Affichage des articles dont le libellé est #JeSuisJuif. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est #JeSuisJuif. Afficher tous les articles

jeudi 9 mai 2024

"Le néo-antisémitisme se répand d’une manière presque désinvolte"



Extraits d'un article de Grégory Solari, théologien et philosophe, publié sur La Croix le 07/05/2024. Article complet sur La Croix.


"Il n’a fallu que quelques jours pour que la victime devienne le bourreau. L’espace nécessaire pour que le tissu de représentations qui s’attachent au nom « Israël » précipite presque naturellement l’inversion de la perspective. Depuis lors, rien, ni l’étendue des massacres du 7 octobre, ni leur nature, pour ne rien dire des otages encore détenus, aucun argument ne vient modifier cette inversion lexicale.

Dans la rue, sur les réseaux sociaux, dans les campus, Israël se réduit aujourd’hui à un oxymore cumulant en un seul mot ce qui permet de passer presque sans transition de la compassion à la condamnation (« génocide »), sans scrupule, ou très peu, pour l’insulte que constitue ce glissement. Avec la bonne conscience d’un imaginaire [...] qui constitue le geste caractéristique du néo-antisémitisme depuis 1948, à savoir : jouer Israël contre le peuple juif.

Dissociation factice, mais commode, puisqu’elle permet depuis six mois de temporiser face à la montée croissante de la violence à l’endroit de tout ce qui se rattache fantasmatiquement au sionisme [...] rejoué sur la scène académique, [...] occupation relayée au même moment par un appel au boycott des institutions universitaires israéliennes [...] coïncid[ant] symboliquement avec le jour commémoratif de la Shoah (5 mai). C’est-à-dire avec l’événement qui a poussé les survivants des camps devenus apatrides et malvenus partout, ou presque, à la constitution de l’État hébreu.

Un refuge [...]
Comme l’écrit Emmanuel Levinas dans
Politique après ! (qu’il faut relire urgemment aujourd’hui), « le sionisme, prétendument pure doctrine politique, porte au plus profond de son être l’image renversée d’une certaine universalité et en est aussi le redressement. Cette écharde dans la chair n’est pas un droit à la pitié. C’est la mesure de l’étrange fermeté d’une intériorité, c’est-à-dire d’un manque d’appui dans le monde, de l’absence de toute “position de repli préparée à l’avance” et de toute issue. D’un dernier retranchement.
Telle est la terre même qu’Israël possède dans son État. L’effort de la bâtir et de la défendre se tend sous la contestation et la menace permanente et croissante de tous les voisins. État dont l’existence reste en question dans tout ce qui en constitue l’essence ; alors que la terre des nations politiques est toujours le fameux “fond qui manque le moins” et qui reste quand tout est perdu. Terre qui, pour Israël, est enjeu ou impasse. »

Chair d’Israël
Ce « fond » qui peut venir « à manquer », c’est non une terre. C’est la chair d’Israël – la réserve d’humanité dont le régime nazi a voulu priver le peuple juif. Comme l’idéologie du Hamas après lui (faut-il rappeler que parmi les otages détenus à Gaza figurent des survivants des camps ?).

Sous ce jour, la coïncidence avec le Yom Hashoah rend d’autant plus indécente mais hélas significative l’occupation des locaux de la faculté de science politique [...]. C’est ainsi, l’air de rien à l’air du rien (nihilisme), que se répand le néo-antisémitisme. De manière presque désinvolte, comme on répand une rumeur impossible à vérifier, dans les campus et dans les rues – une idée toxique empêchant de voir clair ou de penser, et peut-être bientôt de respirer."




lundi 8 janvier 2024

Le 7 octobre et la théologie de la substitution



Le pogrom du 7 octobre n’est pas sans lien avec la théologie de la substitution en islam. Comme le christianisme a considéré unanimement jusqu'à il y a peu que l'Église aurait été substituée à Israël — c'est ce que l'on appelle à présent “théologie de la substitution” —, mutatis mutandis, l’islam a fait de même, considérant s'être substitué au judaïsme et au christianisme (ce qui fonde le statut de dhimmi et implique l'impossibilité, entre autres, d'un État juif souverain sur une terre revendiquée “musulmane”). Comme on apprend actuellement en christianisme à lire les Évangiles dans leur contexte juif (suite à Jules Isaac et à son Jésus et Israël) et non à partir du christianisme constitué par la suite, l’islam devra apprendre à lire le Coran dans son cadre historique initial (c'est la méthode proposée par Le Coran des historiens). Ainsi on doit pouvoir lire la guerrière (apparemment) Sourate 9 du Coran non à l’aune de textes tardifs comme la Sira d’Ibn Hichâm ou de hadiths guerriers et tardifs, mais en regard du contexte judéo-chrétien de l’islam en gestation…

