jeudi 29 janvier 2026

“La première victime de la République islamique d’Iran, c’est l’islam” (Mahnaz Shirali)


La mosquée Al-Rasoul de Téhéran incendiée


« Quand, pendant près d’un demi siècle, un régime tue au nom de l’islam — quand il exécute des jeunes, organise des pendaisons à l’aube, au moment de la prière du matin, en scandant “Allah Akbar” —, cela produit inévitablement une aversion profonde envers la religion elle-même. Je le dis souvent : la première victime de la République islamique d’Iran, c’est l’islam. Aujourd’hui, une grande partie de la jeunesse iranienne avec laquelle je suis en contact rejette violemment la religion. Elle ne fait plus de distinction entre la religion d’État et ce que pourrait être un islam dissocié du pouvoir. Lorsque l’on tente d’évoquer l’existence d’un “autre islam”, la réaction est souvent immédiate, empreinte de colère : ils ne veulent plus entendre parler de religion. Leur aspiration est claire : ils veulent une société libre, laïque et démocratique, totalement affranchie de toute emprise religieuse. Ces derniers jours, lors des manifestations, des mosquées ont été incendiées. On ignore qui sont les auteurs de ces actes. Je ne peux pas dire qui les a commis. Mais je peux témoigner d’une chose : pour beaucoup de jeunes, ces images ont suscité une réaction presque jubilatoire. »
(Mahnaz Shirali, sociologue et politologue iranienne, propos recueillis par Alice Papin, Réforme n° 4121, 22 janvier 2026, p. 5)

La formule de Mahnaz Shirali signifie un constat, celui qu’elle fait : les mollahs et leurs sbires sont parvenus à porter un coup fatal à l’islam en commettant un nombre incalculable d’horreurs. En premier lieu contre les femmes, premières victimes, dès 1979 et leur révolution islamique, puis contre toute opposition, et à présent, à huis clos, jusqu’aux enfants de leur propre peuple !

Trois dates symboliques de l’effondrement de l’islam politique (dévoilant son visage à la face du monde) : 11-septembre 2001, 7-octobre 2023, 8‑janvier 2026.

lundi 19 janvier 2026

Étrange amnésie historienne…


Quéribus, photo J.-L. Gasc


M. Fossier dont le livre sur les cathares connaît un large succès, donne une énième interview, à FR3 Occitanie cette fois. Comme pour ses précédentes nombreuses interviews, on retrouve une série d'erreurs déjà présentes dans son livre, à commencer par son auto-approbation : « une majorité d’historiens s’accordent aujourd’hui pour dire qu’il n’a jamais existé de “catharisme” au sens d’une Église constituée ou d’une religion homogène », assène-t-il. (Pour la question de l’ “homogénéité”, qui n’exclut pas variabilité, cf. ici.)

Erreur de calcul ? Ladite “majorité” représente trois ou quatre universitaires, dont trois français, incluant lui-même. Erreur de calcul qui recèle un autre problème : il semble ne pas lire, ou ne pas connaître les très nombreux historiens qui ne font pas leur la thèse qu’il déploie, ou plutôt (troisième problème dans cette même phrase), qu’il reprend, apparemment sans le savoir : la thèse des protestants du XVIe siècle !… à savoir que la nature cathare de la foi albigeoise serait une invention des inquisiteurs : au XVIe siècle, le défaut de sources permettait de l’envisager.

On n’en est plus là au XXIe s. ! Mais il semble l’ignorer, affirmant que (oublié le XVIe s.) « les historiens protestants du XIXᵉ siècle se sont intéressés aux Cathares ». Contresens, évident pour quiconque est un peu au courant, dû à nouveau, semble-t-il, à l’ignorance de ses prédécesseurs et des autres historiens actuels (plus nombreux que les “majoritaires” dont lui-même). C’est au contraire au XIXe s. que les protestants ont cessé de s’intéresser aux cathares, quand les travaux historiques les ont contraints à reconnaître que leurs chers “albigeois” pré-réformateurs étaient bien des cathares, à savoir des “manichéens”, i.e. “dualistes” comme l’avait remis en avant Bossuet à la fin du XVIIe s. Impossible désormais, comme le concède Charles Schmidt en 1849 dans le titre de son livre (“cathares ou albigeois”), de se réclamer de tels ancêtres… (Baroud d’honneur : Napoléon Peyrat écrivant une romantique Histoire des Albigeois, désormais exempte d’orthodoxie protestante… marquant la fin de l’albigéisme pré-réformé auquel se substituent bientôt divers néo-manichéismes ésotériques.)

