vendredi 7 décembre 2018

Communiqué FPF

Le 7 décembre 2018

Appel de la Fédération protestante de France à la veille des manifestations prévues demain partout en France (PDF) — et ici : présidente du CN EPUdF



Communiqué (PDF)

Depuis des années, les Eglises et les œuvres de la Fédération protestante de France tirent la sonnette d’alarme dénonçant la violence de l’injustice sociale grandissante dans le pays avec des inégalités qui se creusent toujours davantage et de plus en plus de personnes sombrant dans la précarité et la misère.

Depuis des années, les Eglises et les associations de solidarité dénoncent les dégâts d’un système de plus en plus inégalitaire. Elles n’arrivent plus à réparer les failles d’une société où trop de personnes ne trouvent plus leur place. Les réductions budgétaires touchent d’abord les plus pauvres, et cela est insupportable. Tout cela, nous le disons depuis longtemps.

Pour autant, la violence n’est pas la solution. Elle fait des victimes, des blessés, des morts, des dégâts considérables. Il revient à chacun de garder son sang-froid. Dire la colère, oui, mais dans la non-violence et le respect. La violence est contagieuse. Comme un feu, une fois allumée, elle ne s’éteint pas d’elle-même.

A la veille de nouvelles manifestations prévues partout en France, nous appelons les personnes et organisations impliquées dans le conflit actuel à refuser la violence dans la revendication comme dans le maintien de l’ordre. Il appartient à chacun de nous de ne pas donner prise à la violence dont les fruits sont amers.

La Fédération protestante de France appelle chacun au calme et au respect des personnes, à l’image du pasteur Martin Luther King et de sa lutte non-violente contre les inégalités. La Fédération protestante de France appelle nos gouvernants à promouvoir une société plus juste où chacun puisse trouver les moyens de vivre dignement.

dimanche 25 novembre 2018

Cathares, indices convergents


Conférence, Poitiers, Université Inter-Âges, R. Poupin, jeudi 29 nov. 2018, Amphi 600, Bât. A1

Résumé : On les a appelés « cathares ». Ils émergent sous ce nom dans les écrits de leur ennemis. Ceux-ci iront pour les combattre jusqu’au déclenchement d’une croisade et à la mise en place de l’inquisition. Paranoïa généralisée étendue à l’échelle d’un continent ?… sachant qu’on étend la découverte de ces « nouveaux manichéens » jusqu’en Bulgarie. Ou indices convergents ?… qui rejoignent un autre faisceau d’indices : les textes découverts peu à peu, émanant des hérétiques, faisant apparaître une pensée, des rites, qui ressemblent fort à ceux que leurs ennemis dénoncent comme « cathares ». Qui sont donc ces « chrétiens » selon le seul titre qu’ils se donnent ? Un symptôme de l’angoisse d’une époque s’inventant des ennemis, ou un réel mouvement ecclésial structuré ?

Programme de l'année 2018-2019 et inscription au lien ci-dessous :



Cf. articles sur les cathares ici.

samedi 24 novembre 2018

Le Singe et le Chat


Bertrand avec Raton, l'un Singe et l'autre Chat,
Commensaux d'un logis, avaient un commun Maître.
D'animaux malfaisants c'était un très bon plat ;
Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu'il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L'on ne s'en prenait point aux gens du voisinage.
Bertrand dérobait tout ; Raton de son côté
Était moins attentif aux souris qu'au fromage.
Un jour au coin du feu nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire :
Nos galands y voyaient double profit à faire,
Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
Bertrand dit à Raton : Frère, il faut aujourd'hui
Que tu fasses un coup de maître.
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes marrons verraient beau jeu.
Aussitôt fait que dit : Raton avec sa patte,
D'une manière délicate,
Écarte un peu la cendre, et retire les doigts,
Puis les reporte à plusieurs fois ;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque.
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens. Raton
N'était pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces Princes
Qui, flattés d'un pareil emploi,
Vont s'échauder en des Provinces
Pour le profit de quelque Roi.


Jean de La Fontaine (1621-1695), "Le Singe et le Chat" (1678), Fables, IX, 17

mardi 20 novembre 2018

Controverses cathares et noms d'oiseaux




Tout commence il y 8 ou 9 siècles.

Fin XIIe siècle, on peut lire des « arguments » en forme de « noms d'oiseaux » chez Alain de Lille / de Montpellier écrivant notamment une Somme quadripartie, contre les hérétiques, contre les vaudois, contre les juifs, contre les payens, peu avant 1200, pour Guilhem VIII, seigneur de Montpellier. Somme savante, avec caution universitaire qui vaut disqualification de ses adversaires comme argument d'autorité, ce qui n’empêche pas le savant montpelliérain d’user aussi d’arguments comme : « Et c'est pourquoi ils condamnent le mariage, qui déclenche le cours de la luxure. D'où vient, à ce qu'on dit, que dans leurs conciliabules ils font des choses très immondes. Ceux-ci, on les appelle "cathares", c'est-à-dire "coulant par leurs vices", de "catha" (sic) qui est l'écoulement ; ou bien "cathari", comme qui dirait "casti", parce qu'ils se font chastes et justes ; ou bien on les dit "cathares" de "catus", car, à ce qu'on dit, ils baisent le derrière d'un chat, etc. » (P.L., t. 210, c. 366 ; cité par Jean Duvernoy, « "Cathares" ou "Ketter", Une controverse sur l'origine du mot "cathares" », in Annales du Midi, t. 87, n° 123, 1975).

