lundi 9 juin 2014

Scientifique


"[...] une vérité scientifique [...] est perpétuellement provisoire et sera falsifiée demain. Le mythe de la science nous impressionne ; mais ne confondons pas la science et sa scolastique ; la science ne retrouve pas des vérités, mathématisables ou formalisables, elle découvre des faits inconnus qu'on peut gloser de mille manières ; découvrir une particule subatomique, une recette technique qui réussit ou la molécule de l'ADN, cela n'a rien de plus sublime que de découvrir les infusoires, le cap de Bonne-Espérance, le Nouveau Monde ou l'anatomie d'un organe. Ou la civilisation sumérienne. Les sciences ne sont pas plus sérieuses que les lettres et, puisqu'en histoire les faits ne sont pas séparables d'une interprétation et qu'on peut imaginer toutes les interprétations que l'on veut, il doit en être de même dans les sciences exactes."
(Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, Seuil, Points/Essais, p. 125.)

C.G. Jung, Problèmes de l'âme moderne, in La réalité de l'âme 2, p. 960

mercredi 4 juin 2014

Démythologiser ?


C.-G. Jung, Les racines de la conscience, in La réalité de l'âme I, La Pochothèque, 1998, p, 732-733 :

« J'extrais d'un article théologique (protestant) la phrase suivante : "Nous nous comprenons — que ce soit d'une façon naturaliste ou idéaliste — comme des êtres unitaires et non si singulièrement partagés que des puissances étrangères puissent intervenir dans notre vie intérieure, comme le suppose le Nouveau Testament. [Theologische Zeitschrift, 8e année, 1952, n° 2, p. 117. C'est moi qui souligne, précise Jung.]" L'auteur ignore manifestement que, depuis plus d'un demi-siècle déjà, la science a constaté et démontré expérimentalement le caractère labile et dissociable de la conscience. Nos intentions conscientes sont pour ainsi dire sans arrêt troublées et traversées, dans une mesure plus ou moins grande, par des intrusions inconscientes dont les causes profondes nous demeurent d'abord incompréhensibles. La psyché est loin de constituer une unité ; elle est au contraire un mélange bouillonnant d'impulsions contradictoires, d'obstructions et d'affects, et son état de conflit est pour beaucoup d'hommes si insupportable qu'ils vont jusqu'à souhaiter pour eux-mêmes la rédemption célébrée par la théologie. Rédemption de quoi ? Naturellement, d'un état psychique extrêmement précaire. L'unité de la conscience, de la prétendue personnalité, n'est pas une réalité mais un desideratum. [...]
Je ne fais pas de différence entre cet état et celui des possédés de l'Évangile. Que je croie à un démon du royaume des airs ou à un facteur situé dans l'inconscient et qui me joue un tour diabolique, cela n'a aucune importance. Le fait que l'homme est menacé par des forces étrangères dans son unité imaginaire demeure le même, avant comme après. La théologie ferait sans doute mieux de prendre finalement une bonne fois en considération ces faits psychologiques plutôt que de continuer, avec des siècles de retard, à "démythologiser" comme à l'époque des lumières. »

mardi 3 juin 2014

Œcuménisme


Tombes d'une femme catholique et de son mari protestant, qui n'ont pas été autorisés à être enterrés ensemble. Roermond, Pays-Bas, 1888 (vu ici).

mardi 6 mai 2014

Voile

 

"Elles cachent ce que peut-être personne ne regarderait si elles ne le cachaient pas." (Chahdortt Djavann, Bas les voiles !, Gallimard 2003, p. 24.)

"Sa beauté [de Leila], dont elle ne s'était pas particulièrement souciée jusqu'alors, comme toutes les femmes vraiment belles, se trouva soudain ravagée par une petite vérole confluente qui brouilla ses jolis traits et ne lui laissa que les yeux magnifiques d'une sibylle égyptienne. Le hideux voile noir qui lui avait toujours paru le symbole de la servitude devint alors un refuge derrière lequel elle pourrait dissimuler les ruines d'une beauté qui avait été jadis tenue pour tellement remarquable." (Lawrence Durrell, Balthazar [1958] - Le Quatuor d’Alexandrie II, Pochothèque, p. 295.)

PS — 27.12.25 : "Lorsque je porte des vêtements occidentaux, les hommes me dévisagent, me transforment en objet, ou alors m'évaluent par rapport aux normes des mannequins dans les magazines, auxquelles il est très difficile de se conformer — et encore plus à mesure qu'on vieillit, sans parler de la fatigue de s'exposer ainsi en permanence. Quand je porte le foulard ou le tchador, les gens m'appréhendent comme une personne, je me sens respectée. Voilée." (Shannon Prusak, citée par Eva Illouz, La fin de l'amour, trad. fr. Sophie Renaut, Seuil 2018, p. 197‑198)

Cf. Ruzbehan

jeudi 24 avril 2014

Cimetière

(photo ici)

Sites de la Seconde Guerre mondiale en Normandie

mardi 1 avril 2014

Le chant du veilleur

(photo ici)

Sur Kierkegaard, un livre du pasteur Flemming Fleinert-Jensen : Søren Kierkegaard, Le chant du veilleur, Olivétan, coll. « figures protestantes », 2011.

Au long d’un tracé bio/bibliographique, le livre nous présente, deux siècles après la naissance de Kierkegaard (1813-1855), son œuvre éminemment actuelle.

En regard de deux thèmes majeurs : l’amour et la foi, Flemming Fleinert-Jensen opte pour distinguer essentiellement « registre humain et registre chrétien » (p. 34) comme clefs de lecture de Kierkegaard, au-delà de la classique distinction entre les stades éthique, esthétique et religieux.

« D’une orthodoxie imperturbable » (p. 30), Kierkegaard « soutient l’enracinement de la révélation chrétienne dans un événement historique » (p. 83). Il affirme que « le christianisme n’est […] pas une doctrine, mais le fait que Dieu a existé » — « il s’agit bien entendu de l’Incarnation du verbe », précise F.F.-J. (p. 135). Ce qui non seulement n’empêche pas, mais induit que « si la foi chrétienne est traitée comme un fait objectif, dont l’orthodoxie garantit la sincérité […], elle se transforme en un phénomène qui a perdu son caractère authentiquement chrétien » (p. 137).

Quand « la pensée objective oublie que l’homme n’est pas un objet qu’on peut comprendre en le rangeant dans des catégories scientifiques ou philosophiques » (p. 131), c’est un rappel libérateur pour aujourd’hui que nous offre F.F.-J. de la part du « veilleur de Copenhague ».

RP, octobre 2013