samedi 24 décembre 2016

Notes de silence


Arvo Pärt - Summa for Strings


Arvo Pärt - Tabula Rasa - Ludus


Arvo Pärt - De Profundis

dimanche 18 décembre 2016

Madregoth


« Mais je n’ai jamais eu que "l’esprit de l’escalier", qui contredit tout à-propos. » (Paul Flat, Souvenirs d’avant-guerre, pour servir après, Plon-Nourrit, 1916, p. 47-48)

Madregoth / מדרגות — escalier(s) (hébreu) : un ange sans doute, un ange qui passe dans un silence, où l'on naît trop tôt ou trop tard…

dimanche 11 décembre 2016

Anges


“Les hommes sont des anges stagiaires.” Victor Hugo

samedi 10 décembre 2016

Chrétiens oubliés


"La disparition des chrétiens d'Orient est une catastrophe de civilisation" (Jean-François Colosimo)

À lire ici : Le monde des religions, hors série : "Les christianismes oublies" - n°27, décembre 2016

dimanche 4 décembre 2016

21 martyrs

Nikola Sarić - Holy Martyrs of Libya

samedi 3 décembre 2016

Mages


Bruce Lincoln, Politique du paradis, Religion et empire en Perse achéménide, Genève, Labor et Fides, 2015 | Recension Libresens n°228, nov.-déc. 2016, p. 9

Bruce Lincoln nous conduit en Perse achéménide, au milieu du Ier millénaire av. J.C., pour nous faire découvrir le rôle de la dynastie royale/impériale dans la religion mazdéenne, et notamment dans la fonction qu'y trouve la notion de « paradis » comme expression microcosmique de l'empire visant à une extension universelle en vue de l'établissement d'un règne heureux généralisé.
Si le matériau mythique est mazdéen, Lincoln conteste qu'on puisse lui imposer « la catégorie "zoroastrisme" » selon « une définition exagérément restrictive » : pour cela, « si nous décidons qu'il est nécessaire d'invoquer, – ou du moins de mentionner – le nom de Zarathustra, alors il s’ensuit que Cyrus, Darius et leurs héritiers ne peuvent être considérés comme zoroastriens » (p. 20).
Cela nous conduit à interroger la relation entre prophétie, sacerdoce et empire quant à la gestion du religieux/politique. On pense au parallèle biblique et au rôle religieux de la dynastie davidique, en vis-à-vis du sacerdoce lévitique ou des interpellations prophétiques.
Il n'est pas jusqu'à l’avènement de Darius, donné comme quatrième moment de la création, « fait » par Dieu / Ahura Mazda (p. 28), qui n'évoque l’intronisation du Messie davidique : « je t'ai engendré aujourd'hui » (Psaume 2, 7).
On retrouverait aussi des parallèles ultérieurement en chrétienté avec, par exemple, pour n'en donner qu'un seul, la fonction sacerdotale de la dynastie capétienne « ointe ».
Autant de réflexions qu’inspirent l'ouvrage de Lincoln, dont le moment le plus précisément décrit est celui de l'emploi du mot perse « pari-deiza » (une de ses différentes acceptions dans les diverses langues de l'empire). L'ennemi grec des achéménides a retenu ce terme désignant le jardin achéménide, que l'on retrouve jusque dans la version grecque de la Bible des LXX, « paradeisos » pour désigner le jardin (« gan » en hébreu) d'Eden, devenu de là notre « paradis ». Le fait que les Grecs, de religion juive en l'occurrence, qui ont traduit la Bible des LXX aient choisi ce terme venu du persan en dit sans doute long sur la proximité intellectuelle et religieuse judéo-persane, connue comme s'exprimant aussi de l'angélologie à la doctrine de la résurrection.
Pour terminer par un clin d’œil, peut-être moins sérieux, les échos qu'éveille ce livre érudit : si parmi les porteurs de l'image du paradis comme modèle d'une visée universaliste, on trouve aussi des rois, les monarques mazdéens, de cette religion qui est aussi celle des Mages, n'aurait-on pas trouvé là la trace des fameux Rois-Mages de la tradition chrétienne – suite à Matthieu qui ne parlait pas de rois, mais juste de Mages – venus visiter le roi des Judéens « engendré aujourd'hui » (Ps 2, 7), terme de la Création ?!

RP

vendredi 2 décembre 2016

Portraits


Yves Antoine, Héros et rebelles du monde noir. De l’Afrique aux Amériques, Paris, L'Harmattan, 2016 | Recension Libresens n°228, nov.-déc. 2016, p. 19

À travers une série de portraits de résistants opposés aux pratiques coloniales, de l'esclavage transatlantique à l'apartheid, de l'Afrique aux Amériques, Yves Antoine fait apparaître des hommes en leur humanité, en leur leur sens de leur dignité. Des hommes connus, de Nelson Mandela pour le plus réputé, à Thomas Sankara, en passant par Joseph Cinque, rendu célèbre par le film Amistad de Steven Spielberg. Des hommes moins connus, et qu'Yves Antoine nous fait découvrir.
Parlant de l'histoire universelle de cette résistance, Yves Antoine, Haïtien vivant au Québec, francophone, laisse de côté l'histoire récente des États-Unis, ne présentant ni Martin Luther King, ni Malcom X, ni Angela Davis (il réfère toutefois à la réalité plus ancienne, avec des figures comme Nat Turner).
Il s'attache plus particulièrement à nous présenter des figures proches d'aspects de l'histoire de France qui ne sont pas les plus connus. Si le nom de Toussaint Louverture, par exemple, résonne comme un nom familier, il était utile de nous présenter son œuvre, indissociable de l'avènement concret d'une civilisation mondiale se réclamant des Droits de l'Homme. Cette civilisation, dont le passage de la théorie du droit à sa réalisation concrète est toujours en gestation, trouve en effet un archétype de cette gestation dans la figure de Toussaint Louverture dont Aimé Césaire avait montré à quel point il est incontournable dans le processus de l'avènement d'une société où les Droits humains ne soient pas une simple formule. Quand la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen pose en 1789 que tous « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » (art. 1), il faut la révolte d'un Toussaint Louverture et de ses pairs pour que la République française en tire les conséquences concrètes, en abolissant l'esclavage en 1794, soit cinq ans après la proclamation de la théorie – cela suite à l'exigence de liberté des esclaves révoltés… Tandis que Toussaint finira emprisonné au Fort de Joux dans le Jura après la guerre consécutive au rétablissement de l'esclavage par Napoléon Bonaparte, avant que Haïti n'obtienne son indépendance, au prix fort.
Demeure pour notre actualité la question de la concrétisation des grandes affirmations du Droit dont les « Héros et rebelles du monde noir » sont autant d'acteurs qu'il est utile de découvrir portrait par portrait.