Ibn Hichâm écrit : « […] le Prophète ordonna de tuer tous les hommes des Banu Quraydha [tribu juive], et même les jeunes […].
Le Prophète ordonna de faire descendre de leurs fortins les Banû Quraydha et de les enfermer dans la maison de Bint al-Hârith. Il alla ensuite sur la place du marché de Médine, la même que celle d'aujourd'hui (du temps d'Ibn Hichâm), et y fit creuser des fossés. Puis il fit venir les Banû Quraydha par petits groupes et leur coupa la gorge sur le bord des fossés. Parmi eux, il y avait Huyayy ibn Akhtab, l'ennemi de Dieu, et Ka'b ibn Asad, le chef des Quraydha. Ils étaient six cents à sept cents hommes. On dit huit cents et même neuf cents. Pendant qu'ils étaient amenés sur la place par petits groupes, certains juifs demandèrent à Ka’b, le chef de leur clan : - Que va-t-on donc faire de nous ?
- Est-ce-que cette fois vous n'allez pas finir par comprendre ? Ne voyez-vous pas que le crieur qui fait l'appel ne bronche pas et que ceux qui sont partis ne reviennent pas ? C'est évidemment la tête tranchée ! Le Prophète ne cessa de les égorger jusqu'à leur extermination totale. » (Ibn Hichâm, Sira, trad. Wahib Atallah, La biographie du Prophète Mahomet, éd. Fayard p. 277, chapitre « Le “jihad” contre les juifs… » — Sira, II, 240-241.)

(Voir aussi, toujours selon Ibn Hichâm, le sort des Banu Nadir (autre tribu juive) et de ses femmes…)

Sourate 9, Le repentir / At-Tawba (trad. Blachère) — v. 5 : Quand les mois sacrés seront expirés, tuez les Infidèles quelque part que vous les trouviez ! Prenez-les ! Assiégez-les ! Dressez pour eux des embuscades ! […] (Cela sur le modèle de la razzia antéislamique. NB : les infidèles ici désignent probablement les “idolâtres” — cf., dans le discours islamiste, par ex. les Yézidis ; mais l’idée peut s’entendre aussi des juifs, chrétiens ou musulmans non-islamistes, donc “apostats”.)

Proposition sans théologie de la substitution :
Les textes difficiles du Coran, comme cette Sourate 9, ne sont pas à lire en regard de la Sira, écrite au 8e ou 9e s., ou des hadiths qui l’inspirent — qui font du prophète de l’islam un massacreur, mais à lire en regard, par ex. d’un texte comme Matthieu 13, 24-43, la parabole de l’ivraie et son explication, où la séparation du bon grain et du mauvais est renvoyée au jugement final. De même, les “mois sacrés” de la Sourate 9 pourraient être à percevoir comme symbole eschatologique (en effet quand les “mois sacrés” expirent-ils, ultimement, puisque leur rythme est cyclique ?). L’ordre s’adresserait alors aux anges. Proposition en regard de Matthieu : et si l’“expiration” des “mois sacrés” était la fin du temps de grâce, du temps de la patience divine en quelque sorte — temps symbolisé par les “mois sacrés” ? Si c’était alors seulement après le temps de ce monde qu’intervient le jugement, effectué par les anges ? — auxquels s’adresserait cette parole coranique, selon une clef donnée par ce grand connaisseur de l’islam qu’était Henry Corbin. Je le cite :

