mardi 2 avril 2013

De l’événement


« On éprouve le sentiment d’une tragédie devant l’effort contemporain d’une école (celle de R. Bultmann) […] parfaitement consciente de l’impasse de l’historicisme […]. Nous voyons [le théologien] succomber à l’historicisme au moment même où il prétend le combattre […]. [Ladite] théologie […] en est réduite à juxtaposer l’événement de la Croix du Calvaire comme étant un fait historique, et l’événement de la Résurrection comme n’en étant pas un, parce que sa seule trace historique, ce sont les visions des premiers disciples. Ce suprême exemple est aussi bien l’aveu d’une démission, l’aveu d’une totale impuissance à concevoir que les visions aient la réalité plénière d’événements […] » (Henry Corbin, En islam iranien, éd. Gallimard 1971, coll. « Tel », vol I, p. 163-164).

1 commentaire:

  1. Henry Corbin — qui possédait une excellente connaissance du grec ancien : il utilise fréquemment le grec pour éclairer des concepts philosophiques complexes. Il aimait revenir aux racines étymologiques pour forger ou expliquer son propre vocabulaire phénoménologique : il utilise couramment des termes comme Nous (Intelligence), Theosis (Divinisation), ou Sôzein ta phainomena (sauver les apparences/phénomènes) ; Henry Corbin s’est particulièrement (et entre autres) intéressé à la question de la résurrection : la relation entre le terme grec egeiro et la pensée d'Henry Corbin est au cœur de sa vision de la « résurrection spirituelle ». Corbin, fort de sa formation helléniste, utilise la précision du vocabulaire grec pour contester une vision purement matérielle de la résurrection.
    Pour Henry Corbin, la résurrection n'est pas la réanimation d'un cadavre (un retour à la vie biologique), mais une métamorphose de la perception et un accès au « monde imaginal », Mundus Imaginalis (alam al-mithal).
    Dans le Nouveau Testament, deux termes principaux décrivent la résurrection :
    Anastasis : littéralement le fait de « se lever » ou de « se tenir debout ». C'est le terme le plus courant pour désigner l'événement de la Résurrection.
    Egeiro : Ce verbe signifie avant tout « réveiller » ou « s'éveiller ». Il est utilisé pour le réveil du sommeil, mais aussi pour le « réveil » d'entre les morts (par exemple dans l'épître aux Éphésiens 5, 14 : « Réveille-toi (egeire), toi qui dors, relève-toi d'entre les morts »).
    Selon Corbin, l'homme ordinaire « dort » dans le monde sensible. Ressusciter, c'est s'éveiller à la réalité du monde spirituel, à une réelle corporéité spirituelle (cf. 1 Corinthiens 15) — « imaginale ».
    Le passage au Malakût : S'appuyant sur les spirituels persans (comme Sohrawardî ou Mollâ Sadrâ), il explique que la résurrection est le moment où l'âme « sort » de son enveloppe matérielle pour revêtir son « corps de lumière » ou corps subtil (jism hûrqalyâ).
    Pour Corbin, la résurrection se produit dans la « Terre céleste » (Hûrqalyâ). C'est un espace intermédiaire où les corps deviennent spirituels et les esprits deviennent corporels.
    La résurrection est un événement phénoménologique. C'est un événement qui peut s'accomplir pour l'individu ici et maintenant. « La résurrection n'est pas le retour à la vie d'un corps de chair, mais l'accession de l'âme à son propre corps de gloire » (cit. Henry Corbin, Corps spirituel et Terre céleste).
    Il voit dans le verbe egeiro la preuve que la structure de la foi chrétienne primitive portait en elle cette idée d'un réveil à une autre dimension de l'être.

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