Huit siècles après, paraissent les actes du colloque de Foix de 2003 (Martin Aurell, dir., Les cathares devant l'histoire, Mélanges offerts à Jean Duvernoy, textes rassemblés par Anne Brenon et Christine Dieulafait, L'Hydre éditions, 2005), en hommage à Jean Duvernoy, qui a renouvelé les études cathares, au prix de l'hostilité de la ligne universitaire officielle des années 1970-1980. Il est à l'époque acquis que les cathares sont une secte importée d'Orient et remontant aux manichéens, ou à la gnose, ou au marcionisme, via une généalogie précise, passant par les pauliciens d'Arménie, etc. Au prix de la réception de noms d'oiseaux plus subtils certes que ceux d'Alain de Lille, Duvernoy ne fait pas sienne cette vulgate d'alors et renouvelle définitivement l'étude de l'hérésie. Il se fait taxer d'historien amateur et régionaliste pour avoir remarqué, sans se préoccuper de l’argument d'autorité universitaire dont usait déjà Alain de Lille, ce qui est depuis admis par les successeurs des autorités d'il y a 50 ans. Il vaut de donner une citation à titre d’illustration de ce qui s’écrit alors contre Duvernoy, « historien amateur qui divague » (sic) — je cite :

« Une autre divagation de Jean Duvernoy est de prétendre que le nom de "cathare", donné en Rhénanie à ces hérétiques vers 1150 (p. 302-306) et mentionné peu après par Eckhert de Schönau, aurait pour origine le mot allemand Ketter, Ketzer, Katze, le chat : étymologie que semblerait confirmer la remarque burlesque d'Alain de Lille (P.L. 210, 366) : "on les dit 'cathares', de catus, parce qu'ils embrassent le postérieur d'un chat en qui leur apparaît Lucifer". Pour J. Duvernoy, ces hérétiques "ne sont autres que les gens du Chat, les 'chatistes' dirions-nous" (Annales du Midi, 87, n° 123, 1975, p. 344 ; répét. dans son vol., p. 303). On sourit, malgré soi, d'une telle définition sous la plume d'un amateur historien qui ignore toute la discussion soulevée en Allemagne par l'étymologie du mot dialectal ketter, haut et bas allemand, et ketzer (hérétique) : les deux provenant de catharus, pur, etc. (Ch. Thouzellier, ibid., p. 348) ». Christine Thouzellier (Recension de Jean Duvernoy, Le catharisme : la religion des cathares, in Revue de l’histoire des religions, t. 193, n° 2, 1978), universitaire dûment patentée qui se cite elle-même, comme argument final, s'est par la suite modérée elle-même. Ses successeurs patentés n'ont pas toujours cette humilité. Ils sont bel et bien héritiers de Duvernoy, ont repris ses travaux, et ne le citent pas, mais se citent eux-mêmes les uns les autres, attaquant, et de quelles façons, celles et ceux qui aujourd'hui rendent hommage à cet « historien amateur », ce qui vaut disqualification et passage sous silence à quiconque reconnait sa dette aux travaux de cet « historien amateur régionaliste », fût-il, fût-elle, historien ou historienne universitaire. C'est ainsi que les historiens internationaux, réunis en 2003 à Foix, et lors d’autres rencontres depuis, dotés pourtant pour la plupart de titres universitaires reconnus, se voient ostracisés pour avoir questionné, en regard de l'œuvre de Duvernoy, certaines affirmations du colloque de Nice (cf. les actes : Monique ZERNER, dir., Inventer l'hérésie ? Discours polémiques et pouvoirs avant l'Inquisition, Nice, C.E.M, 1998), en dette lui-même à l'œuvre de Duvernoy ! Colloque de Nice donné par « l'autorité officielle » comme moment incontournable de l'étude de l'hérésie, quand il reprend et renouvelle, sur la « charte de Niquinta » des questions traitées déjà dans les années 1960, pour arriver à des conclusions… rejoignant finalement la prudence… de Duvernoy : ne tranchant pas… comme les controverses des années 1960 n'avaient pas tranché !