Depuis, les sources proprement cathares découvertes, ou redécouvertes, nombreuses depuis le XXe s., ont rendu le fait indubitable : les albigeois étaient bien cathares — i.e. “manichéens”, “dualistes”. Pour caricaturales qu’aient été les dénonciations inquisitoriales, leur correspondance avec ce que l’on sait des cathares par leurs textes à eux explique le fait que leurs ennemis, visant bien leurs Églises constitutées, les aient nommés ainsi, cathares. Semblant plus modéré que les deux autres “majoritaires” (M. Théry et Mme Trivellone), M. Fossier concèderait le terme, mais n’explique pas pourquoi un tel terme. Pourtant, il affirme : « Le travail de l’historien consiste donc à revenir aux sources ». Il lui suffirait de ne pas les ignorer pour comprendre pourquoi lesdits hérétiques ont été appelés cathares…

Développement ICI

RP

Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.

samedi 10 janvier 2026

Cathares. Pourquoi un tel terme au Moyen Âge ?



“Je ne peux pas cautionner une histoire qui verrait des Cathares dans le Midi”, proclamait Mme Trivellone en 2018 (L’Indépendant 04/10/2018), annonçant son exposition “Les cathares une idée de reçue”, donnée de même en 2018, sur la base des convictions qu’elle partageait avec Julien Théry.

Depuis cette déclaration fracassante, les historiens entendant “déconstruire l'hérésie” (Fossier p. 28) semblent avoir concédé quelques nuances… Même M. Théry, voire Mme Trivellone, eux-mêmes. On constate que M. Fossier, lui, est clairement moins radical, gardant finalement le nom “cathares”, jusque dans le titre de son livre. Il nous assure que ça promet “un succès colossal […] jamais démenti” (Fossier p. 23). Il n'est certes est pas déraisonnable de ne pas cracher dans la soupe…

Mais cela n’explique pas le mot : “cathares”. Pourquoi retrouve-t-on ce mot, pour définir ladite hérésie ainsi dénoncée ? — chez Alain de Montpellier (qui distingue les cathares nommés “hérétiques”, des vaudois qui ne le sont pas) ; dans le Contra manicheos, qui parle aussi, donc, de “manichéens” nommés “cathares” ; comme Thomas d’Aquin les nommera “manichéens” (ainsi s’en souviendra aussi son biographe du début XIVe s. Guillaume de Tocco) ; ou plus tard Bossuet, qui, contre les protestants qui ne les veulent qu’albigeois (i.e. non-dualistes), les appelle à nouveau “manichéens”, ou “cathares”. Charles Schmidt, au XIXe siècle, sera le premier protestant à concéder que les albigeois étant bien cathares, c’est‑à‑dire dualistes.

M. Fossier tient à préciser que lui et ses collègues “déconstruisant l’hérésie” ne nient pas “l’existence de groupes dissidents, mais uniquement celle d’une doctrine spécifique” (p. 28). Alors qu’est-ce qui les caractérise et pourquoi ce terme, “cathares”, que M. Fossier choisit d’utiliser, jusque dans son titre ? Ce terme est-il indifférent, ne désignant pas de doctrine spécifique ?

Un problème, perçu dès le Moyen Âge : si on s’accorde alors à les nommer “hérétiques” (terme sur lequel on hésite concernant les vaudois), on peine à définir ce en quoi ils sont hérétiques. On remarque bien qu’ils sont “dualistes”, mais le mot n’existe pas encore (cf. infra).

On a à l’époque deux mots pour dire “dualistes”, c'est “manichéens”, ou “cathares”. Ces termes visent bien une doctrine spécifique. Problème, le mot “manichéisme” désigne aussi une religion historique, due à son fondateur, Mani. Or, manifestement les cathares ne s’en réclament pas, voire ne le connaissent même pas.

On tente bien un rattachement. Antoine Dondaine, o.p., éditant et traduisant deux traités polémiques (in Archivum fratrum praedicatorum n.°19, 1949, et n° 20, 1950) qui tentent une généalogie du catharisme, signale que la polémique s'efforce de placer Mani à l’origine de l’hérésie, mais ça reste évidemment peu probant.