RP

jeudi 1 décembre 2016

Brazil

Terry Gilliam - Brazil (1985)

"La compétition [...] est [...] celle du mimétisme et de l'envie, ce poison des sociétés modernes, uniformisées, indifférenciées." (B. Maris, G. Dostaler, Capitalisme et pulsion de mort, Pluriel, p. 103 / référant à Keynes et Girard)

"La culture contient le mal et le capitalisme a fait qu'il est impossible de les dissocier." (B. Maris, G. Dostaler, ibid., p. 137)

samedi 26 novembre 2016

"On ne réfute pas plus une idée qu’une sauce"


"Une vogue philosophique s’impose comme une vogue gastronomique : on ne réfute pas plus une idée qu’une sauce." (Emil Cioran, Syllogismes de l’amertume)


Bach - Mass in B minor, BWV232 | Philippe Herreweghe

"[...] les autres historiens laissent habituellement de côté [...] le fait qu'il est impossible de comprendre le passé avec certitude, car nous ne sommes pas capables de faire suffisamment d'hypothèses sur les motivations des hommes et sur l'essence de leurs âmes, de sorte que nous ne pouvons interpréter leurs actes." (Freud, Lettre à Lytton Strachey, 25.12.1928)

vendredi 18 novembre 2016

lundi 14 novembre 2016

"Holisme identitaire"


"L'affirmation consolatrice d'une identité, la proclamation publique d'une “différence” dans le cadre d'une société multiculturelle exigent que l'on adhère à des groupes, des communautés, des “tribus” ou catégories qui sont toutes jalouses de leurs différences collectives. Ces groupes confèrent des identités communautaires, des appartenances de substitutions. Mais elles ne le font qu'au prix d'une adhésion sans nuance, voire d'une obéissance fusionnelle aux codes et aux valeurs dudit groupe. Rien ne leur est plus étranger que la singularité individuelle ou la dissidence. En d'autres termes, elles effacent l'individu en l'intégrant. Elles refabriquent une forme nouvelle et redoutable de micro-holisme : le holisme identitaire. Le raisonnement vaut aussi bien pour l'appartenance à une bande de quartier que pour l'adhésion à une minorité raciale, religieuse ou sexuelle."
Jean-Claude Guillebaud, La refondation du monde, Seuil, p. 239-240

dimanche 13 novembre 2016

Faut-il une "nouvelle" Déclaration de Foi ?


Faut-il vraiment une « nouvelle » Déclaration de Foi (« F » majuscule, s'agissant de la Foi comme donné reçu) ? Que faut-il de « nouveau » – qui rajouterait quoi ? – à ce que l'on a déjà ?

Si l’Église se veut – en comprenant cela diversement – Église confessante, c'est en s'inscrivant dans un héritage, un héritage commun, œcuménique, déclarant sa Foi « avec » selon l'étymologie du mot « confessant », qui distingue une confession de Foi d'une Déclaration de Foi : « confesser » dit « déclarer avec/cum ». Distinction utile pour saisir que si l'on se veut d'une approche confessante, on ne se veut pas pour autant ipso facto confessionnaliste : les Confessions de Foi historiques auxquelles renvoient nos Déclarations de Foi sont des Confessions œcuméniques, que ce soit les Symboles œcuméniques proprement dits ou les Confessions de Foi de la Réforme, qui se voulaient œcuméniques, fussent-elles inscrites dans des traditions linguistiques ou nationales données. Cela est explicite de la Confession luthérienne d'Augsbourg et des livres symboliques luthériens, cela vaut pour les Confessions réformées – agrégées aux Confessions luthériennes dans L'Harmonie des Confessions de Foi de 1581. Volonté œcuménique des Confessions de Foi du XVIe siècle qui redisent la Foi reçue en regard des référents de la Réforme que sont le Sola fide et le Sola Scriptura. Bref, les Symboles œcuméniques et les Confessions de Foi de la Réforme, textes auxquels renvoient les Déclarations ultérieures sont et se veulent des textes œcuméniques, ce que les Déclarations ultérieures ne prétendent pas être – renvoyant pour leur œcuménicité participée aux Confessions de Foi, dont le préfixe cum indique leur vocation œcuménique.

Les Déclarations de Foi n'entendent donc pas dire un tout de la foi où tous se reconnaîtraient, mais un minimum où l'on puisse s'accorder pour une vocation ecclésiale donnée, celle d'une Église qui se reconnaît comme « l'un des visages de l'unique Église du Christ » comme le dit on ne peut mieux la Déclaration d'Union de l'EPUdF, de 2013, adoptée par toutes nos Églises luthéro-réformées en France « de l'intérieur » dans une remarquable réussite. Réussite qu'au regard de l'histoire, pourtant brève depuis 2013, on peut considérer comme étonnante – doit-on dire « miraculeuse » ? En tout cas exceptionnelle, quand on sait que les deux Déclarations de Foi antécédentes (réformées) connues dans le protestantisme français ont été, en regard de leur capacité de rassemblement, un échec. Il s'agit de la Déclaration de Foi de 1872 et de celle de 1938. Dans les deux cas, il s'agit de Déclarations et pas de Confessions à vocation œcuménique, Déclarations du protestantisme français (sans les luthériens). La Déclaration de 1872, qui visait à réunifier lors de son premier synode d’Églises reconnues, un protestantisme français divisé, suite à sa dispersion intérieure due à la persécution, en différents courants, orthodoxes, libéraux, mouvements de Réveil... L'échec patent a voulu être dépassé dans ce qu'on a appelé « l'Union », en 1938 autour de la Déclaration de Foi de l'ERF, union partielle puisqu'elle n'a pas réussi à rassembler toutes les Églises, laissant de nouvelles divisions. C'est en considération de cela que la Déclaration d'Union de 2013 a quelque chose de remarquable au regard de l'histoire : elle a réussi. Il s'agit bien d'une Union réussie, résumée dans une Déclaration, Déclaration d'Union qui est bien une Déclaration de Foi d'une Église unie – qui n'est pas pour autant parfaite : tous ne se reconnaissent pas forcément intégralement dans la lettre de chaque formule. Cette Déclaration de Foi, ou d'Union, n'en rassemble pas moins des Églises séparées depuis près de cinq siècles.

Cela peut conduire à s'interroger sur l'opportunité de se donner, trois ou quatre ans après, une « nouvelle » Déclaration de Foi, sur laquelle, on le voit bien, on peine à s'accorder – au point qu'il a fallu une seconde rédaction entièrement différente de la première proposition. Arrivera-t-on à un nouveau texte qui fasse l'unanimité ? Et surtout est-il utile, quand on a une Déclaration qui a réussi en 2013 à résumer ce qui fait l'Union luthéro-réformée en France ?

C'est pourquoi, sauf à entendre une argumentation propre à convaincre de la nécessité d'une « nouvelle » Déclaration de Foi, il semblerait sage et opportun de recevoir la Déclaration d'Union comme la Déclaration de Foi de l'EPUdF.

RP

vendredi 11 novembre 2016

"Pasture"


"La pasture de l'âme, c'est la seule parole de Dieu,
C'est elle seule qui nous peut donner salut et vie éternelle."

