« On a dit que les spéculations et les vues d'Origène se retrouvent dans certaines attitudes iconoclastes (*). Nous avons l'impression que c'est le cas lorsque ces spéculations et ces vues sont aussi en une certaine mesure celles d'autres Pères de l'Église, plus acceptés, tels que Clément d'Alexandrie, ou des écrivains, tels qu'Eusèbe, pour s'assurer une porte de sortie (…) L'hostilité envers Origène a fait que ceux qui se sont inspirés de ses doctrines, les ont étudiées et commentées, l'ont fait dans l'ombre, ce qui a eu pour conséquence que bien des idées qui, chez le Maître n'étaient que des suggestions, des suppositions, ont acquis force de loi et sont devenues catégoriquement hétérodoxes. Il est frappant que l'origénisme qui se retrouve dans le catharisme est à peu de choses près le même qu'aux Ve et VIe siècles. On peut en conclure que c'est le repli de l'origénisme sur lui-même, selon une tradition jalousement conservée dans une ambiance hostile, qui a mis un frein à une évolution qui autrement se serait peut-être produite. » (Marcel Dando, in Cahiers d’Études cathares, IIe s. n°82, été 1979, p. 20)
(* Cf. Georges Florovsky, du séminaire orthodoxe de New-York. Florovsky "est cité par Marcel Dando puis Jean Duvernoy. C’est cet auteur qui a démontré combien la victoire de l’actuelle orthodoxie, iconodule, était de fait une réfutation du spiritualisme d’Origène." Voir ICI)
Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.
jeudi 9 mars 2023
samedi 4 mars 2023
Mémoire

Marcel Pagnol, La gloire de mon père - avant-propos
À méditer, à l'heure où les souvenirs, parfois publiés, sont trop souvent chargés de ressentiments. Nous sommes ce que notre passé jusqu'à tout-à-l'heure, quel qu'il soit, a fait de nous. Tel est le substrat mémoriel de nos êtres, à recevoir… dans l'amertume… ou la reconnaissance… (Ps 139, 11-16)
samedi 18 février 2023
Infiniment
Tous, jeunes ou vieux, faisaient des projets. Ils n'en font plus.
Bon élève, fort de leur exemple, je jure en rentrant de cesser à tout jamais d'en faire.
Promenade indéniablement bénéfique."
(Emil Cioran, Aveux et anathèmes, Œuvres p. 1669)
vendredi 10 février 2023
Elstir

