« Rûzbehan […] entendit une mère donner ce conseil à sa fille : “Ma fille, garde ton voile, ne montre ta beauté à personne, de peur qu'elle ne soit ensuite méprisée.” Alors, Shaykh Rûzbehan de s'arrêter et de dire : “Ô femme ! la beauté ne peut souffrir d'être séquestrée dans la solitude ; tout son désir est que l'amour se conjoigne à elle, car dès la prééternité, beauté et amour se sont fait la promesse de ne jamais se séparer.” »
(Rûzbehân Baqlî Shîrazî cité par Henry Corbin, En islam iranien, Gallimard tel, vol. III, p. 28)
« Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter. » (Emil Cioran, Syllogismes de l'amertume)
« Ce sont Schopenhauer et Nietzsche qui, au siècle dernier, ont le mieux parlé de l'amour et de la musique. Pourtant l'un et l'autre n'avaient fréquenté que des bordels et, en fait de musiciens, le premier raffolait de Rossini et le second de Bizet. » (Emil Cioran, Aveux et anathèmes, Œuvres p. 1682)
Laissons à Cioran son information sur les bordels de Schopenhauer et Nietzsche… Mais quant à la clé en mélancolie de la musique, comment ne pas s'étonner avec lui des goûts des deux célèbres philosophes ? Quand la mélancolie ferait s'interroger (sérieusement ?) sur la possibilité d'éviter un saut de Bach à Chopin… Quoique (et pour pardonner Karl Barth d'avoir placé Mozart où il l'a placé)…
« Par la passion et le malheur, nous vainquons la relativité de la vie pour la projeter dans l'Absolu. C'est ainsi qu'elle devient une Apocalypse quotidienne. »
Cioran, Le crépuscule des pensées, L'Herne p. 111