Jacques Lefèbvre d’Étaples

jeudi 10 novembre 2016

Noms nus


"Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus." (Umberto Eco, finale du Nom de la Rose.) - "La rose d'antan demeure par son nom. Nous ne tenons que des noms nus/vides." - Reprise de la formule de Bernard de Cluny (De contemptu Mundi) : "Stat Roma pristina nomine, nomina nuda tenemus." Eco a remplacé "Rome" par "rose".

mardi 8 novembre 2016

Individuation par la matière


"[…] la matière sous une quantité déterminée est le principe de l’individuation. […] non en ce sens qu’elle produit, d’une façon quelconque, son sujet, qui est la première substance, mais en ce sens qu’elle est sa compagne inséparable, et qu’elle la limite au temps et au lieu."
Thomas d’Aquin, Du principe d’individuation (Opuscule 29)

lundi 7 novembre 2016

Âme et chair


« […] l'âme, lorsqu'elle a acquis une sensibilité plus grossière, parce qu'elle se soumet aux passions du corps, est opprimée sous la masse des vices et elle ne sent plus rien de subtil et de spirituel ; on dit alors qu'elle est devenue chair et elle tire son nom de cette chair qui est davantage l'objet de son zèle et de sa volonté. Ceux qui se posent ces questions ajoutent : Peut-on trouver un créateur de ces pensées mauvaises qui sont dites la pensée de la chair ou peut-on appeler quelqu'un ainsi ? En effet ils soutiendront qu'il faut croire qu'il n'y a pas d'autre créateur de l'âme et de la chair que Dieu. Si nous disons que c'est le Dieu bon qui, dans sa création elle-même, a créé quelque chose qui lui soit ennemi, cela paraîtra tout à fait absurde. Si donc il est écrit : La sagesse de la chair est ennemie de Dieu et si on dit que cela s'est fait à partir de la création, il semblera que Dieu ait créé une nature qui lui soit ennemie, qui ne puisse être soumise ni à lui ni à sa loi, car on se sera représenté comme un être doué d'âme cette chair dont on parle. Si on accepte cette opinion, en quoi paraît-elle différer de la doctrine de ceux qui se prononcent pour la création de natures différentes d'âmes, destinées par leur nature au salut ou à la perdition ? Seuls des hérétiques pensent ainsi et, parce qu'ils n'arrivent pas à soutenir par des raisonnements conformes à la piété la justice de Dieu, ils inventent des imaginations aussi impies.
Nous avons exposé dans la mesure de nos forces, d'après les tenants des diverses opinions, ce qui peut être dit par manière de discussion sur chacune de ces doctrines : que le lecteur choisisse de cela ce qu'il trouvera plus raisonnable d'accepter. »

Origène, Traité des Principes III, 4, 4-5

dimanche 6 novembre 2016

Jumeau céleste


« C'est lui [le Jumeau céleste] que le Catharisme désigne comme le Spiritus sanctus ou angelicus particulier pour chaque âme, le distinguant avec soin du Spiritus principalis, l'Esprit-Saint qui est celui que l'on invoque en nommant les trois personnes de la Trinité. »
Henry Corbin, L'homme de lumière dans le soufisme iranien, éd. Présence, 1971, p. 44

samedi 5 novembre 2016

Survivance de la gnose


« Sous [des] aspects populaires, les débris de la mythologie gnostique étaient partout présents dans les croyances chrétiennes sous des formes ou ces restes du dualisme ancien perdaient, il est vrai, leur puissance en tournant à la diablerie. »
« [Des] ouvrages classiques de l’alchimie byzantine, prototypes des versions arabes, puis latines, par lesquelles l' « art sacré » gagna l'Occident, attestent le recours à des récrits gnostiques dont certains
logia sont cités. Mais ces emprunts ne portent point directement sur le dualisme religieux des modèles gnostiques : le dualisme primitif s'est estompé lors de ces transferts. »
Jean Doresse, « La gnose », Histoire des religions, Pléiade, vol II, p. 417-421

vendredi 4 novembre 2016

Manichéisme & mazdéisme


« Le manichéisme, […], s'il pousse l'opposition [entre le Dieu bon et le démiurge] à l'extrême, en la durcissant en celle de deux principes radicalement distincts, l'un du Bien, l'autre du Mal, l'interprétera différemment : pour lui, le responsable de la chute, de la catastrophe qui est à l'origine du monde matériel et de la suite des malheurs qu'y subit l'humanité, est bien le « Prince des Ténèbres », mais l'organisation de ce monde où se mêlent éléments bons et éléments mauvais, le pis-aller qu'elle représente, est l’œuvre d'entités émanées du Dieu suprême, et dont l'une porte même, à l'occasion, le nom de « Démiurge ». Sans doute ce gauchissement dans un sens relativement optimiste s'est-il opéré sous l'influence du mazdéisme. »
« Son sauvetage [ de l'Homme Primordial déchu] va être le motif unique de la création du monde ».

Henri-Charles Puech, « Le manichéisme », Histoire des religions, Pléiade, vol II, p. 554-565

« Ohrmazd sait […] que pour réduire à l'impuissance la Contre-Puissance d'Ahriman, il lui faut le Temps, ce Temps limité qu'il crée à l'image du Temps éternel » Henry Corbin, Temps cyclique et gnose ismaélienne, Berg, 1982, p. 18 (À propos du mazdéisme zervanite)

mardi 1 novembre 2016

Parole devenue chair


« Dans plusieurs des livres des disciples de Platon — c’est lui, auteur de mythes célèbres, dont il s’agit —, j’ai lu, non en propres termes, […] "qu’au commencement était la Parole ; que la Parole était en Dieu, et que la Parole était Dieu ; qu’elle était au commencement en Dieu, que tout a été fait par elle et rien sans elle : que ce qui a été fait a vie en elle ; que la vie est la lumière, des hommes, que cette lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l’ont point comprise." Et que l’âme de l’homme, "tout en rendant témoignage de la lumière, n’est pas elle-même la lumière, mais que la Parole de Dieu, Dieu lui-même, est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ;" et "qu’elle était dans le monde, et que le monde a été fait par elle, et que le monde ne l’a point connue. Mais qu’elle soit venu chez elle, que les siens ne l’aient pas reçue, et qu’à ceux qui l’ont reçue elle ait donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux-là qui croient en son nom ;" c’est ce que je n’ai pas lu dans ces livres. J’y ai lu encore : "Que la Parole-Dieu est née non de la chair, ni du sang, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté de la chair ; qu’elle est née de Dieu." Mais "que la Parole se soit faite chair, et qu’elle ait habité parmi nous (Jean, I, 1-14)," c’est ce que je n’y ai pas lu. »
Augustin — Confessions, livre VII, ch. 9

vendredi 28 octobre 2016

jeudi 27 octobre 2016

Passion selon saint Jean


"Hier soir à l'église des Billettes, la Passion selon saint Jean. On lit avant l’Évangile de Jean où, tout au moins à partir de l’arrestation de Jésus, on n'entend qu'une diatribe contre les Juifs. L'antisémitisme chrétien est le plus virulent de tous, car le plus profond et le plus ancien. On se demande comment on peut lire des textes pareils en public." (Cioran, Cahiers 1957-1972 [10 mars 1965], Paris, Gallimard, 1977, p. 269)