Et voilà que depuis le colloque de Foix, autour et à la suite de Jean Duvernoy, on interroge telle ou telle affirmation, de même qu'on interroge la méthode auto-intitulée « déconstructiviste »,… interrogation qui relève du crime de lèse-majesté universitaire officielle — contraignant à faire valoir ses titres, qui en principe n'ont rien à faire dans un débat sérieux : les arguments et leur solidité devraient suffire ! À défaut de quoi, on en vient, comme au XIIe siècle, aux noms d'oiseaux, comme dans une attaque virulente de l'historien Julien Théry, qu'il reproduit encore 15 ans après de site en site, contre ceux qu'il classe comme historiens amateurs régionalistes, incorrigibles « défenseurs des cathares » (sic), bref, pas sérieux : Michel Roquebert, qui n'a jamais cessé de montrer face aux thèses « déconstructivistes » un redoutable talent d'historien, la chartiste Anne Brenon, dont les travaux feront mémoire, ou plus modestement, moi-même : ayant signalé au cours des débats du colloque de Foix qu’il s’agit d'être attentif au risque du rapprochement qui pourrait être fait entre le « déconstructionnisme » appliqué aux études cathares et le négationnisme concernant la Shoah, je me suis retrouvé par la suite mis moi-même, au prix d'un parfait contresens, sur la sellette dans l'attaque de M. Julien Théry contre Michel Roquebert, Anne Brenon, et les participants du colloque de Foix en général : le voilà donc qui se saisit de mon propos pour accuser le colloque de Foix de faire — ce qu'il ne faisait pas et contre quoi je prévenais ! — la comparaison entre deux réalités dont je précisais au contraire qu’il s’agit de ne pas les comparer (in Les cathares devant l'histoire, p. 99) ! Et M. Théry… d’ « étayer » son réquisitoire d’une citation hors contexte de mon intervention d’introduction qui faisait référence aux bourreaux médiévaux (Les cathares devant l'histoire, p. 70) — « bourreaux » signifiant dans l’attaque de M. Théry référence aux nazis, naturellement !… et donc aux « déconstructivistes » qui les défendraient ! On voit le raisonnement !… qu’il n’est peut-être pas excessif de qualifier d’alambiqué (façon détournée d'obtenir quand même le point Godwin qu'on voudrait coller aux autres). On voit aussi le degré de bonne foi ! Sa diatribe, publiée d’abord dans le magazine Midi-Pyrénées Patrimoine n°3, a été ensuite mise en ligne par son auteur sur le site Halshs avant d’en être retirée par le directeur de publication auquel je demandais un droit de réponse : « inutile, m’écrivait-il : je fais retirer cet écrit qui n’a pas sa place sur un site scientifique ». Las ! M. Théry qui semble décidément en être fier le trouve apparemment toujours pertinent près de 15 ans après !…

8 ou 9 siècles après les controverses médiévales, 15 ans après le colloque de Foix, les controverses cathares produisent toujours des noms d'oiseaux ! Étrange…

RP

Cf. articles sur les cathares ici.

dimanche 11 novembre 2018

Cent ans


En communion avec nos frères et sœurs dans toute l’Europe nous faisons aujourd’hui mémoire de la fin de la Première Guerre mondiale, il y a cent ans, en priant Dieu de nous donner sa paix.

Dieu, ta Parole est promesse de paix et justice, de consolation et miséricorde.
C’est devant toi que nous faisons mémoire de la souffrance et des horreurs de la Grande Guerre dans toute l’Europe qui a pris fin il y a cent ans.
Devant toi, nous évoquons la mémoire de millions de femmes, d’enfants et d’hommes qui ont été assassinés, qui sont morts de faim, qui ont été mutilés et déplacés de force. Nous évoquons la faute dont nos ancêtres se sont rendus coupables, parce qu’ils étaient convaincus que la guerre pouvait résoudre des situations problématiques et faire surgir le droit.
Nous te le demandons : Prends pitié de nous.

Devant toi, nous faisons mémoire des conséquences de la Première Guerre mondiale, qui a contraint tant d’humains à chercher refuge dans un autre pays, les privant de leur foyer, leur patrie, leur langue, leur culture, leur histoire. Nous te prions de guérir nos mémoires et de nous réconcilier entre nations et voisins en Europe.
Nous te le demandons : Prends pitié de nous.

Nous déposons devant toi notre propre histoire en Europe et nos souvenirs des horreurs causées par la guerre. Et nous intercédons devant toi pour toutes les personnes qui fuient aujourd’hui la guerre, la détresse, la faim et la misère. Pour ceux qui quittent leur pays espérant de trouver ailleurs un espace de paix pour eux-mêmes et leurs enfants. Ouvre nos cœurs et nos mains pour les personnes ayant aujourd’hui besoin de notre aide.
Nous te le demandons : Prends pitié de nous.

Nous te prions pour nos Églises et paroisses. Inscris dans nos mémoires ta Parole de réconciliation. Permets-nous d’accomplir des pas en direction de notre prochain. Aide-nous à écouter les uns les autres. Apprends-nous à respecter l’histoire des autres. Mets la reconnaissance dans nos cœurs pour tout ce que nos Églises ont en commun.
Nous te le demandons : Prends pitié de nous.

Dieu, nous avons faim et soif de paix et justice, de consolation et miséricorde. Fais de nous des artisans de paix. Accorde-nous force et courage pour impulser ton message de paix et de réconciliation au sein de nos sociétés. Aide-nous à rester ensemble comme tes enfants en Europe et au-delà.
Nous te le demandons : Prends pitié de nous. […]

Communion d’Églises protestantes en Europe (CEPE)

mercredi 7 novembre 2018

La foi contre le fanatisme

« Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices » (Luc 12, 29-33).


Où l’actualité illustre que sans sa seconde partie — aimer le prochain —, le premier commandement — aimer Dieu — peut devenir insulte à Dieu, lui collant une image de Dieu cruel, voire criminel.

Aimer Dieu implique se déplacer de soi (qui n’est pas Dieu !), se libérer de soi pour le prochain (cf. Deutéronome 11, 1, « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, et tu observeras ses préceptes »). Où l’idée devient naturelle que le second commandement est semblable au premier. Dieu, on ne le voit pas, on ne prononce même pas son Nom. Aussi, on l’aimera à travers ce qui le manifeste, dans ce qui le rend présent, et en premier lieu celui que Dieu place près de nous, le prochain, cet être humain fait selon son image.

Comment prétendre aimer Dieu qu’on ne voit pas si l’on n’aime pas le prochain, le frère, que l’on voit ? demandera la 1ère épître de Jean (1 Jn 4, 20). C’est ainsi que Paul, lui, résume toute la loi à cette seconde partie : « la Loi tout entière trouve son accomplissement en cette unique parole : tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Galates, 5, 14).