Eckbert de Shönau va encore plus loin, disant que les hérétiques de Rhénanie célébreraient une fête en l'honneur de Mani ! Mais Eckbert ne parvient pas à se convaincre lui-même, choisissant de reprendre à saint Augustin le vocable “cathares”, désignant des “manichéens”, mais sans les nommer ainsi : on ne conserve que le dualisme du “manichéisme”, tout en sachant bien que les hérétiques ne sont pas des “manichéens” au sens d'adeptes de ce Mani — Mani, que, il faut bien le concéder, ils ne reconnaissent pas. Ce sera donc, “cathares”, terme qui désigne bien le dualisme, mais moins précisément que le trop précis “manichéens” (évoquant un fondateur précis), tout en étant plus clair que le trop vague “hérétiques”. Le mot “cathares” désigne ce faisant bel et bien une doctrine spécifique. Comment peut-on utiliser ce terme tout en affirmant comme le fait M. Fossier que les dissidents ainsi nommés n'avaient pas de doctrine spécifique ?

Voilà qui ne répond pas à la question que les médiévaux posent unanimement à travers les termes par lesquels ils visent lesdits hérétiques : en quel sens les cathares étaient-ils dualistes ? Pourquoi ont-ils été accusés de croire en deux dieux ? — donc, de n’être pas vraiment “monothéistes”…

Quelques définitions des termes en les inscrivant dans leur histoire…

Le terme “dualisme” (que les médiévaux ne pouvaient pas connaître) a été introduit par Pierre Bayle en 1697, dans son Dictionnaire historique et critique, à propos… de la religion manichéenne, qui oppose sans conciliation ultime le Bien et le Mal. Il a ensuite été appliqué en 1734 au cartésianisme par le philosophe allemand Christian Wolff dans sa Psychologia rationalis, pour qualifier le système de Descartes, qui sépare la res extensa (l'étendue ou matière mesurable, dont le corps) et la res cogitans (la pensée, ou l'âme). Le terme, devenu commun pour désigner la théologie cathare, n’est pas employé au Moyen Age, et pour cause, il n'existe pas encore !

Aussi, de façon analogique, on utilise le terme “manichéens”, ou son équivalent moins précis, “cathares”, pour désigner ceux que l’on préfère appeler “hérétiques”, cela en vue de dire quelle est leur hérésie.

Pour préciser encore les choses, les adversaires des cathares vont parfois jusqu'à affirmer qu’ils croient en deux dieux, le bon et le mauvais, façon de dire qu’ils sont bien “dualistes” (vocabulaire toutefois anachronique), ou carrément ne sont pas vraiment monothéistes, sauf que le mot “monothéisme” (vocabulaire aussi anachronique), comme le mot “dualisme”, n’existe pas au Moyen Age. Il n'apparaîtra, bien plus tard, que comme concept opposé au polythéisme.

Le mot “polythéisme” a été forgé par le philosophe juif Philon d'Alexandrie (né en 25 av. J.-C.) avec les mots grecs poly, plusieurs, et theos, dieu. Philon a voulu de la sorte qualifier la religion de Rome, avec cette spécificité, par rapport au judaïsme : adresser un culte à plusieurs dieux. Il sait pourtant qu'au-delà de cette question cultuelle, les philosophes de la Grèce et de Rome admettent, au-dessus de celles à qui les Grecs et les Romains vouent un culte, une divinité unique et universelle, principe que l'on désigne aujourd’hui sous le terme de… monothéisme.

Quant à ce terme de “monothéisme”, il n’apparaît pas avant le XVIIe siècle, dû au philosophe anglais Henry More (né en 1614), mais en un sens bien différent de ce qu’on entend par ce mot depuis le XIXe s. Pour Henry More, il s’agit de qualifier la religion juive et de la distinguer du… christianisme, qui affiche sa foi en un Dieu unique mais en trois personnes, Père, Fils et Saint Esprit !

Ce n’est qu’au XIXe s. que le terme “monothéisme” prend, dans le cadre de l’Histoire des Religions, alors nouvelle, le sens qu’on lui donne aujourd’hui.