Bach - Passion selon Saint Jean BWV 245

mercredi 26 octobre 2016

Un livre


"Tel rabbin hassidique, projetant d'écrire un livre mais n'étant pas sûr de pouvoir l'écrire pour le seul plaisir de son Créateur, dans l'incertitude préféra y renoncer."
(Cioran, Cahiers 1957-1972, Paris, Gallimard, 1977, p. 513. Cf. "Magie de la déception", Aveux et anathèmes, Pléiade p. 1058)

mardi 25 octobre 2016

Archéologie mémorielle



Suite à une résolution de l'Unesco concernant Jérusalem...
Réflexion personnelle


Le 18 octobre 2016 l'Unesco a approuvé une résolution sur les problèmes Israël-Palestine et notamment sur la question du Mont du Temple / Al-Aqsa Mosque/Al-Haram Al Sharif. Après son adoption jeudi 13 octobre en commission (avec 24 votes pour, 6 contre et 26 absentions), le texte a été validé par les 58 États membres du Conseil exécutif de l’Unesco réunis en assemblée plénière au siège de l’organisation à Paris.

On ne relève dans ce texte qu'une seule évocation – implicite – du fait qu'il y eut un Temple à Jérusalem, doté donc de murs, dont un « mur occidental » : la « Place du mur occidental » prend des guillemets après avoir été désignée, sans guillemets, sous son nom de Place Al-Buraq. Le Mont du Temple n'est jamais nommé, mais le lieu est évoqué dix-huit fois dans les termes – légitimes aussi – de Al-Aqsa Mosque/Al-Haram Al Sharif. On est donc censé ignorer l'archéologie symbolique et spirituelle d'où ressort que ce lieu appelé communément « saint » l'est précisément parce qu'il est chargé d'une portée symbolique du fait même de cette archéologie mémorielle – passée sous silence ! La directrice générale de l'Unesco a mis en garde quant aux tensions que pouvait attiser un tel texte.

Voilà qui est troublant en effet dans un texte de l'Unesco, dont le sigle porte les mots science, culture, éducation. Qu'est-ce en effet qu'une science historique qui ignore les faits historiques ? Qu'est-ce qu'une culture, censée être histoire et mémoire, qui porte l'amnésie mémorielle et culturelle ? Qu'est-ce enfin qu'une éducation qui établit un silence qui ne concède que des guillemets à une mémoire ignorée ?

À ce point, un chrétien du XXIe siècle s'interroge sur la mémoire de l'Unesco concernant le tournant marquant de la deuxième moitié du XXe siècle initiant la cessation de « l'enseignement du mépris » (en l'occurrence mépris du fait juif) réclamée par l'historien Jules Isaac, originant l'Amitié Judéo-chrétienne de France. Espérance d'une éducation où se substituerait enfin à un séculaire enseignement du mépris un enseignement de l'estime. Estime et respect en l’occurrence du judaïsme, de sa mémoire, et des juifs que le christianisme avait pris l'habitude d'enfouir dans le sépulcre d’un silence mémoriel où le mur occidental du Temple de Jérusalem n'était plus que lieu de lamentations d'un judaïsme s'obstinant à refuser de se voir substituer un christianisme détenteur unique d'une vérité amnésique. Une ignorance de l'histoire qui, face l'innommable qui se préparait dans la première moitié du XXe siècle européen, a émoussé l'efficacité de la résistance du christianisme. Efficacité nécessairement fondée en culture ; mais tout un pan de culture historique du fait juif faisait défaut au christianisme depuis des siècles…

Troublant de retrouver une amnésie silencieuse dans un texte de l'Unesco ! La réalité est pourtant bien simple : la mémoire du Temple de Jérusalem est le lieu symbolique où s'enracine la vie religieuse et liturgique du judaïsme vivant aujourd'hui : « l'an prochain à Jérusalem ». Cette mémoire juive concernant le Mont du Temple est le référant symbolique qui fonde la mémoire chrétienne concernant Jérusalem. Pour ne donner qu'un exemple : au cœur de la foi chrétienne est l’affirmation de l'accès ouvert à la grâce de Dieu, accès désigné symboliquement comme accès au lieu très saint, symbolisé par le lieu très saint du Temple de Jérusalem ! La symbolique mémorielle juive fonde bien la symbolique centrale de la foi chrétienne ! Mais n'en est-il pas de même pour la symbolique mémorielle musulmane ? Le texte de l'Unesco rappelle, à juste titre, la sainteté du lieu pour les musulmans, évoquant le Miraj/Ascension du Prophète sur Al-Buraq (dont le parvis du mur occidental porte à présent aussi le nom) depuis ce lieu. Mais pourquoi depuis ce lieu sinon du fait de sa sainteté, précisément ? Quelle sainteté sinon celle qui lui est, à l'époque du Prophète de l'islam, conférée par la mémoire juive ?

Froissant mémoire et culture, le texte de l'Unesco risque de desservir la cause de la paix qu'il se veut pourtant pour vocation de favoriser. Sur la mémoire ignorée, on ne bâtit pas la paix. Sur la mémoire symbolique ignorée, on paralyse la fonction réconciliatrice du religieux, porteur de la symbolique mémorielle en toutes les profondeurs de son archéologie spirituelle. Il en va même de la possibilité de la confiance et de son enracinement spirituel. Précurseur lointain de la cessation de l'enfouissement chrétien de la mémoire juive, Calvin rappelait au XVIe siècle que l'Alliance avec Israël ne peut être abrogée, sous peine de rendre vaine la confiance chrétienne en Dieu : que serait la fiabilité d'un Dieu qui ne tiendrait pas inconditionnellement ses engagements, ceux qu'il a pris en scellant l'Alliance avec Abraham puis avec le peuple du Sinaï ? Près de cinq siècles après le propos de Calvin, l’Église catholique avec Nostra Aetate affirme à son tour que l'Alliance avec Israël n'a pas été abrogée (l'année 2016, où l'Unesco émet sa résolution, marque aussi le cinquantenaire de Nostra Aetate). Ce qui vaut pour le christianisme vaut bien sûr aussi pour l'islam. Le Dieu d'Abraham est inconditionnellement fidèle à sa promesse – affirmation qui fonde la confiance inaltérable en Dieu qui permet l’établissement de la confiance entre les humains.

L'épaisseur de la mémoire que le texte de l'Unesco semble ignorer, fondée pour musulmans et chrétiens dans l'antécédence mémorielle juive, n'est pas une réalité facultative : il en va de la possibilité de l'enracinement en profondeur de la paix. Il en va du sens de nos traditions religieuses et culturelles respectives.