Il faut ici encore préciser la façon dont le dit le Lévitique — dans un élargissement progressif de la notion de prochain. Entre les versets 17 et 18 de Lv 19, le français « prochain », correspond à trois termes en hébreu, littéralement : le frère au sens biologique, puis le « compatriote » et enfin tout semblable, donc quiconque, sachant que le chapitre suivant reprend, avec le même verbe : « tu aimeras l’étranger comme toi-même » (Lv 19, 34). La dimension universelle de cet enseignement est bien inscrite dans le texte du Lévitique. […]

RP

mercredi 22 août 2018

Défauts de caractère, etc.

« La distinction entre maladies du “cerveau” et maladies “mentales”, entre problèmes “neurologiques” et “psychologiques”, relève d’un héritage culturel malheureux qui imprègne toute la société, en général, et la médecine en particulier. Elle reflète une méconnaissance fondamentale des rapports entre le cerveau et l’esprit. Dans le cadre de cette tradition, on estime que les maladies du cerveau sont des affections dont on ne peut blâmer ceux qui en sont atteints, tandis que les maladies psychologiques, et surtout celles qui touchent à la façon de se conduire et aux réactions émotionnelles, sont des troubles de la relation interpersonnelle, dans lesquels les malades ont une grande part de responsabilité. Dans ce contexte, il est courant de reprocher aux individus leurs défauts de caractère, le déséquilibre de leurs réactions émotionnelles, et ainsi de suite ; le manque de volonté est considéré comme la source primordiale de tous leurs problèmes. »
(Antonio R. Damasio, L'erreur de Descartes, Odile Jacob Poches Sciences, p. 67)

mercredi 15 août 2018

Voile

« Rûzbehan […] entendit une mère donner ce conseil à sa fille : “Ma fille, garde ton voile, ne montre ta beauté à personne, de peur qu'elle ne soit ensuite méprisée.” Alors, Shaykh Rûzbehan de s'arrêter et de dire : “Ô femme ! la beauté ne peut souffrir d'être séquestrée dans la solitude ; tout son désir est que l'amour se conjoigne à elle, car dès la prééternité, beauté et amour se sont fait la promesse de ne jamais se séparer.” »
(Rûzbehân Baqlî Shîrazî cité par Henry Corbin, En islam iranien, Gallimard tel, vol. III, p. 28)

jeudi 12 juillet 2018

Ecclésiaste 12.12

« … à faire un grand nombre de livres, il n’y aurait pas de fin,
et beaucoup d’étude est une fatigue pour la chair. »
Qohéleth 12, 12 (trad. NBS)

jeudi 28 juin 2018

Dans un monde sans mélancolie...

« Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter. » (Emil Cioran, Syllogismes de l'amertume)

« Ce sont Schopenhauer et Nietzsche qui, au siècle dernier, ont le mieux parlé de l'amour et de la musique. Pourtant l'un et l'autre n'avaient fréquenté que des bordels et, en fait de musiciens, le premier raffolait de Rossini et le second de Bizet. » (Emil Cioran, Aveux et anathèmes)

Laissons à Cioran son information sur les bordels de Schopenhauer et Nietzsche… Mais quant à la clé en mélancolie de la musique, comment ne pas s'étonner avec lui des goûts des deux célèbres philosophes ? Quand la mélancolie ferait s'interroger (sérieusement ?) sur la possibilité d'éviter un saut de Bach à Chopin… Quoique (et pour pardonner Karl Barth d'avoir placé Mozart où il l'a placé)…


Mozart - Piano Concerto no.23 - Adagio

dimanche 24 juin 2018

Alliance inabrogeable


... À écouter sur D4B



Mozart - Requiem in D Minor, K 626 VIII. Sequentia Lacrimosa

samedi 16 juin 2018

... Disparus...

« Le premier ciel et la première terre avaient disparu » (Apocalypse 21, 1).

beksinski

samedi 2 juin 2018

Apocalypse quotidienne


« Par la passion et le malheur, nous vainquons la relativité de la vie pour la projeter dans l'Absolu. C'est ainsi qu'elle devient une Apocalypse quotidienne. »
Cioran, Le crépuscule des pensées, L'Herne p. 111

mardi 15 mai 2018

Élégie pour Martin Luther King

Léopold Sédar Senghor
Recueil : "Éthiopiques"

(pour un orchestre de jazz)

[Miles Davis - Go ahead John]


I

Qui a dit que j’étais stable dans ma maîtrise, noir sous l’écarlate sous l’or ?
Mais qui a dit, comme le maître de la masse et du marteau, maître du dyoung-dyoung du tam-tam.
Coryphée de la danse, qu’avec ma récade sculptée
Je commandais les Forces rouges, mieux que les chameliers leurs dromadaires au long cours ?
Ils ploient si souples, et les vents tombent et les pluies fécondes.
Qui a dit qui a dit, en ce siècle de la haine et de l’atome
Quand tout pouvoir est poussière toute force faiblesse, que les Sur-Grands
Tremblent la nuit sur leurs silos profonds de bombes et de tombes, quand
A l’horizon de la saison, je scrute dans la fièvre les tornades stériles
Des violences intestines ? Mais dites qui a dit ?
Flanqué du sabar au bord de l’orchestre, les yeux intègres et la bouche blanche
Et pareil à l’innocent du village, je vois la vision j’entends le mode et l’instrument
Mais les mots comme un troupeau de buffles confus se cognent contre mes dents
Et ma voix s’ouvre dans le vide.
Se taise le dernier accord, je dois repartir à zéro, tout réapprendre de cette langue
Si étrangère et double, et l’affronter avec ma lance lisse me confronter avec le monstre
Cette lionne-lamantin sirène-serpent dans le labyrinthe des abysses.
Au bord du chœur au premier pas, au premier souffle sur les feuilles de mes reins
J’ai perdu mes lèvres donné ma langue au chat, je suis brut dans le tremblement.
Et tu dis mon bonheur, lorsque je pleure Martin Luther King !