« […] il n'y a pas des Anges séparés de la matière et des âmes destinées par nature à animer un corps matériel organique. Les uns et les autres sont des substantiae separatae : il y a des Anges demeurés dans le plérôme, et il y a des Anges déchus sur la Terre, des Anges en acte et des Anges en puissance. Ou bien encore cette scission peut s'entendre d'un même être, un unus ambo : le pneuma, l'Esprit ou l'Angelos […] est la personne ou l'Ange demeuré dans le Ciel, le “jumeau céleste”, tandis que l'âme désigne son compagnon déchu sur Terre, auquel il vient en aide et qui lui sera réuni, s'il sort finalement triomphant de l'épreuve. […] Si l'âme a pour fonction étymologiquement d'animer, si elle est substance complète indépendamment du corps matériel organique qui la fixe provisoirement, c'est qu'elle a laissé dans le monde de lumière son “vrai corps”, le corps céleste d'une pure matière encore “immatérielle”, ou le vêtement de lumière qu'elle doit revêtir. » (Henry Corbin, Temps cyclique et gnose ismaélienne, éd. Berg, p. 116-117)

Cf. Matthieu 18,10 : “leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux”.

La parabole — Matthieu 13, 24-30 — et son explication — Mt 13, 36-40 :
24 Jésus leur proposa une autre parabole : “Il en va du Royaume des cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
25 Pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu ; par-dessus, il a semé de la mauvaise herbe en plein milieu du blé et il s’en est allé.
26 Quand l’herbe eut poussé et produit l’épi, alors apparut aussi la mauvaise herbe.
27 Les serviteurs du maître de maison vinrent lui dire : Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il s’y trouve de la mauvaise herbe ?
28 Il leur dit : C’est un ennemi qui a fait cela. Les serviteurs lui disent : Alors, veux-tu que nous allions la ramasser ? —
29 Non, dit-il, de peur qu’en ramassant la mauvaise herbe vous ne déraciniez le blé avec elle.
30 Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord la mauvaise herbe et liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier. […]
36 Laissant les foules, il vint à la maison, et ses disciples s’approchèrent de lui et lui dirent : “Explique-nous la parabole de la mauvaise herbe dans le champ.”
37 Il leur répondit : “Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;
38 le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume ; la mauvaise herbe, ce sont les sujets du Malin ;
39 l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
40 De même que l’on ramasse la mauvaise herbe pour la brûler au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde […].


*

Cf. Matthieu 7, 2 : « on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. »

Aune du jugement, la fidélité de Dieu à sa miséricorde — 2 Timothée 2, 13 : « si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même ».

RP

dimanche 26 novembre 2023

Après le pogrom du 7 octobre


« Stupeur et effroi devant l’extrême barbarie des razzias moyenâgeuses et sanguinaires perpétrées par le Hamas ce 7 octobre [… suite : l’article en entier ICI] ».

Des « crimes orchestrés de façon planifiée et systématique, avec pour dessein d’éliminer froidement, délibérément, 48 heures durant, des populations civiles dont le seul "tort" – aux yeux de leur bourreaux – est d’être juives ».

« Le leader du FDLP (Front Démocratique pour la Libération de la Palestine), Nayef Hawatmeh, dressait – [en 2014], déjà – un état des lieux glaçant de ce qu’il appela "l’occupation de Gaza par le Hamas" : un "terrifiant dictat politique et religieux, qui étouffe les populations gazaouies et écrase toute organisation politique, syndicale, sociale ou caritative non inféodée au Hamas" ; une monstrueuse corruption systémique née de "la mainmise totale des membres du Mouvement islamiste sur l’administration, la police, l’enseignement, le commerce" ; et une économie mafieuse basée sur "le business des tunnels [contrebande] plutôt que sur la production et le développement", qui "paupérise les habitants de Gaza tout autant qu’elle enrichit les dignitaires du Hamas".
Raisons pour lesquelles, Nayef Hawatmeh, faucon parmi les faucons historiques du conflit israélo-palestinien, qui forma – avec Yasser Arafat et Georges Habache – le trio fondateur de l’OLP, donc difficilement soupçonnable de complaisance envers Israël, en a conclu que, pour les populations palestiniennes de Gaza, "l’occupation du Hamas est pire que l’occupation israélienne" qui l’a précédée ! »
(Citations de Nayef Hawatmeh, interviewé par Atmane Tazaghart)





--- > Méthode

Cf. http://testimoniesarchive.com/

mardi 14 novembre 2023

Éléments pour comprendre le 7 octobre…


Page 277 :

« Et le Prophète ordonna de tuer tous les hommes des Banu Quraydha [tribu juive], et même les jeunes, à partir de l'âge où ils avaient les poils de la puberté.

