vendredi 21 juin 2024

Un antisémite est forcément négrophobe



« De prime abord, il peut sembler étonnant que l’attitude de l’antisémite s’apparente à celle du négrophobe. C’est mon professeur de philosophie, d’origine antillaise, qui me le rappelait un jour : “Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.” Et je pensais qu’il avait raison universellement, entendant par là que j’étais responsable, dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : “un antisémite est forcément négrophobe.” Et il précisait : “Chacun de mes actes engage l’homme. Chacune de mes réticences, de mes lâchetés manifeste l’homme.” » (Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952 [Points Seuil 2015 p. 119])

Quand LFI s'avère avoir glissé à l'extrême droite


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Jean-Paul Sanfourche m'écrit :

La lecture de Fanon, en ces temps troublés, pourrait assurément aider certains sourds et aveugles à trouver aujourd’hui quelques repères, à moins qu’ils n’entretiennent leurs handicaps pour cultiver leurs radicalités sournoises !

J’ai retrouvé le passage de Peau noire, masques blancs (1952) – que tu connais évidemment – dans lequel Fanon fait l’expérience personnelle de ce rapprochement, même si les Réflexions sur la question juive de Sartre (1946) l’ont aussi certainement influencé. Dans le malaise profond et préoccupant que nous traversons, peut-être serait-il bon que nous le relisions tous :

« C’est au nom de la tradition que les antisémites valorisent leur "point de vue". C’est au nom de la tradition, de ce long passé d’histoire, de cette parenté sanguine avec Pascal et Descartes, qu’on dit aux Juifs : vous ne sauriez trouver place dans la communauté. Dernièrement, un de ces bons Français déclarait, dans un train où j’avais pris place : "Que les vertus vraiment françaises subsistent, et la race est sauvée ! À l’heure actuelle, il faut réaliser l’Union nationale. Plus de luttes intestines ! Face aux étrangers (et, se tournant vers mon coin), quels qu’ils soient."
Il faut dire à sa décharge qu’il puait le gros rouge ; s’il l’avait pu, il m’aurait dit que mon sang d’esclave libéré n’était pas capable de s’affoler au nom de Villon ou de Taine.
Une honte !
Le Juif et moi : non content de me racialiser, par un coup heureux du sort, je m’humanisais. Je rejoignais le Juif, frères de malheur.
Une honte !
De prime abord, il peut sembler étonnant que l’attitude de l’antisémite s’apparente à celle du négrophobe. C’est mon professeur de philosophie, d’origine antillaise, qui me le rappelait un jour : "Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous. » Et je pensais qu’il avait raison universellement, entendant par-là que j’étais responsable dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe." »


Fanon évoque l’antisémitisme « canal historique », si l’on peut dire, qui a nourri le Front National, avec lequel le Rassemblement National aurait rompu. L’antisémitisme de LFI, sous les oripeaux de l’antisionisme, est une stratégie électorale, instrumentalisant politiquement le conflit Hamas-Israël. Ce ne serait, selon Arié Alimi et Vincent Lemire, « qu’un antisémitisme contextuel » (Le Monde, 21 juin 2024). Comment cette pseudo distinction politiquement opportuniste pourrait-elle nous faire oublier que toute judéophobie est porteuse de haines et de violences ? Oui, tu as raison, LFI a « glissé » vers l’extrême droite et l’a rejointe.

Ceux qui instillent la haine (xénophobie et antisémitisme), la suscitent et l’exploitent sans complexe, la banalisent en en faisant un argument électoral voire un élément de programme politique à part entière, portent la responsabilité des futures fractures sociales et des violences qu’elles entraîneront immanquablement, quelle que soit l’issue de ces élections législatives à haut risque.

Fanon à raison de penser spontanément que le propos de son professeur avait une portée universelle. Portée qu’il conserve d’ailleurs dans le constat final qu’« un antisémite est forcément négrophobe ». C’est cette universalité qui doit éveiller nos consciences. Car, quand le ressentiment et la haine inspirent des campagnes politiques et motivent des choix électoraux, alors il n’y a plus ni juifs, ni noirs, ni blancs, ni jaunes, etc.., il n’y a plus que la haine et le rejet de l’autre. Et l’autre ce peut-être nous, c’est aussi nous, ce sera nous peut-être au bout d’un terrible chemin, pour peu que nous pensions différemment et que nous osions l’exprimer au nom de nos valeurs, de nos cultures et nos identités profondes.

L’antisémitisme équivaut au rejet de l’autre quel qu’il soit dans sa différence. Ce qui me fait dire ce que je pense et vis aujourd’hui profondément, douloureusement – et ce n’est pas un slogan de réseaux sociaux - : « Nous sommes tous juifs ».