RP (version abrégée - version complète ICI)

samedi 22 octobre 2016

Confessions

Aelbert van der Schoor - 'Vanitas Still Life' (detail)

"[...] confessions de saint Augustin — [...] c'est quelque chose toute de même d'écrire ses mémoires à l’intention de Dieu."
(Cioran, Cahiers 1957-1972, Paris, Gallimard, 1977, p. 438.)

mercredi 19 octobre 2016

Écrire


« Écrire est l'acte le moins ascétique qui soit. »
Cioran, De l'inconvénient d'être né, in Œuvres, coll. Quarto, Gallimard, p. 1325.

« Il me semble que moi aussi j’ai trop écrit. […] Je n’ai pas eu la sagesse de laisser inexploitées mes virtualités, comme les vrais sages que j’admire, ceux qui, délibérément, n’ont rien fait de leur vie. »
Cioran, Entretiens avec Sylvie Jaudeau.

« Il fallait bien des gens pour écrire des histoires, en fin de compte, exactement comme il fallait des gens pour réparer les tuyaux quand ils gelaient ou changer les ampoules des lampadaires ».
Stephen King, Cœurs perdus en Atlantide, Le livre de Poche, p. 35-36.


Quelle autre excuse à s’entreprendre d’écrire ?
Ça vaut aussi pour les essais, pensées, et autres blogs…

samedi 15 octobre 2016

"Environ 2.000 milliards de galaxies..."

Une galaxie vue de face, capturée par Hubble en octobre 2010.

L'Univers compte environ 2.000 milliards de galaxies, c'est-à-dire "dix fois plus" que ne le pensaient les scientifiques jusqu'alors, estime une équipe internationale d'astronomes dans une étude publiée jeudi 13 octobre. Ces dernières années, les astronomes pensaient que l'Univers contenait entre 100 milliards et 200 milliards de galaxies. [...]

"[…] je vis avec une précision hallucinante la Terre se réduire à un simple point, prendre pour ainsi dire les dimensions d'un zéro, et je compris, ce que je savais depuis toujours, qu'il était inutile et ridicule de s'agiter et de souffrir, d'écrire surtout, sur un espace aussi minuscule et aussi irréel." (Cioran, Cahiers, p. 71)

vendredi 26 août 2016

L'"honneur chevaleresque"


Arthur Schopenhauer :

"Tout esprit de bonne foi reconnaîtra à première vue que ce code étrange, barbare et ridicule de l’honneur ne saurait avoir sa source dans l’essence de la nature humaine ou dans une manière sensée d’envisager les rapports des hommes entre eux. C’est ce que confirme aussi le domaine très limité de son autorité : ce domaine, qui ne date que du moyen âge, se borne à l’Europe, et ici même il n’embrasse que la noblesse, la classe militaire et leurs émules. Car ni les Grecs, ni les Romains, ni les populations éminemment civilisées de l’Asie, dans l’antiquité pas plus que dans les temps modernes, n’ont su et ne savent le premier mot de cet honneur-là et de ses principes [...]. Chez eux, l’homme n’a d’autre valeur que celle que lui donne sa conduite entière, et non celle que lui donne ce qu’il plaît à une mauvaise langue de dire sur son compte. Chez tous ces peuples, ce que dit ou fait un individu peut bien anéantir son propre honneur, mais jamais celui d’un autre. Un coup, chez tous ces peuples, n’est pas autre chose qu’un coup, tel que tout cheval ou tout âne en peut appliquer, et de plus dangereux encore : un coup pourra, à l’occasion, éveiller la colère ou porter à s’en venger sur l’heure, mais il n’a rien de commun avec l’honneur. Ces nations ne tiennent pas des livres où l’on passe en compte les coups ou les injures, ainsi que les satisfactions que l’on a eu soin, ou qu’on a négligé d’en tirer. Pour la bravoure et le mépris de la vie, elles ne le cèdent en rien à celles de l’Europe chrétienne. Les Grecs et les Romains étaient certes des héros accomplis, mais ils ignoraient entièrement le « point d’honneur ». Le duel n’était pas chez eux l’affaire des classes nobles, mais celle de vils gladiateurs, d’esclaves abandonnés et de criminels condamnés, que l’on excitait à se battre, en les faisant alterner avec des bêtes féroces, pour l’amusement du peuple. À l’introduction du christianisme, les jeux de gladiateurs furent abolis, mais à leur place et en plein christianisme on a institué le duel par l’intermédiaire du jugement de Dieu. Si les premiers étaient un sacrifice cruel offert à la curiosité publique, le duel en est un tout aussi cruel, au préjugé général, sacrifice où l’on n’immole pas des criminels, des esclaves ou des prisonniers, mais des hommes libres et des nobles.