II

Cette nuit cette claire insomnie, je me rappelle hier et hier il a un an.
C’était lors le huitième jour, la huitième année de notre circoncision
La cent soixante-dix-neuvième année de notre mort-naissance à Saint-Louis. Saint-Louis
Saint-Louis ! Je me souviens d’hier d’avant hier, c’était il y a un an
Dans la Métropole du Centre, sur la presqu’île de proue pourfendant
Droit la substance amère. Sur la voie longue large et comme une victoire
Les drapeaux rouge et or les étandards d’espérance claquaient, splendides au soleil.
Et sous la brise de la joie, un peuple innombrable et noir fêtait son triomphe
Dans les stades de la Parole, le siège reconquis de sa prestance ancienne.
C’était hier à Saint-Louis parmi la Fête, parmi les Linguères et les Signares
Les jeunes femmes dromadaires, la robe ouverte sur leurs jambes longues
Parmi les coiffures altières, parmi l’éclat des dents le panache des rires des boissons. Soudain
Je me suis souvenu, j’ai senti lourd sur mes épaules, mon cœur, tout le plomb du passé
J’ai regardé j’ai vu les robes fanées fatiguées sous le sourire des Signares et des Linguères.
Je vois les rires avorter, et les dents se voiler des nuages bleu noir des lèvres
Je revois Martin Luther King couché, une rose rouge à la gorge
Et je sens dans la moelle de mes os déposées les voix et les larmes, hâ ; déposé le sang.
De quatre cents années, quatre cents millions d’yeux deux cents millions de cœurs deux cents millions de bouches, deux cents millions de morts,
Inutiles, je sens qu’aujourd’hui, mon Peuple je sens que
Quatre Avril tu es vaincu deux fois mort, quand Martin Luther King.
Linguères ô Signares mes girafes belles, que m’importent vos mouchoirs et vos mousselines
Vos finettes et vos fobines, que m’importent vos chants si ce n’est pour magnifier
MARTIN LUTHER KING LE ROI DE LA PAIX ?
Ah, brûlez vos fanaux Signares, arrachez, vous Linguères vos perruques
Rapareilles et vous militantes mes filles, que vous soyez de cendres, fermez laissez tomber vos robes
Qu’on ne voie vos chevilles : Toutes femmes sont nobles
Qui nourrissent le peuple de leurs mains polies de leurs chants rythmés.
Car craignez Dieu, mais Dieu déjà nous a frappés de sa gauche terrible
L’Afrique plus durement que les autres, et le Sénégal que l’Afrique
En mil neuf cent soixante-huit !

III

C’est la troisième année c’est la troisième plaie, c’est comme jadis sur notre mère l’Egypte.
L’année dernière, ah Seigneur, jamais tu ne t’étais tant fâché depuis la Grande Faim
Et Martin Luther King n’était plus là, pour chanter ton écume et l’apaiser.
Il y a dans le ciel des jours brefs de cendres, des jours de silence gris sur la terre.
De la pointe des Almadies jusqu’aux contreforts de Fongolimbi
Jusqu’à la mer en flammes de Mozambique, jusqu’au cap de Désespoir
Je dis la brousse est rouge et blancs les champs, et les forêts des boîtes d’allumettes
Qui craquent. Comme de grandes marées de nausées, tu as fait remonter les faims du fond de vos mémoires.
Voici nos lèvres sans huile et trouées de crevasses, c’est sous l’Harmattan le poto-poto des marigots.
La sève est tarie à sa source, les citernes s’étonnent, sonores
Aux lèvres des bourgeons, la sève n’est pas montée pour chanter la joie pascale
Mais défaillent les swi-mangas sur les fleurs les feuilles absentes, et les abeilles sont mortelles.
Dieu est un tremblement de terre une tornade sèche, rugissant comme le lion d’Ethiopie au jour de sa fureur.
Les volcans ont sauté au jardin de l’Eden, sur trois mille kilomètres, comme feux d’artifice aux fêtes du péché
Aux fêtes de Séboïm de Sodome de Gomorrhe, les volcans ont brûlé les lacs
Et les savanes. Et les maladies, les troupeaux ; et les hommes avec
Parce que nous ne l’avons pas aidé, nous ne l’avons pas pleuré Martin Luther King.
Je dis non, ce ne sont plus les kapos, le garrot le tonneau le chien et la chaux vive,
Le piment pilé et le lard fondu, le sac le hamac le micmac, et les fesses au vent au feu, ce ne sont plus le nerf de bœuf la poudre au cul
La castration l’amputation la cruxifixion – l’on vous dépèce délicatement, vous brûle savamment à petit feu le cœur
C’est la guerre post-coloniale pourrie de bubons, la pitié abolie le code d’honneur
La guerre où les Sur-Grands vous napalment par parents interposés.
Dans l’enfer du pétrole, ce sont deux millions et demi de cadavres humides
Et pas une flamme apaisante où les consumer tous.
Et le Nigéria rayé de la sphère, comme la Nigritie pendant sept fois mais sept fois soixante-dix ans.
Sur le Nigéria Seigneur tombe, et sur la Nigritie, la voix de Martin Luther King !