Les Banû Quraydha sont égorgés (Sîra, II, 240-241)

Le Prophète ordonna de faire descendre de leurs fortins les Banû Quraydha et de les enfermer dans la maison de Bint al-Hârith. Il alla ensuite sur la place du marché de Médine, la même que celle d'aujourd'hui (du temps d'Ibn Hichâm), et y fit creuser des fossés. Puis il fit venir les Banû Quraydha par petits groupes et leur coupa la gorge sur le bord des fossés. Parmi eux, il y avait Huyayy ibn Akhtab, l'ennemi de Dieu, et Ka'b ibn Asad, le chef des Quraydha. Ils étaient six cents à sept cents hommes. On dit huit cents et même neuf cents. Pendant qu'ils étaient amenés sur la place par petits groupes, certains juifs demandèrent à Ka'b, le chef de leur clan :
- Que va-t-on donc faire de nous?
- Est-ce-que cette fois vous n'allez pas finir par comprendre? Ne voyez-vous pas que le crieur qui fait l'appel ne bronche pas et que ceux qui sont partis ne reviennent pas? C'est évidemment la tête tranchée!
Le Prophète ne cessa de les égorger jusqu'à leur extermination totale. […] »

Cf. aussi l'histoire des Banû Nadir et de Çafiyya.

*

Il est urgent de combattre intellectuellement l’islamisme et pour cela d'essayer de comprendre ses bases théologiques (fondées dans des traditions — tardives : la Sira date des VIIIe-IXe s., écrite en parallèle et en accord avec les recueils de hadith). S'y trouvent des traditions guerrières, antisémites et misogynes (à même de fonder toutes les exactions), à dénoncer au nom d'enracinements de foi plus profonds, ouverts et fraternels.

Les historiens datent en général la Sirâ de Ibn Hichâm de l'époque abbasside, de l'année 820 env. Elle est supposée basée sur la Sirâ de Ibn Ishaq, aujourd'hui disparue. Rien ne permet d'admettre la fidélité de Ibn Hichâm à Ibn Ishaq. Mais il ne fait pas de doute que c'est un texte de commande califale — visant à justifier les pratiques guerrières, policières, polygamiques, de tel ou tel calife.


mercredi 1 novembre 2023

"Sous sa vigne et sous son figuier"


« Ils habiteront chacun sous sa vigne et sous son figuier, Et il n'y aura personne pour les troubler ; Car la bouche de l'Eternel des armées a parlé. » (Michée 4, 4)



« L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d'être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. » (Vladimir Jankélévitch, L'Imprescriptible)

jeudi 26 octobre 2023

Eumdem salvatorem crucifixisse se speravit


Louis Massignon rapporte ce témoignage :
« Un homme était allé se poster devant al-Hallâj, qui était sur le gibet et avait crié : “Louange à Dieu ! Qui t’a fait exposer là — en exemple aux hommes et aux anges, — en avertissement pour ceux qui regardent !” — Mais voici qu’il sentit par-derrière lui al-Hallâj lui-même, dont la main s'était posée sur son omoplate, — et qui lui récitait (le verset du Qorân sur Jésus) : […]
“Non ils ne l’ont pas tué, ils ne l’ont pas crucifié, mais il leur a paru qu’il en avait été ainsi… et ils ne l’ont pas tué véritablement ; mais Dieu l’a enlevé à Lui, car Dieu est puissant et juste…” […]
Et c’est là le sens de ce qu’une ancienne légende dit d’al-Hallâj en croix : “Il tourna sa face vers la foule et déclara : “celui qui est visible (ici) a sa profession de foi rejetée : celui qui est (ici) invisible a sa profession de foi agréée (par Dieu) !” [Le mot des anciens : ceci est la moitié d'un homme (…) ]. »
(Louis Massignon, “Al-Hallâj le phantasme crucifié des Docètes et Satan selon les Yezidis”, Revue de l'histoire des religions, 1911, in Écrits mémorables, I, coll. Bouquins, Robert Laffont, 2009, p. 505-506)

