samedi 27 mai 2023

Subversion subventionnée



"[…] condamné à l'escalade subversive. De par la concurrence et l'usure des signes. Ce qui commence comme sélection, marginalité d'un petit groupe tombe très vite dans la consommation de masse. […]
La subversion se radicalise, accède à la plus grande transgression possible dans le mondain […]
Alors la contestation mondaine atteint le moment dialectique de sa plus grande contradiction interne : contradiction entre l'institutionnel et la subversion. Car ce qui se dit contestation n'est qu'initiation mondaine, niveau supérieur de l'intégration au système, à la société permissive."

Michel Clouscard, Le capitalisme de la séduction, éd. Delga 2015, p. 120-121


Illustration (en Hongrie actuelle) :




Conclusion (Who : "We won't get fooled again") :





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"Le piège à éviter, c'est de se jeter dans le moderne. Tout le monde veut être moderne et, comme si ça ne suffisait pas, tout le monde veut être rebelle par-dessus le marché. Pour être au goût du jour, tout le monde cherche à grimper dans le train déjà bondé des mutins de Panurge. C'est un joyeux tintamarre, plein d'argent comme jamais, ou plutôt comme toujours. Les mauvaises manières en plus. Tournent dans ce manège non pas tant, comme on pourrait s'y attendre, les plus déshérités, les hors-la-loi, les laissés-pour-compte de l'histoire, mais surtout, sans vergogne, ceux qui ont déjà tout et qui veulent encore le reste, les banquiers ivres de Chine, les milliardaires en perdition qui, à défaut de rendre l'argent, en disent au moins du mal. Le comble du moderne, c'est à la fois de passer pour rebelle, d'avoir le pouvoir et d'être plein aux as. Ah ! bravo ! Quel chic !
Être résolument moderne est une tentation que j'ai fini par repousser. Pour la bonne raison que le moderne sent déjà le moisi."

(Jean d'Ormesson, Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, roman, éd. Robert Laffont 2013)


jeudi 6 avril 2023

De jeudi saint à Pâques, scandale pour la raison

Luc 24, 34-45
Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon.‭
‭Et ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu au moment où il rompit le pain.‭
‭Tandis qu’ils parlaient de la sorte, lui-même se présenta au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous !‭
‭Saisis de frayeur et d’épouvante, ils croyaient voir un esprit.‭
‭Mais il leur dit : Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi pareilles pensées s’élèvent-elles dans vos cœurs ?‭
‭Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ; touchez-moi et voyez : un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’ai.‭
‭Et en disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds.‭
‭Comme, dans leur joie, ils ne croyaient point encore, et qu’ils étaient dans l’étonnement, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ?‭
‭Ils lui présentèrent du poisson rôti et un rayon de miel.‭
‭Il en prit, et il mangea devant eux.‭
‭Puis il leur dit : C’est là ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que s’accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes.‭
‭Alors il leur ouvrit l’esprit, afin qu’ils comprissent les Écritures.‭








jeudi 9 mars 2023

Traces origéniennes cathares

« On a dit que les spéculations et les vues d'Origène se retrouvent dans certaines attitudes iconoclastes (*). Nous avons l'impression que c'est le cas lorsque ces spéculations et ces vues sont aussi en une certaine mesure celles d'autres Pères de l'Église, plus acceptés, tels que Clément d'Alexandrie, ou des écrivains, tels qu'Eusèbe, pour s'assurer une porte de sortie (…) L'hostilité envers Origène a fait que ceux qui se sont inspirés de ses doctrines, les ont étudiées et commentées, l'ont fait dans l'ombre, ce qui a eu pour conséquence que bien des idées qui, chez le Maître n'étaient que des suggestions, des suppositions, ont acquis force de loi et sont devenues catégoriquement hétérodoxes. Il est frappant que l'origénisme qui se retrouve dans le catharisme est à peu de choses près le même qu'aux Ve et VIe siècles. On peut en conclure que c'est le repli de l'origénisme sur lui-même, selon une tradition jalousement conservée dans une ambiance hostile, qui a mis un frein à une évolution qui autrement se serait peut-être produite. » (Marcel Dando, in Cahiers d’Études cathares, IIe s. n°82, été 1979, p. 20)

(* Cf. Georges Florovsky, du séminaire orthodoxe de New-York. Florovsky "est cité par Marcel Dando puis Jean Duvernoy. C’est cet auteur qui a démontré combien la victoire de l’actuelle orthodoxie, iconodule, était de fait une réfutation du spiritualisme d’Origène." Voir ICI)




Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.

samedi 4 mars 2023

Mémoire


Marcel Pagnol, La gloire de mon père - avant-propos

À méditer, à l'heure où les souvenirs, parfois publiés, sont trop souvent chargés de ressentiments. Nous sommes ce que notre passé jusqu'à tout-à-l'heure, quel qu'il soit, a fait de nous. Tel est le substrat mémoriel de nos êtres, à recevoir… dans l'amertume… ou la reconnaissance… (Ps 139, 11-16)

samedi 18 février 2023

Infiniment


"Un tour au cimetière Montparnasse.
Tous, jeunes ou vieux, faisaient des projets. Ils n'en font plus.
Bon élève, fort de leur exemple, je jure en rentrant de cesser à tout jamais d'en faire.
Promenade indéniablement bénéfique."
(Emil Cioran, Aveux et anathèmes, Œuvres p. 1669)

vendredi 10 février 2023

Elstir


« Il n’y a pas d’homme si sage qu’il soit, me dit [Elstir], qui n’ait à telle époque de sa jeunesse prononcé des paroles, ou même mené une vie, dont le souvenir ne lui soit désagréable et qu’il ne souhaiterait être aboli. Mais il ne doit pas absolument le regretter, parce qu’il ne peut être assuré d’être devenu un sage, dans la mesure où cela est possible, que s’il a passé par toutes les incarnations ridicules ou odieuses qui doivent précéder cette dernière incarnation-là. Je sais qu’il y a des jeunes gens, fils et petits-fils d’hommes distingués, à qui leurs précepteurs ont enseigné la noblesse de l’esprit et l’élégance morale dès le collège. Ils n’ont peut-être rien à retrancher de leur vie, ils pourraient publier et signer tout ce qu’ils ont dit, mais ce sont de pauvres esprits, descendants sans force de doctrinaires, et de qui la sagesse est négative et stérile. On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses. Les vies que vous admirez, les attitudes que vous trouvez nobles n’ont pas été disposées par le père de famille ou par le précepteur, elles ont été précédées de débuts bien différents, ayant été influencées par ce qui régnait autour d’elles de mal ou de banalité. Elles représentent un combat et une victoire. Je comprends que l’image de ce que nous avons été dans une période première ne soit plus reconnaissable et soit en tous cas déplaisante. Elle ne doit pas être reniée pourtant, car elle est un témoignage que nous avons vraiment vécu, que c’est selon les lois de la vie et de l’esprit que nous avons, des éléments communs de la vie, […] extrait quelque chose qui les dépasse. »
(Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, À l'ombre des jeunes filles en fleurs)