Une foule de traits que l’histoire nous a conservés prouvent que les anciens ignoraient absolument ce préjugé. Lorsque, par exemple, un chef teuton provoqua Marius en duel, ce héros lui fit répondre que, « s’il était las de la vie, il n’avait qu’à se pendre », lui proposant toutefois un gladiateur émérite avec lequel il pourrait batailler à son aise (Freinsh., Suppl. in Liv., l. LXVIII, c. 12). Nous lisons dans Plutarque (Thèm., 11) qu’Eurybiade, commandant de la flotte, dans une discussion avec Thémistocle, aurait levé la canne pour le frapper ; nous ne voyons pas que celui-ci ait tiré son épée, mais qu’il dit : « Πατα ξον μεν ουν, αχουσον δε » (Frappe, mais écoute). Quelle indignation le lecteur « homme d’honneur » ne doit-il pas éprouver en ne trouvant pas dans Plutarque la mention que le corps des officiers athéniens aurait immédiatement déclaré ne plus vouloir servir sous ce Thémistocle ! Aussi un écrivain français de nos jours dit-il avec raison : « Si quelqu’un s’avisait de dire que Démosthène fut un homme d’honneur, on sourirait de pitié… Cicéron n’était pas un homme d’honneur non plus » (Soirées littéraires, par C. Durand, Rouen, 1828, vol. II, p. 300). De plus, le passage de Platon (De leg., IX, les 6 dernières pages, ainsi que XI, p. 131, édit. Bipont) sur les αιχια, c’est-à-dire les voies de fait, prouve assez qu’en cette matière les anciens ne soupçonnaient même pas ce sentiment du point d’honneur chevaleresque. Socrate, à la suite de ses nombreuses disputes, a été souvent en butte à des coups, ce qu’il supportait avec calme ; un jour, ayant reçu un coup de pied, il l’accepta sans se fâcher et dit à quelqu’un qui s’en étonnait : « Si un âne m’avait frappé, irais-je porter plainte ? » (Diog. Laërce, II, 21.) Une autre fois, comme quelqu’un lui disait : « Cet homme vous invective ; ne vous injurie-t-il pas ? » il lui répondit : « Non, car ce qu’il dit ne s’applique pas à moi. » (Ibid., 36.) — Stobée (Florileg., éd. Gaisford, vol. I, p. 327-330) nous a conservé un long passage de Musonius qui permet de se rendre compte de la manière dont les anciens envisageaient les injures : ils ne connaissaient d’autre satisfaction à obtenir que par la voie des tribunaux, et les sages dédaignaient même celle-ci. On peut voir dans le Gorgias de Platon (p. 86, éd. Bip.) qu’en effet c’était là l’unique réparation exigée pour un soufflet ; nous y trouvons aussi (p. 133) rapportée l’opinion de Socrate. Cela ressort encore de ce que raconte Aulu-Gelle (XX, 1) d’un certain Lucius Veratius qui s’amusait, par espièglerie et sans motif aucun, à donner un soufflet aux citoyens romains qu’il rencontrait dans la rue ; pour éviter de longues formalités, il se faisait accompagner, à cet effet, d’un esclave porteur d’un sac de monnaie de cuivre et chargé de payer, séance tenante, au passant étonné l’amende légale de 25 as. Cratès, le célèbre philosophe cynique, avait reçu du musicien Nicodrome un si vigoureux soufflet que son visage en était tuméfié et ecchymosé ; alors il s’attacha au front une planchette avec cette inscription : « Νιχοδρομος εποιει » (Nicodrome a fait cela), ce qui couvrit ce joueur de flûte d’une honte extrême pour s’être livré à une pareille brutalité (D. Laërce, VI, 89) contre un homme que tout Athènes révérait à l’égal d’un dieu-lare (Apul., Flor., p. 126, éd. Bip.). Nous avons, à ce sujet, une lettre de Diogène de Sinope, adressée à Mélesippe, dans laquelle, après lui avoir raconté qu’il a été battu par des Athéniens ivres, il ajoute que cela ne lui fait absolument rien (Nota Casaub. ad D. Laërte, VI, 33). Sénèque, dans le livre De constantia sapientis, depuis le chapitre X et jusqu’à la fin, traite en détail de contumelia (de l’outrage), pour établir que le sage le méprise. Au chapitre XIV, il dit : « At sapiens colaphis percussus, quid faciet ? Quod Cato, cum illi os percussum esset : non excanduit, non vindicavit injuriam : nec remisit quidem, sed factam negavit » (Mais le sage qui reçoit un soufflet, que fera-t-il ? Ce que fit Caton quand il fut frappé au visage ; il ne prit pas feu, il ne vengea pas son injure, il ne la pardonna même pas, mais il nia qu’elle eût été commise).

« Oui, vous écriez-vous, mais c’étaient des sages ! »

Et vous, vous êtes des fous ? — D’accord.

Nous voyons donc que tout ce principe de l’honneur chevaleresque était inconnu aux anciens précisément parce qu’ils envisageaient, de tout point, les choses sous leur aspect naturel, sans préventions et sans se laisser berner par de sinistres et impies sornettes de ce genre. Aussi, dans un coup au visage, ne voyaient-ils rien autre que ce qu’il est en réalité, un petit préjudice physique, tandis que pour les modernes il est une catastrophe et un thème à tragédies, comme, par exemple, dans le Cid de Corneille et dans un drame allemand plus récent, intitulé La force des circonstances, mais qui devrait s’appeler plutôt La force du préjugé. Mais si, un jour, un soufflet est donné dans l’Assemblée nationale à Paris, alors l’Europe entière en retentit. Les réminiscences classiques ainsi que les exemples de l’antiquité, rapportés plus haut, doivent avoir tout à fait mal disposé les « hommes d’honneur » [...].

De tout ce qui précède, il résulte des preuves suffisantes que le principe de l’honneur chevaleresque n’est pas [...] basé sur la nature propre de l’homme ; il est artificiel, et son origine est facile à découvrir. C’est l’enfant de ces siècles où les poings étaient plus exercés que les têtes [...]. De cette façon, au lieu de la raison, c’était la force et l’adresse physiques, autrement dit la nature animale, que l’on érigeait en tribunal, et ce n’était pas ce qu’un homme avait fait, mais ce qui lui était arrivé, qui décidait s’il avait tort ou raison, exactement comme procède le principe d’honneur chevaleresque aujourd’hui encore en vigueur [...]. De nos jours encore, parmi les gens qui règlent leur vie sur ces préceptes, — on sait que, d’ordinaire, ce ne sont précisément ni les plus instruits ni les plus raisonnables, — il en est pour qui l’issue du duel représente effectivement la sentence divine dans le différend qui a amené le combat ; c’est là évidemment une opinion née d’une longue transmission héréditaire et traditionnelle.

Abstraction faite de son origine, le principe d’honneur chevaleresque a pour but immédiat de se faire accorder, par la menace de la force physique, les témoignages extérieurs de l’estime que l’on croit trop difficile ou superflu d’acquérir réellement [...]."

Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena : Aphorismes sur la sagesse dans la vie, IV, traduction par J.-A. Cantacuzène

lundi 15 août 2016

Le problème de la pensée


"Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur."
Ecclésiaste 1, 18

"Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant : seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le strict minimum nécessaire pour vivre. La vraie pensée ressemble, elle, à un démon qui trouble les sources de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte les racines mêmes."
Emil Cioran, Sur les cimes du désespoir

"Ainsi, selon que la connaissance s’éclaire, que la conscience s’élève, la misère aussi va croissant ; c’est dans l’homme qu’elle atteint son plus haut degré, et là encore elle s’élève d’autant plus que l’individu a la vue plus claire, qu’il est plus intelligent : c’est celui en qui réside le génie, qui souffre le plus. C’est en ce sens, en l’entendant du degré même de l’intelligence, non du pur savoir abstrait, que je comprends et que j’admets le mot du Koheleth : « Qui auget scientiam, augetet dolorem. » — Ainsi, il y a un rapport précis entre le degré de la conscience et celui de la douleur [...]."
Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, liv. IV, § 56.

vendredi 15 juillet 2016

Nice, etc.

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mercredi 6 juillet 2016

samedi 25 juin 2016

"Heureux celui..."


Psaume 32
1 Enseignement de David.
Heureux celui que Dieu décharge de sa faute,
et qui est pardonné du mal qu'il a commis !
2 Heureux l'homme que le Seigneur ne traite pas en coupable,
et qui ne triche pas !
3 Tant que je ne reconnaissais pas ma faute,
mes os se consumaient, mes dernières forces s'épuisaient en plaintes quotidiennes.
4 Car de jour et de nuit, Seigneur,
ta main pesait sur moi, et j'étais épuisé,
comme une plante au plus chaud de l'été.

5 Mais je t'ai avoué ma faute, je ne t'ai pas caché mes torts.
Je me suis dit : « Je suis rebelle au Seigneur,
je dois le reconnaître devant lui. »
Et toi, tu m'as déchargé de ma faute.