« Il n’y a pas d’homme si sage qu’il soit, me dit [Elstir], qui n’ait à telle époque de sa jeunesse prononcé des paroles, ou même mené une vie, dont le souvenir ne lui soit désagréable et qu’il ne souhaiterait être aboli. Mais il ne doit pas absolument le regretter, parce qu’il ne peut être assuré d’être devenu un sage, dans la mesure où cela est possible, que s’il a passé par toutes les incarnations ridicules ou odieuses qui doivent précéder cette dernière incarnation-là. Je sais qu’il y a des jeunes gens, fils et petits-fils d’hommes distingués, à qui leurs précepteurs ont enseigné la noblesse de l’esprit et l’élégance morale dès le collège. Ils n’ont peut-être rien à retrancher de leur vie, ils pourraient publier et signer tout ce qu’ils ont dit, mais ce sont de pauvres esprits, descendants sans force de doctrinaires, et de qui la sagesse est négative et stérile. On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses. Les vies que vous admirez, les attitudes que vous trouvez nobles n’ont pas été disposées par le père de famille ou par le précepteur, elles ont été précédées de débuts bien différents, ayant été influencées par ce qui régnait autour d’elles de mal ou de banalité. Elles représentent un combat et une victoire. Je comprends que l’image de ce que nous avons été dans une période première ne soit plus reconnaissable et soit en tous cas déplaisante. Elle ne doit pas être reniée pourtant, car elle est un témoignage que nous avons vraiment vécu, que c’est selon les lois de la vie et de l’esprit que nous avons, des éléments communs de la vie, […] extrait quelque chose qui les dépasse. »
(Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, À l'ombre des jeunes filles en fleurs)
lundi 23 janvier 2023
Pouvoir, convictions, tentation
« Si une hérésie chrétienne, n’importe laquelle, l’avait emporté, elle ne se serait pas perdue dans les nuances. Plus téméraire que l’Église, elle aurait été aussi plus intolérante, car plus convaincue. Le doute n’est pas permis : victorieux, les Cathares eussent surpassé les Inquisiteurs. Ayons pour toute victime, si noble soit-elle, une pitié sans illusions. »
(Emil Cioran, Le Mauvais Démiurge, Œuvres p. 1254)
« Victorieux » !…
Où se pose le problème du pouvoir (que n'ont pas eu, ni voulu, les cathares), pouvoir dont l'exercice est d'autant plus redoutable que ses tenants sont plus convaincus d'être dans le vrai…
Une réussite des cathares eut été leur ruine sous cet angle, leur faisant fatalement courir le risque de se retrouver ayant « surpassé les Inquisiteurs ».
« Le diable, l’ayant élevé, lui montra [à Jésus] en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. » (Luc 4, 5-7)
Jésus a résisté, mais quid du reste des hommes ?… Y compris les plus apparemment purs…
« Je fais peu de cas de quiconque se passe du Péché originel. » (Emil Cioran, Aveux et anathèmes, Œuvres p. 1646)
« Victorieux » !…
Où se pose le problème du pouvoir (que n'ont pas eu, ni voulu, les cathares), pouvoir dont l'exercice est d'autant plus redoutable que ses tenants sont plus convaincus d'être dans le vrai…
Une réussite des cathares eut été leur ruine sous cet angle, leur faisant fatalement courir le risque de se retrouver ayant « surpassé les Inquisiteurs ».
*
« Le diable, l’ayant élevé, lui montra [à Jésus] en un instant tous les royaumes de la terre, et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. » (Luc 4, 5-7)

Jésus a résisté, mais quid du reste des hommes ?… Y compris les plus apparemment purs…
« Je fais peu de cas de quiconque se passe du Péché originel. » (Emil Cioran, Aveux et anathèmes, Œuvres p. 1646)
King Crimson, Epitaph
dimanche 15 janvier 2023
Kundera & Grünewald catharisants ?

« Si, récemment encore, dans les livres, le mot merde était remplacé par des pointillés, ce n’était pas pour des raisons morales. On ne va tout de même pas prétendre que la merde est immorale ! Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. Deux choses l’une : ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters !), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible.
Il s’ensuit que l’accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas. Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch.
C’est un mot allemand qui est apparu au milieu du XIXe siècle sentimental et qui s’est ensuite répandu dans toutes les langues. Mais l’utilisation fréquente qui en est faite a gommé sa valeur métaphysique originelle, à savoir : le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable. »
(Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être, folio p. 356-357)
Mais… « La Parole est devenue chair » (Jean 1, 14)
Grünewald encore…

L'inacceptable assumé…
King Crimson, Dangerous Curves | alb. The power to believe
« Nous laissons une souillure, nous laissons une trace, nous laissons notre empreinte. Impureté, cruauté, sévices, erreur, excrément, semence – on n’y échappe pas en venant au monde. Il ne s’agit pas d’une désobéissance originelle. Ça n’a rien à voir avec la grâce, le salut, ni la rédemption. La souillure est en chacun. À demeure, inhérente, constitutive. La souillure qui est là avant sa marque. Sans son signe, elle est là. La souillure tellement intrinsèque qu’elle n’a pas besoin d’une marque. La souillure qui précède la désobéissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. »
(Philip Roth, La tache, trad. fr. Josée Kamoun, éd. Gallimard, 2002, p. 299-300)
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