Massignon réfère aussi à Manès :
« Inimicus quippe, qui eumdem salvatorem judicum patrem crucifixisse se speravit, - ipse est crucifixus , quo tempora aliud ostensum actum est, atque aliud ostensum. » [Trad. : Pour l'ennemi, qui espérait avoir crucifié le même sauveur, le père des juges, — il fut lui-même crucifié, et à cette époque l'acte montré fut accompli, et un autre fut montré.] (Manès, Epistola fundamenti, extrait ap. S. Augustini, De fide contra Manichaeos, XXVIII, PL t. XLIII, 1147 […], in Louis Massignon, ibid., p. 507.)

La proximité d’avec Dieu, terrible en ce monde, est en cela-même signe d’élection, de vie indestructible auprès de Dieu. Témoin à travers les temps, Israël : Christian Jambet : “Le peuple juif, Israël, dépositaire incontestable de l’élection” (in Massignon, ibid. p. viii).

mardi 24 octobre 2023

Origines XXe s.


« Non, Massignon n'a point milité contre Israël, mais contre la partition de la Terre sainte […]. Israël et Ismaël, les chrétiens, les juifs, les musulmans sont aussi responsables les uns que les autres d'une partition voulue par les grandes puissances, embarrassées des juifs qu'elles ont abandonnés à leurs bourreaux, et rejetant sur les Arabes de Palestine le legs de leurs politiques criminelles. » (Christian Jambet, Préface à : Louis Massignon, Écrits mémorables, I, coll. Bouquins, Robert Laffont, 2009, p. xiv)

… Regard lucide, repris encore en 2009, ancré en un temps hélas révolu, quand à la cause palestinienne qui en est née se substitue un antisémitisme assumé, n'ayant plus rien à voir avec la cause palestienienne, et désormais dévoilé, au détour d'un immense pogrom, aux yeux de qui ne refuse pas de voir…

lundi 23 octobre 2023

Fanatismes assassins


Ils sévissent contre leur peuple partout où ils sont au pouvoir, quelle que soit leur secte. Actuellement, Afghanistan, Iran, Gaza. Aucune difficulté pour eux dans le génocide des Ouighours ou dans les massacres de musulmans dans le Sahel. Un seul problème, obsessionnel, celui qui heurte leur antisémitisme et leur vaut l'approbation des obsessionnels d'Occident et les actes aveugles des fanatisés (qui ne sont pas à l'abri où leurs chefs se cachent). Ce problème, leur obsession : Israël, les juifs.

Cioran, qui s'y connait en matière de fanatisme pour y avoir succombé lui-même dans sa jeunesse grevée d'adhésions fascistes qu'il hait par la suite, écrit :
“Il me suffit d'entendre quelqu'un […] dire 'nous' avec une inflexion d'assurance, d'invoquer les 'autres', et s'en estimer l'interprète, — pour que je le considère mon ennemi. J'y vois un tyran manqué, un bourreau approximatif […].
Le fanatique, lui, est incorruptible : si pour une idée il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer pour elle ; dans les deux cas, tyran ou martyr, c'est un monstre. Point d'êtres plus dangereux que ceux qui ont souffert pour une croyance : les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyrs auxquels on n'a pas coupé la tête. Loin de diminuer l'appétit de puissance, la souffrance l'exaspère […]. Excédé du sublime et du carnage, il rêve d'un ennui de province à l'échelle de l'univers, d'une Histoire dont la stagnation serait telle que le doute s'y dessinerait comme un événement et l'espoir comme une calamité…”

(Emil Cioran, “Généalogie du fanatisme”, Précis de décomposition, Œuvres, p. 583)

Si on avait opposé autant de "oui, mais" aux exactions des nazis qu'a côtoyés Cioran qu'aux assassins d'aujourd'hui, la Shoah aurait peut-être été menée à son terme, le révisionnisme l'aurait emporté et Hitler serait peut-être resté au pouvoir !

