vendredi 20 octobre 2023

Aux confins de la perdition


“— Besièrs est tombée voilà trois ou quatre jours. Nul n'y a survécu.”
Alaïs tituba vers un banc.
“Ils ont tous… trépassé ? bégaya-t-elle, horrifiée. Femmes et enfants ?
— Nous touchons là aux confins de la perdition, déclara Pelletier. Si l'on peut perpétrer de telles atrocités sur des innocents…”
(Kate Mosse, Labyrinthe, LdP p. 490 — à propos du sac de Béziers, 22 juillet 1209)

“Le diable, l’ayant élevé, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre,‭ ‭et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux.‭ ‭Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi.” ‭
(Luc 4, 5-7)

“Le monde entier gît sous le pouvoir du Mauvais.”
(1 Jean 5, 19)

“Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge.”
(Jean 8, 44)

Il y eut un temps où le mensonge “argumentait”, où le révisionnisme tentait de la sorte de cacher les crimes qu'il voulait nier, ou ce qui gênait sa conception du monde et de l'histoire. Vient le temps où le mensonge ne se donne même plus cette peine !
Dix jours après l'innommable massacre antisémite perpétré par les terroristes du Hamas, apparaissent, comble du révisionnisme, des propos soutenant, devant la peur de la menace qui pèse sur les assassins cachés derrière les civils et les otages, que les atrocités du 7 octobre n'ont jamais eu lieu ! De sorte que la victime passe pour le coupable quand elle tente de se défendre !
Surprenante inaccessibilité à la compassion pour les victimes de ce pogrom de la part de ceux qui n'en ont pas manqué pour les victimes du Bataclan et qui n'ont alors rien trouvé à redire à la volonté équivalente d'en finir avec Daech. Aucune opposition alors contre les attaques de Mossoul et Raqqa avec leurs victimes civiles. Pour ne rien dire des bombardements indiscriminés au Yémen, des millions d'assassinés au Congo, ou du nettoyage ethnique contre les Arméniens, etc., pas plus qu'en 1970 contre la Jordanie s'en prenant… aux Palestiniens. À croire que les survivants de la Shoah, comme ces grand-mères prises en otage, sont restés quantité négligeable ! (Ignominie supplémentaire des geôliers, "libérant" le 24 octobre pour les entendre dire qu'elles ont été "traitées humainement", leurs proies enlevées dans la violence qui massacrait leurs proches !)

--> Origines…

Entrer dans l'Histoire c'est entrer dans le malheur (“car la gloire de ces royaumes m’a été donnée”, dit le diable en Luc 4, 6), d'autant plus sûrement qu'on est proche de la Source l'Être — redoutable élection ! Avoir été contaminé par la présence de la Source de l'Être au Sinaï, en avoir contaminé une terre. “Je ferai de Jérusalem une pierre pesante pour tous les peuples ; tous ceux qui la soulèveront seront meurtris” (Zacharie 12, 3). Voir qui s'est approché de la Source de l'Être, ou y aspire, entrer en contradiction avec l'Histoire, au près ou au loin. “Le besoin de pureté du pays occitanien trouva son expression extrême dans la religion cathare, occasion de son malheur.” (Simone Weil, En quoi consiste l'inspiration occitanienne ?, 1942)

Être sorti de l'Histoire, en avoir été chassé, appauvri (Ro 11, 12 & 15) par les empires, Rome et les nations enrichies en l'attente de la plénitude d'au-delà de l'Histoire… jusques à quand ?

RP, octobre 2023

Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.

mardi 10 octobre 2023

Sidération


Une jeunesse pacifiste rassemblée à une fête musicale de la paix, la paix avec les Palestiniens pour laquelle plaident ces jeunes Israéliens (et autres), massacrés comme, dans les pogroms alentour, leurs parents et petits frères et sœurs dans les villages et kibboutz (i.e. de gauche : comment des gens "de gauche" en France peuvent ne pas dénoncer cette horreur ?) par des assassins fanatiques antisémites, voulant "tuer des juifs", en s'arrogeant la prétention de représenter les Palestiniens qu'ils souillent de honte à la face d'un monde qu'ils couvrent de sang !

Écouter Joann Sfar à 1:08:00

Joann Sfar, Le chat du rabbin

dimanche 8 octobre 2023

Communiqué de l'AJCF

Suite ici…

Voir aussi le communiqué de la FPF

vendredi 29 septembre 2023

Ce soir, la Lune rêve…


Nietzsche : "Il n'y a pas de faits mais seulement des interprétations" (Fragments posthumes, 7, fin 1886-printemps 1887).