Car nous serons tous, à des degrés divers, les victimes de décisions irréfléchies, d’impardonnables renoncements politiques, moraux, éthiques, d’abjects ralliements ou marchandages contre nature, et d’inavouables lâchetés.
JP.Sanfourche



King Crimson - Epitaph (1969)



Cf. Boris Cyrulnik : « Mélenchon, c’est l’extrême droite »
Et ICI, la menace qui pèse.


samedi 8 juin 2024

Israël-Palestine, un passé qui ne passe pas



Face aux idées reçues à propos du conflit israélo-palestinien, il faut rétablir quelques vérités historiques concernant la Nakba, le droit au retour ou les intentions génocidaires, explique l’historien Georges Bensoussan.

Extraits :

[…] Dans le narratif arabe, la mémoire des Juifs du monde arabe a disparu, comme si les Israéliens n’étaient habités que par la seule mémoire de la Shoah, comme si l’État d’Israël s’était figé à l’heure du procès Eichmann en 1961. En oubliant que la moitié de la population israélienne d’aujourd’hui est constituée de descendants de Juifs arabes évincés (et spoliés pour beaucoup) de leurs patries de naissance.

Évoquer la Nakba sans un mot pour ces Israéliens originaires du monde arabe (ou leurs descendants) laisse entendre que les États arabes n’auraient aucune responsabilité dans le départ de ces antiques communautés présentes bien avant l’arrivée de l’islam. C’est penser que seuls les Arabes palestiniens auraient l’apanage d’une mémoire traumatique. Or l’épuration ethnique des Juifs du monde arabe est pourtant une réalité reconnue, y compris même aujourd’hui par des Juifs antisionistes et sévères contempteurs de l’État d’Israël. « À la lumière des preuves récemment publiées par le Sénat irakien et par la police de l’époque, je pense qu’il est temps de repenser le sens de cet exode « volontaire ». « C’était une expulsion, note en avril 2024 l’universitaire d’extrême gauche Zvi Ben-Dor Benite , d’origine irakienne. Il ne fait aucun doute que l’État d’Israël nouvellement créé a attiré les Juifs et conclu des accords au-dessus de leurs têtes. Mais l’Irak a quand même déporté ses Juifs. »

La Franco-Syrienne Rima Hassan, native de Syrie, à la grande « surprise » des opposants à la dictature syrienne, comme Omar Youssef Souleimane, entre et sort librement de cet État ultrapolicier et militarisé. Cet étendard des droits de l’homme n’a visiblement aucune mémoire du calvaire enduré par les Juifs de son pays à l’époque de Hafez el-Assad. Toutefois, on n’en serait pas là si les Juifs avaient accepté de demeurer des dhimmis, comme le préconise l’article 31 de la charte du Hamas (adoptée le 18 août 1988), annulant, ce faisant, les réformes de l’empire ottoman de 1856.

L’amnésie fait tache d’huile et occulte systématiquement, comme le note l’historien français Pierre Vermeren, que les États arabes « ont chassé ou vendu leurs Juifs nationaux [un million de personnes au départ], ce qui a doublé la population juive israélienne ». Tandis que ces mêmes pays arabes, ajoute-t-il, « trouvent normal que l’État hébreu héberge des millions d’Arabes palestiniens ». Une amnésie qui alimente une stupéfiante inversion victimaire quand la purification ethnique prêtée à l’État d’Israël est bel et bien une réalité du monde arabo-musulman d’hier et d’aujourd’hui, comme lorsqu’en septembre 2023, dans une indifférence quasi générale, 120 000 Arméniens chrétiens du Haut-Karabakh étaient expulsés par l’Azerbaïdjan d’une patrie où leur présence est attestée bien avant l’arrivée de l’islam. […]

Article complet ICI. Et le "Que sais-je" de Georges Bensoussan Les origines du conflit israélo-arabe (1870-1950) ICI.

jeudi 6 juin 2024

Deux États ?

Solution à 2 États : “On se trompe ” : “On feint de ne pas comprendre que l’absence de 2 États n’est pas la cause du conflit, mais la conséquence.” (Ferghane Azihari)

Vidéo ici : https://x.com/i/status/1798407888320237793



… Suite : "Il y a bien plus d'Arabes qui prospèrent dans la petite nation juive qu'il n'y a de Juifs en sécurité dans le vaste monde que l'islam a forgé depuis les conquêtes du 7e siècle. Certains ont plus de boulot pour soigner leur rapport à l'Autre. Taire ce fait, c'est honnir la paix." (Ferghane Azihari)

Vidéo ici : https://x.com/i/status/1798431851452985541


Voir d'indispensables éléments d'histoire ICI.

mercredi 5 juin 2024

Quand l'UE réalise ce qu'elle finance...