6 Voilà pourquoi tout fidèle devrait t'adresser sa prière
le jour où il te rencontre.
Si le danger menace de le submerger
il restera hors d'atteinte.
7 Tu es un abri pour moi,
tu me préserves de la détresse.
Je crierai ma joie pour la protection dont tu m'entoures.

8 Je vais t'enseigner et t'indiquer le chemin à suivre, dit le Seigneur.
Je vais te donner un conseil, je garde les yeux fixés sur toi :
9 Ne sois pas aussi stupide que le cheval ou le mulet,
dont on maîtrise les élans avec un mors et une bride ;
afin qu'ils ne s'approchent pas de toi / alors il ne t'arrivera rien.
10 Le méchant se prépare beaucoup d'ennuis,
mais le Seigneur entoure de bonté celui qui lui fait confiance.
11 Que le Seigneur soit votre joie, vous les fidèles ;
émerveillez-vous, criez votre joie, vous les hommes au cœur droit.

Romains 3, 4
[Cœur droit] – Dieu dit la vérité, et tous les êtres humains sont menteurs, comme le déclare l'Écriture en parlant de Dieu :
« Il faut que toi, Dieu, sois reconnu juste dans ce que tu dis,
et que tu triomphes si l'on te juge. »

Matthieu 11, 28
[Le cheval ou le mulet] – Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.

(RP - Vivonne - 25.06.16)

mercredi 15 juin 2016

Icône des 21 martyrs



Icône de style copte - des 21 jeunes égyptiens assassinés le 15 février 2015 par les djihadistes / "Pardonne-leur"

« Le sang des martyrs est semence de chrétiens » (Tertullien)

dimanche 12 juin 2016

mercredi 8 juin 2016

Serf-arbitre et mérites


Limite, car tout le monde a des limites, d'un Michéa pourtant très prudent quant à la mise en cause d'un moment de l'histoire en regard de l'histoire ultérieure. Ainsi avertit-il à plusieurs reprises qu'Adam Smith serait probablement effaré de ce qu'est devenue sa philosophie... Limite de Michéa oubliant cette prudence en invoquant le refus luthérien des mérites et son affirmation (augustinienne) du serf-arbitre (via Max Weber) comme "révélateur" de la critique de l'"idéologie du mérite" par les libéraux (Le complexe d'Orphée, Champs-Flammarion, p. 298)... Sauf que, chez Luther, le serf-arbitre et la mise en cause du salut par les œuvres, les mérites, n'ont rien à voir avec cela, parlant en fait de ce que par la suite, la psychologie des profondeurs dévoilera comme l’ambiguïté foncière de nos motivations profondes... ce qui implique non un refus d'un "mérite" non-salvifique, mais au contraire le fonde, l'inscrivant dans le siècle comme Beruf, vocation.

lundi 6 juin 2016

Un faux parallèle dans la religion du progrès


« Il ne s'agit pas de nier que la révolution permanente des mœurs — que le capitalisme porte en lui comme la nuée l'orage — ne puisse induire, à la marge, certains effets d'émancipation tout à fait réels (le statut des femmes ou des homosexuels s'est, de toute évidence, objectivement amélioré au cours des dernières décennies). Le problème, c'est que le marché ne peut émanciper les êtres humains que selon ses propres lois. » (Jean-Claude Michéa, Le complexe d'Orphée, Champs-Flammarion, p. 214)

... Ce que Michéa illustre, référant à Christopher Lasch, en mentionnant « la femme qui ne se libère de la tyrannie de la tradition que pour se plier à celle de la mode [...] » (ibid.) ; ce qui ne correspond évidemment pas à l'ouverture aux femmes du ministère pastoral ! qui ne consiste qu'à refuser un effet de la tyrannie de la tradition sans soumettre pour autant les femmes concernées au diktat de la mode !

En revanche concernant la « bénédiction pour tous »... Qu'a-t-on d'autre que soumission à la religion du progrès ? « Si la logique du capitalisme de consommation est de vendre n'importe quoi à n'importe qui (business is business), il lui est [...] indispensable d’éliminer un à un tous les obstacles culturels et moraux (tous les "tabous" — dans la novlangue libérale et médiatique) qui pourraient s'opposer à la marchandisation d'un bien ou d'un service [...]. » (Ibid., p. 215)

vendredi 3 juin 2016

De la religion du progrès


« La religion du progrès épargne, par définition, à ses nombreux fidèles ce que Tocqueville appelait le "trouble de penser". Devant n'importe quel "problème de société" — déjà présent ou bientôt à nos portes (comme, par exemple, la légalisation de l'inceste ou l'abolition de toutes les formes de "discrimination" entre l'homme et l'animal) —, un esprit progressiste n'est, en effet, jamais tenu par les contraintes de la réflexion philosophique. Il lui suffit de répondre — avec l'aplomb caractéristique de ceux qui savent qu'ils naviguent dans le sens de l'histoire — que de toute façon la discussion n'a pas lieu d'être puisqu'un jour viendra inévitablement où l'humanité rira (c'est la formule habituellement employée par les progressistes lors des débats télévisés) de ce que l'on ait pu s'opposer à une évolution du droit aussi naturelle et évidente. » (Jean-Claude Michéa, Le complexe d'Orphée, Champs-Flammarion, p. 139)

mardi 24 mai 2016

mardi 17 mai 2016

La fin des chrétiens d'Orient ?



Voir ICI

"Minée par les persécutions, l'exil et le recul de ses droits, la communauté chrétienne va-t-elle disparaître du Moyen-Orient ? [...]
Au début du XXe siècle, un habitant du Moyen-Orient sur quatre était chrétien. Aujourd'hui, ils sont largement minoritaires (11 millions parmi 320 millions de musulmans). Chaque année, des milliers d'entre eux sont massacrés, souvent parce qu'on les assimile à un Occident qui, pourtant, ne les soutient guère. Peu à peu, ils disparaissent de la région qui a vu naître leur religion. Ils descendent en effet des premiers chrétiens qui fondèrent des communautés religieuses au cours du Ier siècle, quand l'Europe était païenne. Au VIIe siècle, ils ont accompagné l'avènement de l'islam. Cet ample et passionnant documentaire explore leur fragile condition dans cinq pays : l'Irak, la Syrie, le Liban, la Turquie et l'Égypte. D'une région à l'autre, leur position minoritaire les conduit souvent à s'allier au pouvoir en place en échange d'une protection incertaine.