Nietzsche montre la lune, l’insensé regarde son doigt, en s'imaginant que Nietzsche dirait qu’il n’y a pas de lune, i.e. pas de réel (à savoir, ce qui heurte : “le réel, c'est quand on se cogne”, dixit Lacan) ! Si l’on n’a accès au réel que via ce que nous sommes, jusque dans notre matérialité, notre corporéité, les interprétations dont il s’agit n’impliquent pas qu’il n’y a rien derrière ces interprétations, mais qu’on n’y a pas accès autrement que par ces interprétations, comme on n’a pas accès à la lune en soi. Mais ça heurte quand même !

C’est donc ainsi qu'"il n'y a pas de faits mais seulement des interprétations". Un certain déconstructivisme contemporain, qui s’imagine être héritier de Nietzsche, postule que les interprétations impliquent l'inexistence du réel et glisse de la contemplation du doigt de Nietzsche à celle de son doigt propre — substitué non seulement à celui de Nietzsche, mais, dans un subjectivisme radical, aussi au réel.

Réinterprétation de la volonté de puissance, celui qui réussit à imposer son interprétation l'impose comme un fait : subvertissant l'aphorisme de Nietzsche, l’interprétation de celui qui a déconstruit l'interprétation précédente (déclarée "mythe") devient fait. La "post-vérité" se substitue à l’ancienne interprétation, imposant des fake-news qui déclarent fake-news les interprétations qui ne sont pas la sienne. Attitude où se rejoignent nombre d'intellectuels “déconstructeurs” d’un côté et adeptes du trumpisme de l’autre !

Or, le réel heurte ! Ce qui semble gêner beaucoup lesdits “déconstructeurs”… Le réel en est déconstruit de tous bords : quand à une aile il l'est par la "post-vérité", l'autre aile n'est pas en reste. Ainsi, exemple éloquent : déclarée "construite", la sexuation sera donc déconstruite par l'auto-déclaration de genre, débouchant éventuellement sur des effets physiques de la déconstruction, via des traitements hormonaux et chirurgicaux.

En histoire, il n’y aura donc plus de cathares/néo-manichéens médiévaux, plus de "sorciers/sorcières", mais uniquement une société persécutrice qui les invente — un pas plus loin et il n’y aura plus de vaudois, plus de lépreux, plus de juifs, plus d’homosexuels : il n’y a plus qu'interprétations dues à une société paranoïaque. Certes, paranoïa il y a eu certainement, faisant naître la peur des hérétiques et des sorciers, et surtout sorcières (terreur des hommes persécuteurs)…

Des historiens comme Jean Duvernoy ou Carlo Ginzburg, au fait de la dimension paranoïaque des interprétations persécutrices, n’ont pas perdu de vue pour autant qu’il y a une lune que désigne le doigt, même mal comprise : un mouvement vraiment dualiste pour les cathares ; un reliquat d’un culte chamanique de Diane pour les sorciers et sorcières ; une maladie pour les lépreux ; une lecture talmudique de la Torah pour les juifs ; une orientation sexuelle pour les homosexuels — appelés “bougres” (Bulgares !) comme l’ont été aussi les cathares ; une exigence évangélique pour les vaudois, etc. Certes l'interprétation paranoïaque a tout confondu : les sorcières (daïmoniales) se rendant au sabbat (juif) pour leurs vauderies (vaudoises) ! Interprétation que ces confusions. La lune n’en cesse pas d'exister pour autant !

*

Ce soir, la Lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu’une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui, d’une main distraite et légère, caresse
Avant de s’endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l’azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poëte pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d’opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du Soleil.


(Charles Baudelaire, “Tristesses de la lune”, recueil Les fleurs du mal)


RP, 21.03.2023

Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.

jeudi 28 septembre 2023

Interview

… par Michel Jas / Théologie en liberté, sur Radio Alliance + — 20 & 27 septembre 2023 | <a href="https://radioallianceplus.fr/audio/roland-poupin-theologien-philosophe-pas-comme-les-autres-1/" target="_blank">1</a> & <a href="https://radioallianceplus.fr/audio/roland-poupin-theologien-philosophe-pas-comme-les-autres-2/" target="_blank">2</a>

ICI (1) (Orgue, pas guitare)
&
ICI (2) <audio controls="" src="https://drive.google.com/uc?id=1SUbMSBwPVyr7_Vl9ONuvqI4n7SUaHdeL"> ... </audio><br /> (claviers, pas guitare !) <br> <audio controls="" src="https://drive.google.com/uc?id=1Toc9fNeeHRYxBJNcB8aDik-QjAVCaDn1"> ... </audio><br />





dimanche 17 septembre 2023

Femme vie liberté

Image ICI