Sur le "lien entre le contenu des manuels scolaires palestiniens et les massacres du 7 octobre."




"Dans un texte adopté le 11 avril [2024], le Parlement européen a déclaré qu’il « condamne les contenus problématiques et haineux qui encouragent la violence, propagent l’antisémitisme et incitent à la haine dans les manuels scolaires palestiniens, rédigés par des fonctionnaires financés par l’Union européenne, ainsi que dans le matériel pédagogique supplémentaire élaboré par le personnel de l’UNRWA et enseigné dans ses écoles ».

Le Parlement européen a également reconnu que ce matériel pédagogique, subventionné par l’argent des contribuables européens dans le cas des manuels de l’AP [Autorité palestinienne], a joué un rôle dans la radicalisation des habitants de Gaza avant l’assaut barbare du groupe terroriste palestinien du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été tuées et 253 autres ont été prises en otage à Gaza."

(Extrait d'un article publié dans The times of Israël. Artcile complet ICI)

mercredi 29 mai 2024

Face à la défaite médiatique



Aujourd’hui, à Gaza, le visage de l’autre sombre… La stratégie inhumaine du Hamas l’a emporté, a piégé Israël. Les terroristes ont bâti leur inaccessibilité de telle sorte que n’apparaissent plus que des civils mutilés par les bombes, affamés, vision d’horreur médiatiquement démultipliée. Israël doit se rendre au réel de la défaite médiatique, sauf à faire de la parole de Jankélévitch une atroce prophétie : « L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. » (Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible, 1965)

Une guerre contre un fascisme extrême ne se gagne pas que militairement. Aujourd’hui, elle se perd militairement quand les armes n’ont plus que la puissance, en regard de la monstruosité de la souffrance subie par les civils otages et boucliers du Hamas, de transformer inéluctablement les vainqueurs en bourreaux, vus comme génocidaires intentionnels. Israël doit à présent se mettre face au réel et admettre sa défaite médiatique, car c’est une défaite… sachant que l’heure est venue pour lui de soigner, entrant dans une autre lutte, pour une autre victoire, celle de l’humain contre l’inhumain, celle d'une toute nouvelle reconnaissance de l'autre.

Le conflit mondial contre les nouveaux totalitarismes sera sans doute long. Il ne se gagnera pas par les moyens des terroristes. Mais par un refus radical de leur ressembler. L’heure est au retour sur soi, techouva, changement d'optique.



King Crimson - Requiem

Cf. ICI : De 1492 au 7 octobre 2023 et suites

RP, 7 mars 2024

mercredi 15 mai 2024

Anachronique...



Un ami m'envoie un livre : Antisionisme, une histoire juive

Les développements historiques de ce livre (voulant montrer que l'antisionisme est d'abord juif) sont utiles pour… justifier le sionisme !, à condition de corriger le vocabulaire, à commencer par celui du titre ("antisionisme…") ! L'emploi anachronique du mot "antisionisme" est-il honnête ? Cf. la citation ci-dessous (p. 20) : la traduction de l'allemand est fausse : le mot "antisionisme" n'est pas dans l'allemand, comme à aucun moment d'alors quant à l'usage du terme : les supposés "antisionistes" du début du XXe siècle, ne se ralliant pas ou s'opposant à Herzl, sont simplement non-sionistes (pas d'usage du mot "antisionisme", au sens inventé par Staline à l’occasion du complot des blouses blanches pour ne pas être taxé d'antisémitisme). Les effets de l'antisémitisme européen, culminant dans le nazisme et la Shoah, ont hélas donné raison à Herzl contre tous les non-sionistes jusque là en effet majoritaires. Et à présent, le projet sioniste ayant abouti : l'Etat d'Israël, que peut vouloir dire "antisionisme", sinon son démantèlement — pour imaginer quoi concernant les sept millions de juifs israéliens ? Imaginer un autre fonctionnement de la relation actuelle (catastrophique) avec les Palestiniens (deux Etats, un Etat binational, une fédération, etc.) n'est pas "antisioniste", sauf à imaginer la disparition, un exil ?, vu la réalité des choses, des juifs de la région… qui seraient accueillis dans lequel des pays du monde (avec le même enthousiasme que dans les années 1930-1940, et même après guerre, quand se fermaient les portes aux persécutés du nazisme ?) — à notre époque où monte un néo-antisémitisme se revendiquant antisioniste ?…

Autre anachronisme : parler, à propos des évangéliques pré-sionistes du XVIIe s., d'antisémitisme, mot référant à la racisation "scientifique" des juifs, qui ne sera inventé que deux siècles plus tard, avec la mise en place de la chose…