IV

C’était donc le quatre Avril mil neuf cent soixante huit
Un soir de printemps dans un quartier gris, un quartier malodorant de boue d’éboueurs
Où jouaient au printemps les enfants dans les rues, fleurissaient le printemps dans les cours sombres
Jouaient le bleu murmure des ruisseaux, le chant des rossignols dans la nuit des ghettos
Des cœurs. Martin Luther King les avait choisis, le motel le quartier les ordures les éboueurs
Avec les yeux du cœur en ces jours de printemps, ces jours de passion
Où la boue de la chair serait glorifiée dans la lumière du Christ.
C’était le soir quand la lumière est plus claire et l’air plus doux
L’avant-soir à l’heure du cœur, de ses floraisons en confidences bouche à bouche, et de l’orgue et du chant et de l’encens.
Sur le balcon maintenant de vermeil, où l’air est plus limpide
Martin Luther debout dit pasteur au pasteur :
« Mon frère n’oublie pas de louer le Christ dans sa résurrection, et que son nom soit clair chanté ! »
Et voici qu’en face, dans une maison de passe de profanation de perdition, oui dans le motel Lorraine
- Ah, Lorraine, ah, Jeanne la blanche, la bleue, que nos bouches te purifient, pareilles à l’encens qui monte !
Une maison mauvaise de matous de marlous, se tient debout un homme, et à la main le fusil Remington.
James Earl Ray dans son télescope regarde le Pasteur
Martin Luther King regarde la mort du Christ :
« Mon frère n’oublie pas de magnifier ce soir le Christ dans sa résurrection ! »
Il regarde, l’envoyé de Judas, car du pauvre vous avez fait le lycaon du pauvre
Il regarde dans sa lunette, ne voit que le cou tendre et noir et beau.
Il hait la gorge d’or, qui bien module la flûte des anges
La gorge de bronze trombone, qui tonne sur Sodome terrible et sur Adama.
Martin regarde devant lui la maison en face de lui, il voit des gratte-ciel de verre de lumière
Il voit des têtes blondes bouclées des têtes sombres frisées, qui fleurissent des rêves
Comme des orchidées mystérieuses, et les lèvres bleues et les roses chantent en chœur comme l’orgue accordées.
Le Blanc regarde, dur et précis comme l’acier. James Earl vise et fait mouche
Touche Martin qui s’affaisse en avant, comme une fleur odorante
Qui tombe : « Mon frère chantez clair Son nom, que nos os exultent dans la Résurrection ! »

V

Cependant que s’évaporait comme l’encensoir le cœur du pasteur
Et que son âme s’envolait, colombe diaphane qui monte
Voilà que j’entendis, derrière mon oreille gauche, le battement lent du tam-tam.
La voix me dit, et son souffle rasait ma joue :
« Ecris et prends ta plume, fils du Lion ». Et je vis une vision.
Or c’était en belle saison, sur les montagnes du Sud comme du Fouta-Djallon
Dans la douceur des tamariniers. Et sur un tertre
Siégeait l’Etre qui est Force, rayonnant comme un diamant noir.
Sa barbe déroulait la splendeur des comètes ; et à ses pieds
Sous les ombrages bleus, des ruisseaux de miel blanc de frais parfums de paix.
Alors je reconnus, autour de sa Justice sa Bonté, confondus les élus et les Noirs et les Blancs
Tous ceux pour qui Martin Luther avait prié.
Confonds-les donc, Seigneur, sous tes yeux sous ta barbe blanche :
Les bourgeois et les paysans paisibles, coupeurs de canne cueilleurs de coton
Et les ouvriers aux mains fiévreuses, et ils font rugir les usines, et le soir ils sont soûlés d’amertume amère.
Les Blancs et les Noirs, tous les fils de la même terre mère.
Et ils chantaient à plusieurs voix, ils chantaient
Hosanna ! Alléluia !
Comme au Royaume d’Enfance autrefois, quand je rêvais.
Or ils chantaient l’innocence du monde, et ils dansaient la floraison
Dansaient les forces que rythmait, qui rythmaient la
Force des forces : la Justice accordée, qui est Beauté Bonté.
Et leurs battements de pieds syncopés étaient comme une symphonie en noir et blanc
Qui pressaient les fleurs écrasaient les grappes, pour les noces des âmes :
Du Fils unique avec les myriades d’étoiles.
Je vis donc – car je vis – Georges Washington et Phillis Wheatley, bouche de bronze bleue qui annonça la liberté – son chant l’a consumée _
Et Benjamin Franklin, et le marquis de La Fayette sous son panache de cristal
Abraham Lincoln qui donna son sang, ainsi qu’une boisson de vie à l’Amérique
Je vis Booker T. Washington le Patient, et William E.B. Dubois l’Indomptable qui s’en alla planter sa tombe en Nigritie
J’entendis la voix blues de Langston Hughes, jeune comme la trompette d’Armstrong. Me retournant je vis
Près de moi John F. Kennedy, plus beau que le rêve d’un peuple, et son frère Robert, une armure fine d’acier.
Et je vis – que je chante ! – tous les Justes les Bons, que le Destin dans son cyclone avait couchés
Et ils furent debout par la voix du poète, tels de grands arbres élancés
Qui jalonnent la voie, et au milieu d’eux Martin Luther King.
Je chante Malcom X, l’ange rouge de notre nuit
Par les yeux d’Angela chante Georges Jackson, fulgurant comme l’Amour sans ailes ni flèches
Non sans tourment. Je chante avec mon frère
La Négritude debout, une main blanche dans sa main vivante
Je chante l’Amérique transparente, où la lumière est polyphonie de couleurs
Je chante un paradis de paix.

