lundi 11 avril 2016

11 octobre 1492


"On considère la découverte et la conquête de nouvelles terres et de nouvelles îles comme une grande victoire et comme le moyen d'une formidable expansion du monde chrétien. Je pense, moi, qu'elles sont de nature à susciter la colère de Dieu. Car, en réalité, il ne s'agit d'autre chose que d'arracher au pauvre peuple sa vie et ses biens, et finalement son âme, au travers de la foi pleine d'erreurs imposée par les moines.

J'ai entendu Juan Glappion, le confesseur de Sa Majesté l'Empereur, se plaindre devant un groupe d'honorables personnes que, lors de leurs récentes découvertes de territoires, les Espagnols obligeaient le pauvre peuple à leur chercher de l'or et autres choses, en les traitant fort mal. Comme ces malheureux ne supportaient ni les travaux qui leur étaient imposés, ni les tortures qu'on leur infligeait, ils étaient pratiquement voués à la mort.

En ce qui nous concerne, que résulte-t-il de tout cela ? Combien de braves gens ont été sacrifiés, dans toutes ces expéditions maritimes ! On y a gagné beaucoup, mais ce ne sont jamais que des biens matériels, acquis au prix de terribles combats. Pompe et orgueil d'un côté, oppression du pauvre peuple de l'autre. Faire des affaires pour s'emparer de toute la richesse du monde ! On traite arbitrairement ceux qui, en travaillant dur, arrivent à peine à survivre. Et c'est cela qu'on appelle étendre et renforcer la chrétienté ?

Le Seigneur veuille donner à nos princes et à nos autorités de rechercher pour cette chrétienté une croissance plus conforme à sa vraie nature !"

Martin Bucer - 1538

mardi 5 avril 2016

Manuel II Paléologue


"Un Byzantin aurait pu retourner à Benoît XVI l’usage qu’il a fait des écrits de [...] l’empereur Manuel II Paléologue sur Mahomet" (Michel Kaplan - professeur à l’Université Paris I. Directeur du centre de recherches d’Histoire et civilisation byzantines et du Proche-Orient médiéval). --> Lire ici.

dimanche 27 mars 2016

Thomas d'Aquin, Louis IX et le détachement

Niklaus Manuel Deutsch (1484 env.-1530, réformateur bernois) - Thomas d'Aquin à la table de Louis IX : « j'ai trouvé contre les manichéens »

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"[...] l'homme extérieur peut exercer une activité, cependant que l'homme intérieur en reste néanmoins entièrement dégagé et impassible ! Eh bien, même dans le Christ, tout comme dans Notre-Dame, il y avait un homme extérieur et un homme intérieur, et tout ce qu'ils exprimèrent en ce qui concerne les choses extérieures, ils ne le firent que du point de vue de l'homme extérieur, et l'homme intérieur en eux persistait dans un détachement impassible. C'est de cette manière que le Christ a aussi prononcé les paroles : Mon âme est triste jusqu'à la mort ! Et quelques plaintes et gémissements que fit entendre Notre-Dame elle n'en restait pas moins toujours dans son intérieur dans un détachement impassible. Prenez une comparaison. A la porte appartient le gond dans lequel elle tourne : je compare la planche de la porte à l'homme extérieur et le gond à l'homme intérieur. Si la porte est ouverte ou fermée, la planche de la porte se meut bien ici et là, mais le gond reste immuable en un seul lieu et n'est pas touché par le mouvement. Il en est de même ici." (Maître Eckhart, Du détachement - trad. Paul Petit)

Le gond comme axe donné du vendredi saint au dimanche de Pâques, point fixe de l'éternité ; la pierre du tombeau roulée comme gond de nos vies : investies de la présence du Ressuscité, gond d'éternité.

samedi 26 mars 2016

L'île des morts



Rachmaninov - L'île des morts - Poème symphonique, op. 29 | Andrew Davis
Tableau (à la base de l'œuvre de Rachmaninov) : Arnold Böcklin - L'île des morts

mercredi 16 mars 2016

Agnus Dei



Samuel Barber - Agnus Dei

mardi 10 novembre 2015

Ange et double


"[...] il n'y a pas des Anges séparés de la matière et des âmes destinées par nature à animer un corps matériel organique. Les uns et les autres sont des substantiae separatae : il y a des Anges demeurés dans le plérôme, et il y a des Anges déchus sur la Terre, des Anges en acte et des Anges en puissance. Ou bien encore cette scission peut s'entendre d'un même être, un unus ambo : le pneuma, l'Esprit ou l'Angelos [...] est la personne ou l'Ange demeuré dans le Ciel, le "jumeau céleste", tandis que l'âme désigne son compagnon déchu sur Terre, auquel il vient en aide et qui lui sera réuni, s'il sort finalement triomphant de l'épreuve. [...] Si l'âme a pour fonction étymologiquement d'animer, si elle est substance complète indépendamment du corps matériel organique qui la fixe provisoirement, c'est qu'elle a laissé dans le monde de lumière son "vrai corps", le corps céleste d'une pure matière encore "immatérielle", ou le vêtement de lumière qu'elle doit revêtir."

Henry Corbin, Temps cyclique et gnose ismaélienne, éd. Berg, p. 116-117
(Étonnamment proche de l'anthropologie/angélologie cathare)

(Cf. Mathieu 18,10 : "leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux".)