvent dans le ciel en raison de l'incendie qui ravage la Gironde. AFP - photo Maximilien Lamy


PS : « Un jour, un incendie se déclara dans les coulisses d’un grand théâtre. Un clown, qui venait juste de jouer son rôle dans le spectacle, revint sur la piste pour en avertir le public : Sortez, sortez vite, le théâtre est en feu ! Les spectateurs, pensant tout de suite que ce n’était qu’une bonne blague faisant partie du spectacle, se mirent à rire et à applaudir. Le clown répéta alors l’avertissement : Sortez ! Mais sortez donc ! Malheureusement, plus il insistait, plus les applaudissements augmentaient.
Je pense que c'est ainsi que le monde périra, dans l'exultation générale des têtes spirituelles croyant qu'il s'agit d'une plaisanterie. »
(Søren Kierkegaard, Ou bien… ou bien, coll. Bouquins p. 38)



Illustration : Lonni Sue Johnson

dimanche 15 mai 2016

Chimère


"[...] le christianisme a été aboli par sa propagation." (Søren Kierkegaard, L’instant III, Œuvres complètes, éd. de L'Orante - éd. Jean Brun -, p. 145.)

mardi 1 avril 2014

Le chant du veilleur

(photo ici)

Sur Kierkegaard, un livre du pasteur Flemming Fleinert-Jensen : Søren Kierkegaard, Le chant du veilleur, Olivétan, coll. « figures protestantes », 2011.

Au long d’un tracé bio/bibliographique, le livre nous présente, deux siècles après la naissance de Kierkegaard (1813-1855), son œuvre éminemment actuelle.

En regard de deux thèmes majeurs : l’amour et la foi, Flemming Fleinert-Jensen opte pour distinguer essentiellement « registre humain et registre chrétien » (p. 34) comme clefs de lecture de Kierkegaard, au-delà de la classique distinction entre les stades éthique, esthétique et religieux.

« D’une orthodoxie imperturbable » (p. 30), Kierkegaard « soutient l’enracinement de la révélation chrétienne dans un événement historique » (p. 83). Il affirme que « le christianisme n’est […] pas une doctrine, mais le fait que Dieu a existé » — « il s’agit bien entendu de l’Incarnation du verbe », précise F.F.-J. (p. 135). Ce qui non seulement n’empêche pas, mais induit que « si la foi chrétienne est traitée comme un fait objectif, dont l’orthodoxie garantit la sincérité […], elle se transforme en un phénomène qui a perdu son caractère authentiquement chrétien » (p. 137).

Quand « la pensée objective oublie que l’homme n’est pas un objet qu’on peut comprendre en le rangeant dans des catégories scientifiques ou philosophiques » (p. 131), c’est un rappel libérateur pour aujourd’hui que nous offre F.F.-J. de la part du « veilleur de Copenhague ».

RP, octobre 2013

samedi 9 novembre 2013

Chute & mythe


"Le récit de la chute dans la Genèse a, surtout de nos jours, passé assez superficiellement pour un mythe. […] Or, ce récit de la Genèse est la seule conception où la dialectique se tienne. Tout le contenu s’y concentre au fond dans cette proposition : le péché est entré dans le monde par un péché. […] C’est là un scan­dale, pour la raison, ergo ce doit être un mythe."
(Kierkegaard, Le concept de l’angoisse, Tel/Gallimard, p. 190-191.)

[Et à propos de la séduction du serpent (Gn 3) :] "Même si l'on veut traiter l'épisode de mythe, qu'on n'oublie pas pourtant qu'il ne contrarie point l'idée ni ne brouille le concept, comme le ferait un mythe rationaliste. Car le mythe extériorise toujours une action intérieure."
(Ibid. p. 207.)

"Vouloir expliquer l'entrée du péché dans le monde logiquement est une sottise qui ne peut venir qu'aux gens ridiculement soucieux de trouver coûte que coûte une explication."
(Ibid. p. 211.)

lundi 1 avril 2013

Des "efforts d'un licencié en théologie pour trouver un poste"


« Ce jeune homme [qui vient de terminer ses études de théologie] cherche d'abord... on aurait attendu "le Royaume de Dieu" (Mt 6, 33) — mais non : il cherche d'abord une paroisse. Pendant trois ans, il déploie beaucoup d'ingéniosité dans ses recherches qui, à la fin, sont couronnées de succès. Entre temps, il s'est fiancé (*) et tout lui sourit jusqu'à ce qu'il se rende compte que le revenu attaché à cette paroisse est de 150 rixdales inférieur à ce qui était prévu. Très ennuyé, il se demande s'il ne faut pas retirer sa candidature, mais sur le conseil d'un ami, il acquiesce devant l'inévitable. Le jour de son installation, le pasteur qui préside la cérémonie parle à partir des paroles de l’apôtre Pierre à Jésus : "Nous avons tout laissé et nous t’avons suivi" (Mt 19, 27). Puis le nouveau pasteur monte en chaire pour prêcher sur le texte du jour : "Cherchez d’abord le Royaume de Dieu" — à la plus grande satisfaction de l’évêque qui s’est dérangé pour l’occasion ! » (D’après Kierkegaard, L’Instant, Œuvres complètes XIX, 226-227 — in Flemming Fleinert-Jensen, Søren Kierkegaard, Le chant du veilleur, Olivétan, coll. « figures protestantes », 2011, p. 207-208.)

(* Cet aspect ne concerne bien sûr pas les Églises dont la discipline exclut le mariage des ministres — le reste valant néanmoins aussi dans leur cas, mutatis mutandis — cf. Drewermann, in Fonctionnaires de Dieu, Albin Michel, 1993.)


Pink Floyd - "Sheep" - Animals

dimanche 18 mars 2012

Tempête


Kierkegaard « nous demande d'imaginer un très grand navire confortablement aménagé. C'est vers le soir. Les passagers s'amusent, tout resplendit. Ce n'est que liesse et réjouissance. Mais sur le pont, le capitaine voit un point blanc grossir à l'horizon et dit : "La nuit sera terrible". Il distribue les ordres nécessaires aux membres de l'équipage. Puis, ouvrant sa Bible, il lit juste ce passage : "Cette nuit-même, ton âme te sera redemandée". Pendant ce temps. Dans les salons on continue de festoyer. Les bouchons de champagne sautent. L’orchestre joue de plus en plus fort. On boit à la santé du capitaine. Et "La nuit sera terrible".

Kierkegaard imagine alors une situation plus effrayante encore. Les conditions sont exactement les mêmes avec cette différence que, cette fois-ci, le capitaine est au salon, rit et danse, il est même le plus gai de tous. C'est un passager qui voit le point menaçant à l'horizon. Il fait demander au capitaine de monter un instant sur le pont. Il tarde ; enfin il arrive. Mais il ne veut rien entendre et plaisantant, il se hâte de rejoindre en bas la société bruyante et désordonnée des passagers qui boivent à sa santé dans l'allégresse générale. Et il adresse ses remerciements chaleureux". » (S. Kierkegaard, Note du Journal de 1855, dans L'Instant, trad. P.-H. Tisseau, Bazoges-en-Pareds 1948, p. 247 — cité par J. Brun, « Sablons le champagne », Foi et vie, Janvier-Février 1976.)


« Le monde occidental en général et ses Églises en particulier — commente le professeur Jean Brun qui cite Kierkegaard en 1976 — ressemblent de plus en plus à ce navire que le point menaçant à l'horizon engloutira lorsqu'il deviendra typhon. Tout le monde danse dans les salons. Les capitaines sablent le champagne et maudissent les pessimistes qui scrutent l'horizon... »