jeudi 28 août 2014
lundi 9 juin 2014
Scientifique

"[...] une vérité scientifique [...] est perpétuellement provisoire et sera falsifiée demain. Le mythe de la science nous impressionne ; mais ne confondons pas la science et sa scolastique ; la science ne retrouve pas des vérités, mathématisables ou formalisables, elle découvre des faits inconnus qu'on peut gloser de mille manières ; découvrir une particule subatomique, une recette technique qui réussit ou la molécule de l'ADN, cela n'a rien de plus sublime que de découvrir les infusoires, le cap de Bonne-Espérance, le Nouveau Monde ou l'anatomie d'un organe. Ou la civilisation sumérienne. Les sciences ne sont pas plus sérieuses que les lettres et, puisqu'en histoire les faits ne sont pas séparables d'une interprétation et qu'on peut imaginer toutes les interprétations que l'on veut, il doit en être de même dans les sciences exactes."
(Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, Seuil, Points/Essais, p. 125.)

mercredi 4 juin 2014
Démythologiser ?

C.-G. Jung, Les racines de la conscience, in La réalité de l'âme I, La Pochothèque, 1998, p, 732-733 :
« J'extrais d'un article théologique (protestant) la phrase suivante : "Nous nous comprenons — que ce soit d'une façon naturaliste ou idéaliste — comme des êtres unitaires et non si singulièrement partagés que des puissances étrangères puissent intervenir dans notre vie intérieure, comme le suppose le Nouveau Testament. [Theologische Zeitschrift, 8e année, 1952, n° 2, p. 117. C'est moi qui souligne, précise Jung.]" L'auteur ignore manifestement que, depuis plus d'un demi-siècle déjà, la science a constaté et démontré expérimentalement le caractère labile et dissociable de la conscience. Nos intentions conscientes sont pour ainsi dire sans arrêt troublées et traversées, dans une mesure plus ou moins grande, par des intrusions inconscientes dont les causes profondes nous demeurent d'abord incompréhensibles. La psyché est loin de constituer une unité ; elle est au contraire un mélange bouillonnant d'impulsions contradictoires, d'obstructions et d'affects, et son état de conflit est pour beaucoup d'hommes si insupportable qu'ils vont jusqu'à souhaiter pour eux-mêmes la rédemption célébrée par la théologie. Rédemption de quoi ? Naturellement, d'un état psychique extrêmement précaire. L'unité de la conscience, de la prétendue personnalité, n'est pas une réalité mais un desideratum. [...]
Je ne fais pas de différence entre cet état et celui des possédés de l'Évangile. Que je croie à un démon du royaume des airs ou à un facteur situé dans l'inconscient et qui me joue un tour diabolique, cela n'a aucune importance. Le fait que l'homme est menacé par des forces étrangères dans son unité imaginaire demeure le même, avant comme après. La théologie ferait sans doute mieux de prendre finalement une bonne fois en considération ces faits psychologiques plutôt que de continuer, avec des siècles de retard, à "démythologiser" comme à l'époque des lumières. »
mardi 3 juin 2014
Œcuménisme

Tombes d'une femme catholique et de son mari protestant, qui n'ont pas été autorisés à être enterrés ensemble. Roermond, Pays-Bas, 1888 (vu ici).
mardi 6 mai 2014
Voile

"Elles cachent ce que peut-être personne ne regarderait si elles ne le cachaient pas." (Chahdortt Djavann, Bas les voiles !, Gallimard 2003, p. 24.)
"Sa beauté [de Leila], dont elle ne s'était pas particulièrement souciée jusqu'alors, comme toutes les femmes vraiment belles, se trouva soudain ravagée par une petite vérole confluente qui brouilla ses jolis traits et ne lui laissa que les yeux magnifiques d'une sibylle égyptienne. Le hideux voile noir qui lui avait toujours paru le symbole de la servitude devint alors un refuge derrière lequel elle pourrait dissimuler les ruines d'une beauté qui avait été jadis tenue pour tellement remarquable." (Lawrence Durrell, Balthazar [1958] - Le Quatuor d’Alexandrie II, Pochothèque, p. 295.)
PS — 27.12.25 : "Lorsque je porte des vêtements occidentaux, les hommes me dévisagent, me transforment en objet, ou alors m'évaluent par rapport aux normes des mannequins dans les magazines, auxquelles il est très difficile de se conformer — et encore plus à mesure qu'on vieillit, sans parler de la fatigue de s'exposer ainsi en permanence. Quand je porte le foulard ou le tchador, les gens m'appréhendent comme une personne, je me sens respectée. Voilée." (Shannon Prusak, citée par Eva Illouz, La fin de l'amour, trad. fr. Sophie Renaut, Seuil 2018, p. 197‑198)
Cf. Ruzbehan…
Libellés :
Chahdortt Djavann,
Eva Illouz,
Lawrence Durrell,
Michal Mozolewski
jeudi 24 avril 2014
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