Dans cette perspective, les cathares ne sont en aucun cas “dy-théistes” : ils ne rendent de culte qu’à un seul Dieu, le Dieu bon, Père de Jésus-Christ. Quant à leur dualisme (vocabulaire, donc, anachronique), il consiste avant tout à considérer que le monde déchu dans lequel nous sommes n’est que le pâle et malheureux reflet du monde créé à l’origine par le Dieu bon (auquel seul ils rendent un culte), ce qui induit la question de savoir quel rôle le Mauvais a joué dans cette catastrophe — comment disculper totalement Dieu du mal (on voit que la question reste actuelle). René Nelli a mis en lumière dès les années 1960 que les cathares d’Occident, Occitans et Italiens particulièrement, ont repris la pensée d’Augustin opposant les deux cités pour attribuer la mauvaise au Néant. Pour les cathares, le Néant en question devient une réalité mauvaise, due à un Principe mauvais. Idée refusée par les théologiens catholiques d’alors, qui étaient bien embarrassés pour la définir : le mot “dualisme” n'existait pas, le mot “monothéisme”, pour l’opposer à un supposé “dy-téisme”, n’existait pas non plus. Restait l’analogie : "manichéens", ou “cathares”… voire croyant en deux dieux. Au XVIIe siècle, Bossuet ne fait pas encore sienne la notion philosophique de l’hérétique protestant Bayle, “dualisme”, mais reprend les mots “manichéisme”, ou “catharisme”, pour désigner ce qu’il considère comme une ancienne branche de l'hérésie plurielle protestante : la branche albigeoise…

RP

Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.

dimanche 21 décembre 2025

Une civilisation effacée

« Rien n'est plus cruel envers le passé que le lieu commun selon lequel la force est impuissante à détruire les valeurs spirituelles ; en vertu de cette opinion, on nie que les civilisations effacées par la violence des armes aient jamais existé ; on le peut sans craindre le démenti des morts. On tue ainsi une seconde fois ce qui a péri, et on s'associe à la cruauté des armes. » (Simone Weil, Le Génie d'Oc)




Visionnaire Simone Weil !
Qu'est-ce d'autre que la violence des armes qui a substitué aux refuges des cathares des "forteresses royales", scellant dans la pierre et les ruines la destruction des valeurs spirituelles d'une civilisation effacée ? Est-ce cela que l'on veut consacrer comme "patrimoine de l'Unesco" : un nouvel effacement de la mémoire enfouie des victimes — après que leur identité ait été "déconstruite" et niée ?

Après cela, ne resterait plus qu'à se ranger à la thèse en vogue : les cathares, leurs textes, leurs traces, leurs rituels, leurs traités complexes (fussent-ils conservés par des non-catholiques, comme les vaudois passés à la Réforme), ne seraient qu'inventions catholiques inquisitoriales destinées à persécuter des hérétiques imaginaires ! Circulez, tout est effacé, il n'y avait rien à voir…


Articles sur les cathares ICI, ICI, et ICI.

dimanche 14 décembre 2025

Hanouka 5786



Lumière de Hanouka 5786/2025
Lumière voilée en Australie et dans le monde par les effets de l'antisémitisme déchaîné le 7 octobre 2023 et répercuté par tous ceux qui dès le 8 octobre accusent, non les bourreaux, mais leurs victimes — jusqu'à traiter de "génocidaires" ceux qui, comme Joann Sfar, Charlotte Gainsbourg ou Patrick Desbois, refusent de soutenir les bourreaux des massacres du 7-octobre !
Que la lumière triomphe des ténèbres.

mardi 2 décembre 2025

Facettes et fascinations de l'"antisionisme"

Le cas François Genoud : fasciné par l'"antisionisme", portant en lui-même et en même temps les facettes extrême-droite et extrême-gauche de la même fascination…


Documentaire réalisé d'après
le livre de Pierre Péan, L'Extrémiste, François Genoud, de Hitler à Carlos, Fayard, 1996

Sur Genoud cf. ici.


Voir aussi l'excellente pièce de théâtre, L'Injuste :


"En 1993, dans un bunker perdu dans une forêt Suisse, François Genoud, le détenteur des droits d’auteur d’Hitler et Goebbels vit ses dernières heures. Toute sa vie le banquier des nazis a échappé à la justice et aux remords. Pour son dernier baroud d’honneur, il reçoit une jeune journaliste d’un quotidien israelien. Mais pourquoi elle ? Que cherche-t-il ?
Cette interview sera son testament pour l’histoire, un dernier pied de nez à l’humanité. Mais la jeune femme qui se tient en face de lui est bien décidée à ne pas rendre la fin de vie de François Genoud aussi facile qu’il avait imaginé []."


Le nazisme comme point culminant du racisme, les deux éléments de l'idéologie de Genoud soulignent l'urgence de refuser la "concurrence des mémoires" :
"Dès le départ, la race n'est en aucun cas une "réflexion après coup", une "déviation" des idéaux occidentaux ostensiblement non raciaux, mais plutôt un élément central qui les façonne." (Charles Wade Mills, Le contrat racial)