"Pris en étau"
Les chrétiens d'Orient "ont toujours été pris en étau entre l'Occident d'un côté et l'islam de l'autre", résume l'historien des religions Jean-François Colosimo. En Irak et en Syrie, ils fuient en masse les persécutions de l'État islamique, qui cherche aussi à effacer les traces de leur culture. Le père Najeeb Michael raconte comment, de façon rocambolesque, il a sauvé des milliers de manuscrits et tableaux, en les embarquant dans des cartons lors de son exode. Décimée en Turquie par le génocide de 1915 puis par l'émigration, plus importante en Égypte mais endeuillée par de récents attentats, la communauté chrétienne n'obtient pas la reconnaissance officielle qu'elle attend des autorités des deux pays. Il n'y a qu'au Liban qu'elle est majoritaire et joue un rôle politique, même si elle a perdu une part de ses prérogatives après l'accord de Taëf de 1989. Au fil des interviews d'historiens, de politologues ou de dignitaire religieux, des séquences émouvantes auprès des réfugiés ou des communautés religieuses, se dessine un monde éprouvé mais aussi baroque, chaleureux et multiple, réparti en six rites différents : syriaque, byzantin, arménien, chaldéen, copte et maronite. Le film permet de revisiter des pans d'histoire [...]. Il rappelle aussi que la présence des chrétiens ou d'autres minorités religieuses, comme les Yézidis, garantit un reste de pluralité culturelle dans une région que les juifs ont dû quitter. Enfin, le documentaire met en exergue l'esprit de résistance des chrétiens d'Orient et leurs efforts pour préserver leur culture." Cf. ICI et ICI.

dimanche 15 mai 2016

Chimère


"[...] le christianisme a été aboli par sa propagation." (Søren Kierkegaard, L’instant III, Œuvres complètes, éd. de L'Orante - éd. Jean Brun -, p. 145.)

samedi 14 mai 2016

Signes distinctifs


"Les chrétiens et les juifs devaient arborer des signes distinctifs sur leurs vêtements. Telle est, incidemment, l'origine de l'insigne jaune qu'un calife de Bagdad du IXe siècle* fut le premier à introduire et qui se répandit en Occident au cours du Moyen âge." (Bernard Lewis, Juifs en terre d'islam, in Islam, Quarto Gallimard p. 472.)

* L'abbasside al-Mutawakkil (847-861), accentuant des mesures prises concernant les dhimmi par son prédécesseur omeyyade 'Omar II (717-720) souvent attribuées au seconde calife, 'Omar Ier (634-644) qui avait déjà posé des mesures restrictives, à commencer par l’expulsion des juifs et des chrétiens du Hedjaz (cf. B Lewis, op. cit., p. 471 sq., 493 sq.).

mercredi 20 avril 2016

5e demande


καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν. (Luc 11, 4)

καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν,
ἀλλὰ ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ πονηροῦ. (Matthieu 6, 13)

Et ne nous amène pas pour l'épreuve / mais (pour) que tu nous délivres du mauvais.
Et ne nous expose pas dans l'épreuve / mais délivre nous du mauvais.


(Voir aussi Hans-Christoph Askani - sur la nouvelle traduction liturgique catholique du Notre Père
ETR 2014/02)


Notre Père qui es aux cieux,
1. que ton nom soit sanctifié,
2. que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
3. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
4. Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
5. Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre nous du Mal.

lundi 11 avril 2016

11 octobre 1492


"On considère la découverte et la conquête de nouvelles terres et de nouvelles îles comme une grande victoire et comme le moyen d'une formidable expansion du monde chrétien. Je pense, moi, qu'elles sont de nature à susciter la colère de Dieu. Car, en réalité, il ne s'agit d'autre chose que d'arracher au pauvre peuple sa vie et ses biens, et finalement son âme, au travers de la foi pleine d'erreurs imposée par les moines.

J'ai entendu Juan Glappion, le confesseur de Sa Majesté l'Empereur, se plaindre devant un groupe d'honorables personnes que, lors de leurs récentes découvertes de territoires, les Espagnols obligeaient le pauvre peuple à leur chercher de l'or et autres choses, en les traitant fort mal. Comme ces malheureux ne supportaient ni les travaux qui leur étaient imposés, ni les tortures qu'on leur infligeait, ils étaient pratiquement voués à la mort.

En ce qui nous concerne, que résulte-t-il de tout cela ? Combien de braves gens ont été sacrifiés, dans toutes ces expéditions maritimes ! On y a gagné beaucoup, mais ce ne sont jamais que des biens matériels, acquis au prix de terribles combats. Pompe et orgueil d'un côté, oppression du pauvre peuple de l'autre. Faire des affaires pour s'emparer de toute la richesse du monde ! On traite arbitrairement ceux qui, en travaillant dur, arrivent à peine à survivre. Et c'est cela qu'on appelle étendre et renforcer la chrétienté ?

Le Seigneur veuille donner à nos princes et à nos autorités de rechercher pour cette chrétienté une croissance plus conforme à sa vraie nature !"

Martin Bucer - 1538

mardi 5 avril 2016

Manuel II Paléologue


"Un Byzantin aurait pu retourner à Benoît XVI l’usage qu’il a fait des écrits de [...] l’empereur Manuel II Paléologue sur Mahomet" (Michel Kaplan - professeur à l’Université Paris I. Directeur du centre de recherches d’Histoire et civilisation byzantines et du Proche-Orient médiéval). --> Lire ici.

dimanche 27 mars 2016

Thomas d'Aquin, Louis IX et le détachement

Niklaus Manuel Deutsch (1484 env.-1530, réformateur bernois) - Thomas d'Aquin à la table de Louis IX : « j'ai trouvé contre les manichéens »

*

"[...] l'homme extérieur peut exercer une activité, cependant que l'homme intérieur en reste néanmoins entièrement dégagé et impassible ! Eh bien, même dans le Christ, tout comme dans Notre-Dame, il y avait un homme extérieur et un homme intérieur, et tout ce qu'ils exprimèrent en ce qui concerne les choses extérieures, ils ne le firent que du point de vue de l'homme extérieur, et l'homme intérieur en eux persistait dans un détachement impassible. C'est de cette manière que le Christ a aussi prononcé les paroles : Mon âme est triste jusqu'à la mort ! Et quelques plaintes et gémissements que fit entendre Notre-Dame elle n'en restait pas moins toujours dans son intérieur dans un détachement impassible. Prenez une comparaison. A la porte appartient le gond dans lequel elle tourne : je compare la planche de la porte à l'homme extérieur et le gond à l'homme intérieur. Si la porte est ouverte ou fermée, la planche de la porte se meut bien ici et là, mais le gond reste immuable en un seul lieu et n'est pas touché par le mouvement. Il en est de même ici." (Maître Eckhart, Du détachement - trad. Paul Petit)

Le gond comme axe donné du vendredi saint au dimanche de Pâques, point fixe de l'éternité ; la pierre du tombeau roulée comme gond de nos vies : investies de la présence du Ressuscité, gond d'éternité.

samedi 26 mars 2016

L'île des morts



Rachmaninov - L'île des morts - Poème symphonique, op. 29 | Andrew Davis
Tableau (à la base de l'œuvre de Rachmaninov) : Arnold Böcklin - L'île des morts

mercredi 16 mars 2016

Agnus Dei



Samuel Barber - Agnus Dei