vendredi 11 mai 2018

"Qu'en connaissant Dieu, chacun se connaisse"


« Toute la somme presque de notre sagesse, laquelle, à tout compter, mérite d'être réputée vraie et entière sagesse, est située en deux parties : c'est qu'en connaissant Dieu, chacun de nous aussi se connaisse. Au reste, combien qu'elles soient unies l'une à l'autre par beaucoup de liens, il n'est pas toutefois aisé à discerner laquelle va devant et produit l'autre. Car en premier lieu, nul ne se peut contempler, qu'incontinent il ne tourne ses sens au regard de Dieu, auquel il vit et a sa vigueur : parce qu'il n'est pas obscur que les dons où gît toute notre dignité ne sont nullement de nous-mêmes, que nos forces et fermeté ne sont autre chose que de subsister et être appuyés en Dieu. »
Calvin, Institution de la religion chrétienne, I, i, 1

lundi 7 mai 2018

"Comme l’on voit s’évanouir une épaisse fumée…"



א ל מ
A L M
אֵל לְמוֹשָׁעוֹת
Dieu des délivrances
- Ps 68, 20 (21) -

Psaume 68
(traduction et versification d'après Théodore de Bèze
adaptation par Roger Chapal)
Que Dieu se montre seulement

1. Que Dieu se montre seulement,
Et l’on verra soudainement
Abandonner la place.
Le camp des ennemis épars,
Épouvanté de toutes parts,
Fuira devant sa face.

2. Mais, en présence du Seigneur,
Les justes chantent sa grandeur
Et sa gloire immortelle ;
Car sur la nue il est porté,
Son nom est plein de majesté,
Le Seigneur il s’appelle.

3. Quand pour sauver Dieu est venu,
Et qu’à Moïse il apparut,
Alors les monts tremblèrent.
Au désert il donna de l’eau
Et conduisit tout son troupeau
Vers la nouvelle terre.

4. Que les monts les plus orgueilleux
Devant ce mont où règne Dieu
Laissent toute arrogance.
Élevé sur cette hauteur,
Celui qui est notre Seigneur
Agit avec puissance.

5. Ô Seigneur, tu nous as fait voir
Et ton amour et ton pouvoir
Dans mainte délivrance
.
Fais-nous voir encore aujourd’hui
L’œuvre que ton amour construit
Et quelle est ta puissance.


On les verra soudain s’enfuir
Comme l’on voit s’évanouir
Une épaisse fumée ;
Comme la cire fond au feu,
Ainsi des méchants devant Dieu
La force est consumée.

Réjouissez-vous devant lui :
Il est de la veuve l’appui,
Des orphelins le père ;
Aux captifs il porte secours
Et de l’affligé tous les jours
Il entend la prière.

Béni soit Dieu dont le secours
Nous est annoncé en ce jour :
Il est notre espérance.
Son peuple est sauvé de la mort,
Sa main détruit les vains efforts
De celui qui l’offense.

Venez vers ce roi glorieux,
Portez-lui vos dons précieux.
Tressez une couronne ;
Venez, chanteurs et musiciens,
Et que nos chants et que nos mains
S’offrent au Dieu qui donne.

Toute la terre et tous les cieux
Ensemble tournés vers leur Dieu
Célèbrent sa présence :
À toi qui fais notre bonheur,
À toi, grand Dieu, soient tout honneur,
Force et magnificence !

lundi 30 avril 2018

"Quand vous entendez dire du mal des Juifs…"


« […] Mon professeur de philosophie, d’origine antillaise, […] me le rappelait un jour : "Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous." Et je pensais qu’il avait raison universellement, entendant par là que j’étais responsable, dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : "un antisémite est forcément négrophobe." Et il précisait : "Chacun de mes actes engage l’homme. Chacune de mes réticences, de mes lâchetés manifeste l’homme." » (Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs)

*

Ici aussi… Zineb : "Cachez cet antisémitisme musulman que je ne saurais voir"



« Et c'est là le grand reproche que j'adresse au pseudo-humanisme : d'avoir trop longtemps rapetissé les droits de l'homme, d'en avoir eu, d'en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste. » (Aimé Césaire, ibid.)

« Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : "Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux." » (Martin Luther King, Washington, le 28 août 1963)

samedi 31 mars 2018

Samedi saint


Psaume 69
2 Dieu, sauve-moi : l’eau m’arrive à la gorge.
3 J’enfonce dans la boue, sans pouvoir me tenir ; Je suis tombé dans un gouffre, et les eaux m’inondent.
4 Je m’épuise à crier, mon gosier se dessèche, Mes yeux se consument, tandis que je regarde vers mon Dieu.
5 Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête, Ceux qui me haïssent sans cause ; Ils sont puissants, ceux qui veulent me perdre, Qui sont à tort mes ennemis. Ce que je n’ai pas volé, il faut que je le restitue.

