vendredi 2 octobre 2026

L’affaire Bardella/Médiapart et le profil bas des “antisionistes”



Ce que révèle l’affaire Bardella/Médiapart et qu’on n’entend pas… c’est que ni la droite extrême, ni la « gauche » radicale, n'ont intérêt à signaler leur proximité : les deux préfèrent la jouer « modéré » dans leurs attaques réciproques concernant l’antisémitisme…
Si on lit les propos qu’aurait prononcés Bardella sans le cadre de leur présentation dans l’article de Médiapart, force est constater qu’on aurait aussi bien pu les attribuer à un « antisioniste » de « gauche » :
« Le juif doit dominé [sic] les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur » ; « C’est ce qu’ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israel, avec bien sûr Jérusalem comme capitale » — citation Médiapart.
Du pur antisionisme : dominer « les autres peuples, les écraser et les voler » : « un sioniste » veut que le monde soit « dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale » sachant que de toute façon : « Toutes les banques sont détenues par des Juifs » ! Hélas « gauche » radicale compatible !

Pour les deux camps, révéler ou reconnaître cette évidente proximité antisioniste serait un suicide politique et doctrinal.


Le profil bas de l'extrême droite

Le Rassemblement National et les figures de la droite nationale cherchent avant tout à parachever leur dédiabolisation et leur respectabilité de gouvernement :
Le nouveau récit : le RN se pose désormais en « bouclier des Juifs de France » face à la menace islamiste et à l'extrême gauche.
Le danger d'un aveu : admettre que leurs cadres ou leur matrice historique (Soral, la mouvance identitaire) partagent la même obsession du « pouvoir occulte » ou du « sionisme » que la gauche radicale ruinerait cette posture de respectabilité. Cela rappellerait leurs origines idéologiques à un électorat modéré qu'ils cherchent à conquérir.


Le profil bas de la « gauche » radicale

De son côté, La France insoumise et la gauche « anticoloniale » fondent toute leur identité sur une supériorité morale humaniste et antiraciste :
Le nouveau récit : ils se présentent comme les seuls défenseurs des opprimés, des Droits de l'Homme et du droit international (surtout en Palestine).
Le danger d'un aveu : reconnaître que leur rhétorique antisioniste réactive des stéréotypes conspirationnistes ou qu'elle rejoint les thèses d'un Alain Soral ou d'un Dieudonné détruirait leur magistère moral. Cela créerait une rupture irréparable avec la gauche républicaine classique et une partie importante de leur électorat.


L'intérêt commun du grand silence

L'échiquier politique actuel repose sur un pacte d'aveuglement réciproque :
L'extrême droite a tout intérêt à faire croire que l'antisémitisme est désormais le monopole exclusif de la gauche radicale et de l'islamisme.
La gauche radicale a tout intérêt à faire croire que l'antisémitisme est le monopole exclusif de l'extrême droite traditionnelle.
Mettre en lumière leurs zones de porosité (l'obsession du complot, le rejet des élites « cosmopolites », la diabolisation absolue d'Israël) détruirait le récit binaire dont les deux camps se nourrissent pour polariser le débat politique.


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