28 octobre 2023, Armita Garavand, 16 ans (image ci-dessus), est décédée.

vendredi 20 octobre 2023

Aux confins de la perdition


“— Besièrs est tombée voilà trois ou quatre jours. Nul n'y a survécu.”
Alaïs tituba vers un banc.
“Ils ont tous… trépassé ? bégaya-t-elle, horrifiée. Femmes et enfants ?
— Nous touchons là aux confins de la perdition, déclara Pelletier. Si l'on peut perpétrer de telles atrocités sur des innocents…”
(Kate Mosse, Labyrinthe, LdP p. 490 — à propos du sac de Béziers, 22 juillet 1209)

“Le diable, l’ayant élevé, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre,‭ ‭et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux.‭ ‭Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi.” ‭
(Luc 4, 5-7)

“Le monde entier gît sous le pouvoir du Mauvais.”
(1 Jean 5, 19)

“Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge.”
(Jean 8, 44)

Il y eut un temps où le mensonge “argumentait”, où le révisionnisme tentait de la sorte de cacher les crimes qu'il voulait nier, ou ce qui gênait sa conception du monde et de l'histoire. Vient le temps où le mensonge ne se donne même plus cette peine !
Dix jours après l'innommable massacre antisémite perpétré par les terroristes du Hamas, apparaissent, comble du révisionnisme, des propos soutenant, devant la peur de la menace qui pèse sur les assassins cachés derrière les civils et les otages, que les atrocités du 7 octobre n'ont jamais eu lieu ! De sorte que la victime passe pour le coupable quand elle tente de se défendre !
Surprenante inaccessibilité à la compassion pour les victimes de ce pogrom de la part de ceux qui n'en ont pas manqué pour les victimes du Bataclan et qui n'ont alors rien trouvé à redire à la volonté équivalente d'en finir avec Daech. Aucune opposition alors contre les attaques de Mossoul et Raqqa avec leurs victimes civiles. Pour ne rien dire des bombardements indiscriminés au Yémen, des millions d'assassinés au Congo, ou du nettoyage ethnique contre les Arméniens, etc., pas plus qu'en 1970 contre la Jordanie s'en prenant… aux Palestiniens. À croire que les survivants de la Shoah, comme ces grand-mères prises en otage, sont restés quantité négligeable ! (Ignominie supplémentaire des geôliers, "libérant" le 24 octobre pour les entendre dire qu'elles ont été "traitées humainement", leurs proies enlevées dans la violence qui massacrait leurs proches !)

--> Origines…

Entrer dans l'Histoire c'est entrer dans le malheur (“car la gloire de ces royaumes m’a été donnée”, dit le diable en Luc 4, 6), d'autant plus sûrement qu'on est proche de la Source l'Être — redoutable élection ! Avoir été contaminé par la présence de la Source de l'Être au Sinaï, en avoir contaminé une terre. “Je ferai de Jérusalem une pierre pesante pour tous les peuples ; tous ceux qui la soulèveront seront meurtris” (Zacharie 12, 3). Voir qui s'est approché de la Source de l'Être, ou y aspire, entrer en contradiction avec l'Histoire, au près ou au loin. “Le besoin de pureté du pays occitanien trouva son expression extrême dans la religion cathare, occasion de son malheur.” (Simone Weil, En quoi consiste l'inspiration occitanienne ?, 1942)

Être sorti de l'Histoire, en avoir été chassé, appauvri (Ro 11, 12 & 15) par les empires, Rome et les nations enrichies en l'attente de la plénitude d'au-delà de l'Histoire… jusques à quand ?

RP, octobre 2023

Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.

mardi 10 octobre 2023

Sidération


Une jeunesse pacifiste rassemblée à une fête musicale de la paix, la paix avec les Palestiniens pour laquelle plaident ces jeunes Israéliens (et autres), massacrés comme, dans les pogroms alentour, leurs parents et petits frères et sœurs dans les villages et kibboutz (i.e. de gauche : comment des gens "de gauche" en France peuvent ne pas dénoncer cette horreur ?) par des assassins fanatiques antisémites, voulant "tuer des juifs", en s'arrogeant la prétention de représenter les Palestiniens qu'ils souillent de honte à la face d'un monde qu'ils couvrent de sang !

Écouter Joann Sfar à 1:08:00

Joann Sfar, Le chat du rabbin

dimanche 8 octobre 2023

Communiqué de l'AJCF

Suite ici…

Voir aussi le communiqué de la FPF