16 Que les flots ne m’inondent plus, Que l’abîme ne m’engloutisse pas, Et que la fosse ne se ferme pas sur moi !
17 Réponds-moi, Seigneur ! car ta bonté est immense. Dans ta grande bonté, tourne vers moi ton regard,
18 Et ne cache pas ta face à ton serviteur ! Je suis dans la détresse, réponds-moi vite !
19 Approche-toi de ma vie, délivre-la ! Sauve-moi, à cause de mes ennemis !





J.S. Bach - Matthäus Passion BWV 244-68
Ruhe sanfte

vendredi 16 mars 2018

Chants des degrès


Arvo Pärt - Cantique des degrès

שירי המעלות
Psaume 120
1 Chant des montées.
Dans ma détresse, j’ai appelé le SEIGNEUR,
et il m’a répondu.
2 « SEIGNEUR, délivre-moi des lèvres fausses,
d’une langue à mensonge ! » […]



Psaume 133
1 Chant des montées. De David. […]
3 C’est comme la rosée de l’Hermon,
qui descend sur les montagnes de Sion.
Là, le SEIGNEUR a décidé de bénir :
c’est la vie pour toujours !

jeudi 1 mars 2018

Quand "bonjour" devient impoli


Édito réjouissant d'Élisabeth Renaud dans le dernier PO (mars 2018), intitulé "Bonjour sinon rien". Nous sommes nombreux à avoir eu à endurer l'impolitesse d'un "bonjour" aboyé en forme de leçon de politesse, après que l'on ait avancé un timide et poli "excusez-moi" pour demander un renseignement, ou son chemin, dans un supermarché — mais pas seulement. Ça m'est arrivé en visite dans les labyrinthes de la polyclinique…

"[…] Avez-vous remarqué ? demande Élisabeth Renaud. Depuis quelques temps, la mode chez les vendeurs de grandes surfaces est le bonjour impératif. Ne ne vous avisez pas d'aborder un vendeur par un « Je m’excuse », vous aurez droit a un « Bonjour » bien appuyé, signifiant clairement que vous n’êtes qu'un malpoli de ne pas dire bonjour même si vous vous excusez de les déranger. La dernière fois que cela m’est arrivé, c’était avant Noël. Une vendeuse et moi nous nous heurtons. Je m’excuse et en profite pour lui demander où se trouve un produit. Elle me répond « Bonjour » en appuyant fortement sur le mot. Furieuse, je rétorque « Bonjour » en appuyant encore plus fort et pars sur le champ. Un client, qui a assisté a l’échange, me regarde en souriant et me dit où se trouve le produit en question. Il n’empêche que sa gentillesse n'a pas effacé ma colère […]."

Triste temps où une si jolie formule, nullement requise comme formelle entrée en contact (on peut tout-à-fait concevoir un : "bonne journée" équivalent après avoir reçu, ou pas, le renseignement pour lequel on s'était excusé à titre d'entrée en matière !), devient hurlement impératif. On imagine, tant c'est répandu, une formation en entreprise standard ayant enseigné la méthode rabâchée désormais à satiété…

Où après qu'il ait servi d'exemple de ce qu'est une bénédiction (puisque "bonjour" est censé en être une !), genre bénédiction nuptiale, nous voilà avec un mot en passe de devenir imprononçable tant son sens est noyé sous son usage accusatoire pour un procès en impolitesse !

lundi 26 février 2018

"L'idéal serait de pouvoir se répéter comme…"


"L'idéal serait de pouvoir se répéter comme… Bach" (Cioran, Aveux et anathèmes)



J.S. Bach, Messe in h-Moll BWV 232 - Et incarnatus est - Crucifixus

*


J. S. Bach, Partita Nr.4 BWV 828 "Aria" | Pascal Dubreuil

lundi 5 février 2018

Hors temps


Ernest Bloch - Prière
Illustration : George Romney 'Prospero et Miranda', détail de La Tempête / Shakespeare, 1790 env.

« Je suis, moi-même, un fossile absolument perdu en cette époque à laquelle je n’appartiens pas. »
(Ernest Bloch)

vendredi 19 janvier 2018

Le Règne de Dieu s’est approché


Marc 1, 14-20 — « Le temps est accompli », proclame Jésus dès le début de son ministère. « Le Règne de Dieu s’est approché » (v. 15). Nous voilà au temps de l’accomplissement de la Création comme projet de Dieu.

« Après que Jean eut été livré », dit le v. 14 : l'arrestation brutale du Baptiste vient de mettre fin à sa mission. Marc emploie le même mot « livré » qu'il reprendra au sujet de Jésus (« le Fils de l'Homme va être livré aux mains des hommes » — 9, 31), puis des apôtres (« on vous livrera aux tribunaux » — 13, 9) : le sort du Baptiste annonce celui de Jésus — et après lui de ceux qu’il appelle à laisser ce qui les occupe… Car « le temps est accompli » !

Or, c’est maintenant, toujours à nouveau, que le temps est accompli, et que « le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». Aujourd’hui !

Pour Simon et André, « laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent » (v. 18). Puis Jacques et Jean : « il les appela. Et laissant la barque de leur père, ils partirent à sa suite » (v. 20)… L’appel adressé aux premiers disciples nous est adressé à notre tour : « le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (v. 14).

À nous à présent ! Selon la place de chacun et chacune, et de chacune de nos Églises, dans notre mission commune qui est la mission de Dieu.